L’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Horst Köhler, sera aujourd’hui à Bruxelles pour des discussions avec les responsables de l’Union européenne sur l’évolution du conflit entre le Polisario et le Maroc, ainsi que sur la position de l’UE sur l’épineux dossier de l’exploitation par des parties européennes des ressources naturelles au profit de Rabat et en violation du droit international.

 

Le diplomate onusien sera reçu par la Haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Federica Mogherini, le commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, Johannes Hahn, ainsi que Christos Stylianides, commissaire européen chargé de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, pour une réunion de travail.
« Horst Köhler est censé aborder lors de son tête à tête avec Mme Mogherini la situation des droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara occidental, et de l’exploitation illégale des ressources naturelles du Sahara occidental par l’occupation marocaine », a indiqué à Reporters une source diplomatique sahraouie. Le Polisario accuse les Etats membres de l’UE de contourner la légalité internationale en ce qui concerne cette question et de fouler au pied le verdict de la Cour de justice de l’UE prononcé le 21 décembre 2016. Cette décision de la cour de justice européenne réaffirme que le Sahara occidental est un territoire distinct et séparé du Maroc et que ses ressources ne peuvent pas faire l’objet d’accord entre Rabat et des pays de l’UE. «Aucun accord ne peut légalement s’appliquer au Sahara occidental sans le consentement du peuple sahraoui », précise à ce sujet notre source diplomatique sahraouie aux yeux de qui le déplacement de l’envoyé spécial de l’ONU à Bruxelles intervient à un moment particulier où les indépendantistes sahraouis n’entendent pas se laisser entraîner dans des « tergiversations » qui mettraient en veilleuse, encore une fois, leur principale revendication : l’autodétermination.
Le séjour bruxellois de Horst Köhler intervient également après un regain de tension au niveau de la zone tampon de Guerguerat, devenue plus d’une année après le marqueur de la vive tension entre le Polisario et le Maroc, le premier reprochant au second de profiter des tergiversations de la communauté internationale pour imposer la politique du fait accompli en faisant de la zone tampon un lieu de trafic commercial et de transit de passagers comme si de rien n’était. Le dernier incident en date a été le passage du rallye reliant Monaco au Sénégal via le Maroc. Les organisateurs de cette manifestation de sports mécaniques ont travaillé et fait toute leur publicité sur une carte présentant le Sahara occidental comme partie intégrante du territoire marocain, « inacceptable », selon une autre source sahraouie. Le rallye Africa Eco Race, pour rappel, a démarré 31 décembre dernier de la Principauté de Monaco, et se terminera le 15 janvier au Sénégal. Il devait passer hier par Guerguerat ; région considérée comme une zone où les activités civiles sont interdites. La partie sahraouie a mis en garde les organisateurs du rallye qu’elle allait bloquer le passage de leur caravane s’il y a des véhicules qui feront de la provocation avec le drapeau marocain, a affirmé le représentant du Polisario à l’ONU, Ahmed Boukhari cité par l’APS.
C’est dans ce contexte d’ailleurs que le secrétaire général du Front Polisario et président de la RASD Brahim Ghali a convoqué hier « une réunion en urgence pour statuer sur la situation à Guerguerat et trouver une solution à la crise qui prévaut dans ladite zone tampon ». C’est dans ce climat également que le Polisario, après des manœuvres militaires remarquées, a déployé début janvier des éléments de la police civile sahraouie pour surveiller le transit, ce qui a conduit le représentant du Maroc à l’ONU, Omar Hillal, à protester à l’institution onusienne, accusant les indépendantistes de violer l’accord du cessez-le-feu. La partie sahraouie a, pour sa part, démenti ces allégations. « Nous n’avons pas déployé une armée pour nous accuser de violer l’accord de cessez-le-feu, mais uniquement des policiers en civil », réplique le diplomate sahraoui. A travers cette action, « le Polisario veut pousser l’ONU jusqu’au bout de ses contradictions et l’inciter à travailler plus énergiquement à la levée du statu quo intenable » qui plombe le dossier sahraoui et «cesser de produire des déclarations sans suite»
Le 9 décembre dernier, le président sahraoui, Brahim Ghali, a écrit au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres pour l’informer des développements à Guerguerat, et lui a demandé d’envoyer une commission onusienne pour évaluer la situation dans cette zone, conformément à résolution 2351 du Conseil de sécurité qui a prolongé en avril dernier le mandat de la Minurso d’un an, et prévue dans la résolution l’envoi d’une mission technique sur le terrain. Mais Rabat a opposé en septembre dernier un non catégorique à la demande du secrétariat général, un refus qui constitue une preuve supplémentaire de la volonté du Maroc de pousser au pourrissement de la situation, a commenté le représentant sahraoui à l’ONU M. Boukhari. La réponse de M. Guterres à Brahim Ghali n’est parvenue que samedi dernier. Un éventuel regain de tension l’inquiète. Selon une source sahraouie, « Guterres s’est engagé à honorer ses engagements et de se mobiliser avec son envoyé spécial pour le Sahara occidental Horst Köhler pour trouver une issue à la question sahraouie ». Le secrétaire général de l’ONU a promis également « d’effectuer prochainement une visite dans la région », confie la même source. Une visite qui intervient quelques mois après celle de son envoyé spécial pour le Sahara occidental qui l’avait conduit octobre dernier au Maroc, aux camps de réfugiés de Tindouf, Alger et Nouakchout.