Au Mali, l’armée allemande a renforcé sa présence dans le cadre de la mission onusienne de la Minusma , avec l’arrivée de huit hélicoptères et de plusieurs centaines d’hommes.

Depuis quelques jours quatre hélicoptères de transport NH90 aux couleurs allemandes stationnent sur le tarmac de l’aéroport de Gao (nord), transformé en camp retranché de l’Onu et de la force française Barkhane. Ils seront rejoints, début mars, par quatre hélicoptères de combat Tigre qui assureront leur sécurité rapprochée et participeront à des missions de reconnaissance, au côté de blindés légers et drones allemands.

«Ces missions de reconnaissance sont notre principale contribution à la Minusma», la mission de paix de l’Onu au Mali, explique à l’AFP le chef du contingent allemand, le lieutenant-colonel Marc Paare. Ce contingent, passé de 150 à 800 hommes en quelques mois – il atteindra près de 1.000 bientôt – constitue le plus gros déploiement de la Bundeswehr à l’étranger, devant la mission en Afghanistan. Son mandat a été prolongé en début d’année par le Parlement allemand jusqu’en janvier 2018.
«L’engagement des alliés européens est fondamental (…) Ce déploiement constitue un acte de volontarisme et de solidarité à notre égard», s’est félicité samedi dernier le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, en tournée auprès de la force Barkhane, et dont le pays souhaite une montée en puissance européenne au Sahel. La France, intervenue en 2013 pour chasser les djihadistes du nord du Mali, réclame davantage d’engagement européen contre le terrorisme au Sahel, une menace pour la sécurité qui s’étend jusqu’au nord de la Méditerranée. L’Allemagne, qui a répondu à l’appel au lendemain des attentats de Paris en novembre 2015, est désormais l’une des nations phares de la Minusma, forte de 12 000 hommes.
Cet engagement s’inscrit aussi dans une volonté de Berlin d’assumer plus de responsabilités au plan international. Il est présenté comme l’un des plus dangereux de la Bundeswehr, les djihadistes gardant un important pouvoir de nuisance au Mali et dans les pays voisins même s’ils ont été mis en déroute dans le nord du pays au début de l’opération française Serval. La Minusma reste la mission la plus coûteuse en vie humaines depuis la Somalie en 1993-1995, avec plus de 70 Casques bleus tués par des attaques de djihadistes. Deux attentats suicide ont frappé dernièrement le secteur de l’aéroport de Gao, dont l’un, le 18 janvier, a fauché des dizaines de soldats maliens et ex-rebelles réunis dans un campement pour des patrouilles mixtes. Les Allemands ont des règles d’engagement très strictes qui limitent leur marge de manoeuvre sur le terrain.
A la différence de Barkhane, qui compte 4.000 hommes au Sahel dont 1.400 à Gao, «nous n’avons pas pour mandat de traquer les terroristes», souligne l’officier allemand. La Minusma est avant tout chargée de sécuriser les populations et veiller à la mise en oeuvre des accords de paix de 2015. Manquant de blindés et bridée par le peu de motivation de certains contingents à sortir sur le terrain, elle peine à remplir sa mission, selon les observateurs. L’Allemagne, qui a positionné deux avions de transport militaires Transall à Niamey, pourrait aussi participer au financement de la force commune que cinq pays de la région (Niger, Mali, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie) veulent mettre en place pour combattre les groupes terroristes. «Ce que nous voulons, c’est que les pays européens nous donnent les moyens (…) Comme ça ils vont faire l’économie des vies de leurs soldats», a suggéré le président tchadien Idriss Déby Itno. Les Européens pourraient ainsi poser la «première brique», celle d’un état-major permanent pour ces forces africaines mixtes, souligne-t-on de source militaire française.

La France poste des soldats au Niger près de la frontière malienne
Au Niger, pays voisin du Mali, l’armée française, apprend-t-on, va prêter main forte aux forces militaires du pays dans une région frontalière du Mali théâtre d’attaques sanglantes de groupes djihadistes ces derniers mois. C’est ce qu’a annoncé samedi dernier en soirée le ministre français de la Défense. «A la demande du président (Mahamadou) Issoufou, un DLAO (détachement de liaison et d’assistance opérationnelle) est en train de se constituer à Tillabéri (ouest) au profit de nos camarades nigériens», a déclaré Jean-Yves Le Drian, devant les soldats de la force française Barkhane à Niamey, à l’issue d’un entretien avec le chef de l’Etat nigérien. Entre 50 et 80 hommes, des forces spéciales notamment, seront à pied d’oeuvre «dans trois jours» sur cette position, à 100 km au nord de Niamey, a-t-on précisé de source militaire française. Ils seront dotés de capacités de guidage aérien pour appuyer les soldats nigériens au sol.
Les forces armées nigériennes ont été la cible de plusieurs attaques meurtrières ces derniers mois, attribuées à des groupes djihadistes maliens liés notamment au Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), une des formations djihadistes visées par l’opération française Serval en 2013 au Mali. Quinze soldats nigériens ont été tués mercredi lors d’une attaque contre une patrouille de l’armée à Tilwa dans la zone de Ouallam (ouest), à proximité de Tillabéri.
Début octobre, un peu plus au nord-est dans la région voisine de Tahoua, 22 soldats nigériens avaient été tués dans l’attaque d’un camp de réfugiés à Tazalit. La force Barkhane – constituée de 4000 soldats – mène des opérations antiterroristes, notamment transfrontalières, sur cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso). Au Niger, elle dispose de quatre avions de chasse Mirage 2000 et cinq drones Reaper, chargés de collecter du renseignement sur la zone. Des soldats français sont aussi postés à Madama, dans le nord du Niger, à la frontière avec la Libye, et à Diffa dans l’extrême sud-est du pays, où le groupe islamiste nigérian Boko Horam mène régulièrement des incursions.