Le Front Polisario a organisé, les 25 et 26 décembre dernier, des manœuvres militaires dans la région d’Aoueghnit. Cet exercice militaire important a mobilisé des centaines de combattants sahraouis dans une zone située non loin du « mur de défense » construit par l’armée marocaine. L’opération, nous a-t-on assuré sur place, est « classique ».

Elle permet aux forces sahraouies de simuler un conflit ouvert avec l’adversaire marocain et « se préparer à toute éventualité ». Par ces termes, on désigne « l’actualité de l’option de guerre » que les dirigeants du Front, « avec le soutien de tous les Sahraouis des camps de réfugiés », affirment ne pas abandonner. « Si le processus de négociation parrainé par les Nations unies continue dans cette voie – une impasse – le recours aux armes à nouveau n’est pas exclu », nous dira un dirigeant sahraoui présent au début des manœuvres.
Certes, cet avertissement n’est pas nouveau. Les dirigeants indépendantistes sahraouis l’utilisent depuis des années dans leur discours mais quiconque se rend actuellement dans les camps peut se rendre compte combien l’exaspération des Sahraouis, civils et militaires, est réelle face au statu quo qui plombe actuellement le dossier de règlement du conflit du Sahara occidental. Tous attendent du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qu’il tienne ses engagements de faire avancer le dossier au Conseil de sécurité et qu’il redonne un nouvel élan, via son envoyé spécial, Horst Köhler, au processus de négociations. Les Sahraouis, a déclaré le Premier ministre sahraoui en marge des manœuvres militaires, attendent de M. Guterres qu’il « concrétise ses promesses » d’un règlement politique du conflit. Abdelkader Taleb Omar a affirmé à la presse que le Polisario « poursuivra ses échanges » avec les Nations unies et continuera d’appuyer ses décisions et initiatives pour la paix. « Il ne fera pas d’économie de ses efforts » pour la relance du processus de négociations mais que « le statu quo est intenable ».
Pour le moment, les observateurs attendent avec une vive attention le rapport que devra publier la commission de l’Union africaine sur la question sahraouie dans le courant de ce mois de janvier. Depuis que le Maroc l’a réintégrée, l’UA est devenu un terrain de lutte encore plus stratégique pour les Sahraouis qui savent que l’objectif de Rabat est de gagner à ses thèses la faveur du plus grand nombre d’Etats possibles. S’il a échoué dans cette opération lors du dernier sommet UA/UE à Abidjan, en décembre dernier, sa diplomatie et ses lobbyistes restent aux aguets et cherchent par tous les moyens à étouffer la voix de la cause sahraouie au sein de l’organisation panafricaine. Outre ce rapport, les observateurs attendent également le rapport que doit présenter, en avril prochain, l’envoyé spécial des Nations unies au Sahara occidental, Horst Köhler, durant la session ordinaire du Conseil de sécurité.
Les négociations entre le Maroc et le Polisario sont à l’arrêt depuis 2012. Rabat veut négocier sur l’autonomie du Sahara occidental sous sa souveraineté, les indépendantistes sahraouis veulent l’application des résolutions onusiennes et l’organisation d’un référendum d’autodétermination.