Téhéran a « fermement » démenti, hier mercredi, les accusations du Maroc, qui a annoncé la veille rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran en lui reprochant d’avoir facilité une livraison d’armes au Polisario.

« Cette affaire est totalement dénuée de fondement », a déclaré le ministère des Affaires étrangères iranien. Il a dénoncé dans un communiqué un « prétexte » à une rupture diplomatique et affirmé que la République islamique d’Iran avait toujours eu comme ligne de conduite le « respect » de la « souveraineté et (la) sécurité » des pays avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques », et « la non-ingérence dans (leurs) affaires». « Les remarques attribuées au ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita, sur une coopération entre un diplomate iranien et le Front Polisario sont mensongères », poursuit le ministère des affaires étrangères iranien dans son communiqué.
Accusé lui aussi par le Maroc de livrer des armes aux indépendantistes sahraouis en coordination avec un diplomate de la représentation iranienne à Alger, le Hezbollah libanais « nie ces allégations et rejette totalement ces accusations », selon un communiqué publié par le mouvement. «Il est regrettable que le Maroc recoure, par la pression américaine, israélienne et celle de l’Arabie saoudite, à proférer des fausses accusations », ajoute-t-il dans son communiqué. Le ministère des Affaires étrangères marocain doit trouver des arguments plus convaincants pour rompre ses liens avec l’Iran, poursuit-il en soutenant que Rabat a agi sous la pression de trois pays en crise ouverte avec l’Iran : l’Arabie saoudite, les Etats-Unis et Israël. Pour le mouvement chiite libanais, il aurait été préférable que le Maroc trouve un prétexte plus convaincant pour rompre ses relations avec l’Iran.
Le Maroc, pour sa part, a démenti que sa décision de rompre ses relations diplomatiques avec la République Islamique d’Iran aurait été prise sous la pression de certains pays. « Le Maroc a démontré, dans plusieurs crises régionales et internationales, que ses positions sont prises de manière indépendante. Elles correspondent à ses principes et répondent à ses propres évaluations », a déclaré son ministère des Affaires étrangères. Toujours est-il que l’Arabie saoudite a affirmé de son côté se tenir au côté du royaume chérifien. Dans un communiqué officiel, Riyad a condamné « fermement l’ingérence iranienne dans les affaires intérieures du Maroc via son instrument, la milice ‘‘terroriste’’ du Hezbollah, qui entraîne les éléments du soi-disant groupe ‘‘Polisario’’ en vue de déstabiliser la sécurité et la stabilité » du Maroc. L’Arabie saoudite « se tient aux côtés du royaume frère du Maroc pour tout ce qui garantit sa sécurité et sa stabilité, y compris sa décision » de mardi dernier.
Les Émirats arabes unis et Bahreïn, traditionnellement alignés sur Riyad, ont aussi dit leur solidarité avec le Maroc. « Nous soutenons le Maroc quand il le faut, comme il le fait, d’ailleurs, avec nous. Nous soutenons fortement sa décision pertinente de rompre ses relations avec l’Iran qui soutient les ennemis du Maroc, avec l’aide des terroristes du Hezbollah. Dieu préserve le Roi Mohammed VI et le peuple frère marocain», a déclaré sur son compte Twitter le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Khalid Al Khalifa. Le Qatar, pourtant en situation de tension avec le royaume wahhabite et les autres monarchies du Golfe, qui s’efforce de maintenir également de bons rapports avec l’Iran, a rappelé «l’importance du respect des principes régissant les relations entre les Etats» ainsi que «la non-ingérence dans leurs affaires intérieures».

« Un mensonge grotesque pour impliquer le Maghreb dans la crise du Moyen-Orient »
Pour le Polisario, qui a dénoncé dès mardi de « pures allégations », il « n’a jamais eu de relations militaires avec le Hezbollah et l’Iran. C’est un mensonge grotesque pour impliquer le Maghreb dans la crise du Moyen-Orient », a déclaré Mhamed Khaddad, coordinateur du Front avec la mission onusienne au Sahara occidental, la Minurso. Le haut responsable sahraoui accuse Rabat de vouloir « se dérober au processus de négociations auquel vient d’appeler le Conseil de sécurité ». Il fustige des « accusations infondées », pour lesquelles « le Maroc n’a apporté aucune preuve ». « Le Front Polisario n’a jamais eu de relations militaires et n’a pas, non plus, reçu d’armes et entretenu des contacts militaires avec l’Iran ou le Hezbollah » C’est une mascarade et un grand mensonge. Le Maroc cherche une protection de son retrait des négociations (avec le Front Polisario) qui devraient conduire à une consultation, l’autodétermination de l’ancienne colonie espagnole, conformément au plan de règlement onusien », a expliqué M. Khaddad. « Nous mettons au défi le Maroc de fournir la moindre preuve, le Maroc vit dans la folie et ne sait pas comment sortir de son obligation de dialogue », a-t-il ajouté.
Outre le fait que la décision marocaine de cesser ses relations avec le Maroc ne semble rien avoir de bilatéral et qu’elle parait selon toute vraisemblance obéir à un agenda international en relation avec la situation au Moyen-Orient et la rivalité entre Riyad et Téhéran, des observateurs défendent également l’hypothèse selon laquelle Rabat cherche à obtenir le soutien de l’administration Trump à la Maison-Blanche et l’orienter vers une position hostile aux indépendantistes sahraouis en prétendant que ces derniers entretiennent des relations secrètes avec l’Iran et le Hezbollah, un Etat et un mouvement considérés comme une menace aux yeux des stratèges américains. Une source diplomatique sahraouie croit savoir que le président Trump « n’a toujours pas digéré le soutien franc du Maroc à la candidature de Hillary Clinton à la présidentielle américaine de janvier 2017 et Rabat cherche maintenant à faire oublier cet épisode en cherchant à faire du Polisario le parfait bouc-émissaire ».
Le Maroc, pour rappel, a décidé, mardi dernier de rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran prétendant que ce pays et le Hezbollah libanais apportent un soutien militaire au Front Polisario. Vendredi dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution appelant les deux parties à des négociations sans conditions préalables et prolongeant de six mois seulement le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso).