Devant le manque d’aide des pays riches à la transition climatique en Afrique, il n’est « pas possible » d’abandonner l’exploitation du pétrole, un des espoirs du développement au Niger, a affirmé le ministre nigérien des Finances, Ahmat Jidoud, dans un entretien à l’AFP.

Par Ali BEKHTAOUI
Sans l’exploitation des ressources pétrolières, le risque est de « compromettre notre développement » et de ne pas pouvoir faire face à « la bombe sociale » dans ce pays très pauvre, a estimé lundi 5 décembre dans la soirée Ahmat Jidoud. « Ce n’est pas possible » de se passer de ce capital, a-t-il martelé, interrogé en marge d’une conférence à Paris visant à mobiliser jusqu’à mardi des fonds d’investisseurs publics et privés pour aider à financer un plan de développement chiffré à 29,6 milliards d’euros sur la période 2022-2026.
Le Niger fait face à de nombreux défis, notamment climatiques et sécuritaires, avec une très forte présence des djihadistes liés à El-Qaïda et au groupe Etat islamique dans la région sahélienne ainsi que des flots de réfugiés sur son sol. Le pays est en parallèle devenu un partenaire incontournable de la France au Sahel avec l’arrivée d’un régime militaire au Mali. Son économie reste peu diversifiée, peu industrialisée et dépendante de l’agriculture pour 40% de son PIB, selon la Banque mondiale, ce qui en fait un des pays les plus pauvres au monde. Le plan de développement nigérien, présenté lundi 4 décembre par le président Mohamed Bazoum, également présent à Paris, se base sur 13,35 milliards d’euros de ressources propres de l’Etat, financées en partie grâce au développement des exportations pétrolières et d’un nouvel oléoduc qui devrait, dès la fin de l’année prochaine, faire culminer la production à 110 000 barils par jour contre seulement 20 000 aujourd’hui.
Les revenus tirés du pétrole pourraient alors représenter jusqu’à la moitié des recettes fiscales du pays et un quart du PIB, estime le gouvernement. La lenteur en matière de transition climatique en Afrique vient surtout des lenteurs des Occidentaux, regrette Ahmat Jidoud, un peu plus de deux semaines après l’issue de la COP 27 à Charm el-Cheikh.

« L’accompagnement n’est pas là »
« On ne peut pas nous parler de transition énergétique si l’accompagnement promu par les pays du G20 ne nous parvient pas. Depuis une dizaine d’années, les pays développés ont promis d’accompagner les pays en développement, mais à l’épreuve des faits aujourd’hui, cet accompagnement n’est pas là », a-t-il critiqué, citant la promesse de 100 milliards de dollars par an, il y a treize ans, par les pays riches vers les pays du Sud. « Il est important que nous puissions exploiter nos ressources, quitte à ce que les conditions de la transition climatique puissent se créer au fur et à mesure », a observé le ministre, tout en ajoutant que « dans l’immédiat ce n’est pas possible » de faire sans.
La COP 27 a tout de même été marquée par l’adoption d’une résolution qualifiée d’historique par ses promoteurs, sur la compensation des dégâts du changement climatique subis par les pays les plus pauvres. A travers son plan de développement, présenté lundi autour de bailleurs publics et d’investisseurs, le Niger vise à réduire son taux de pauvreté de 43% en 2022 à 35% en 2026. Mardi soir, l’Etat sahélien assurait avoir largement sécurisé les sommes nécessaires au financement de son plan de développement. Les bailleurs publics se sont engagés à apporter 22,7 milliards d’euros et le secteur privé contribuera à hauteur de 8,65 milliards d’euros, selon le gouvernement nigérien, qui n’a toutefois pas détaillé dans l’immédiat l’ensemble des partenaires impliqués et la nature des engagements, entre dons et prêts.
En ajoutant la contribution de l’Etat nigérien, ce sont près de 45 milliards d’euros de financement qui ont donc été récoltés. Parmi les bailleurs, la Banque africaine de développement a promis 2,4 milliards d’euros, et la Banque ouest-africaine de développement 680 millions d’euros. La France s’est, de son côté, engagée à hauteur de 550 millions d’euros. Ce plan de développement prévoyait initialement 10,28 milliards d’euros de la part de ces partenaires techniques et financiers. Au sein du secteur privé le gouvernement table sur 5,99 milliards d’euros d’engagements.
Source AFP
Le titre est de la Rédaction