Déjà pressenti en avril 2021 au poste qu’il occupe désormais, le diplomate italo-suédois Staffan de Mistura est le nouvel envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara occidental. L’ancien médiateur en Syrie (2014-2018) remplace l’Allemand Horst Köhler, qui a démissionné de ce poste en 2019. Il deviendra ainsi à sa nomination officielle, après l’aval des Etats membres du Conseil de sécurité, le cinquième émissaire onusien pour ce territoire non autonome après les Américains James Baker et Christopher Ross, les Néerlandais Peter Van Walsum et Horst Köhler.

Par Anis Remane
L’arrivée de Staffan de Mistura pour s’occuper de méditation dans le dossier sahraoui, peu de semaines après la nomination du Russe Alexandre Ivanko à la tête de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), intervient à l’issue d’un processus laborieux auquel le Maroc n’est pas étranger. Depuis la démission de son prédécesseur, M. Köhler, douze candidatures ont été proposées sans succès, le plus souvent en raison des positions de blocage de Rabat. En juin 2021, le royaume continuait à pratiquer le suspense sur la désignation de M. de Mistura, faisant réagir le représentant du Front Polisario auprès des Nations unies (ONU). «Le Maroc maintient le processus de règlement du conflit dans l’impasse», déplorait Mohamed Sidi Amar. «Il n’a pas seulement entravé la mission du Secrétaire général onusien pour désigner un nouvel envoyé personnel au Sahara occidental, mais a même fixé des conditions préalables qui excluent arbitrairement des pays membres de l’ONU, tout comme il a rejeté tout candidat des pays scandinaves, d’Australie, d’Autriche, des Pays-Bas ou de Suisse», ajoutait-il.
Qu’est-ce qui l’a poussé à changer d’attitude aujourd’hui ? «Le Maroc a été consulté au préalable au sujet de cette nomination et a déjà notifié son accord à M. Antonio Guterres», le Secrétaire général de l’ONU, a déclaré son ambassadeur aux Nations unies. Omar Hilale a indiqué que l’accord de son pays «émane de sa confiance permanente et son soutien constant aux efforts du Secrétaire général de l’ONU pour parvenir à une solution politique, réaliste, pragmatique, durable et de compromis au différend régional», un discours longtemps pratiqué qui pourrait cacher un changement à l’ONU et des pressions sur Rabat qui refuse la solution du référendum d’autodétermination. «Ceci confirme que le Maroc n’a aucune volonté politique d’aller vers une solution pacifique au conflit sahraoui», avait jugé le représentant du Polisario avant l’annonce de la nomination de Staffan de Mistura. M. Sidi Amar avait affirmé, par ailleurs, que le Front Polisario, qui a répondu favorablement à la candidature du nouvel envoyé spécial en avril 2021, a insisté à maintes reprises sur le fait que la désignation d’un nouvel envoyé personnel au Sahara occidental «n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour faire avancer le processus de règlement et réunir les conditions propices permettant au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination». Il avait rappelé que les missions de l’envoyé personnel du Secrétaire général onusien au Sahara occidental ne sont pas prévues dans le plan de règlement ONU-OUA, approuvé par les deux parties en août 1988 et adopté ensuite par le Conseil de sécurité avec les décisions de 1990 et 1991, notamment la décision 690 en vertu de laquelle le Conseil de sécurité a désigné une mission onusienne pour la surveillance du cessez-le-feu et l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental. Elles ont été créées dans les années 1990 pour faire aboutir les efforts de l’ONU visant à trouver une solution politique au conflit. Avant la Syrie, Staffan de Mistura a été représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en Irak (2007-2009) et en Afghanistan (2010-2011). «La clé de la résolution définitive du conflit au Sahara occidental est aux mains du Conseil de sécurité de l’ONU», a prévenu, jeudi 2 septembre 2021, le représentant du Front Polisario en Europe et auprès de l’Union européenne, Oubi Bouchraya Bachir.<