La situation au Sahara occidental restait confuse hier lundi alors que l’agence officielle marocaine MAP et le Polisario ont fait état de tirs le long du mur scindant le territoire disputé, après l’annonce vendredi d’une rupture du cessez-le feu de 1991 par les indépendantistes sahraouis.

Par Sophie PONS
Le Polisario a décrété «l’état de guerre» en réaction à une opération de l’armée marocaine dans une zone-tampon de l’extrême sud du Sahara occidental pour rétablir le trafic routier sur la seule route menant à la Mauritanie, au niveau du poste-frontière de Guerguerat. Depuis, il est impossible de savoir de source indépendante ce qui se passe réellement sur le terrain, du fait des difficultés d’accès dans cet immense territoire désertique que se disputent depuis des décennies le Maroc et le Polisario, soutenu par l’Algérie. Pour le mouvement indépendantiste, l’intervention marocaine à Guerguerat a sonné le glas du cessez-le-feu signé en 1991 sous l’égide de l’ONU, après 15 ans de combat. Les Marocains, eux, se disent attachés à son respect. La situation du seul territoire du continent africain dont le statut post-colonial n’a pas été réglé suscite notamment l’inquiétude de l’ONU, de l’UE et de l’Union africaine (UA). Depuis vendredi, le Polisario multiplie les communiqués annonçant «attaques massives» et bombardements le long du mur de sable de 2.700 kilomètres qui démarque les deux camps, sans susciter de réaction officielle à Rabat. Coté marocain, le dernier communiqué de l’état-major remonte à vendredi soir, pour annoncer que «le passage de Guerguerat est complètement sécurisé». La circulation sur la route conduisant à la Mauritanie a repris samedi en fin de journée et les routiers bloqués depuis trois semaines ont pu traverser la frontière, selon des informations concordantes. Fait inhabituel, l’agence officielle MAP a repris dimanche soir les informations d’un site non officiel dédié aux Forces Armées Royales (FAR) pour annoncer des échanges de tirs le long du mur de défense, sans donner de localisation précise. «Depuis le 13 novembre 2020, les miliciens du Polisario ont effectué des tirs de harcèlement le long de la ligne de défense sans causer de dégâts ni humains ni matériels», selon ce forum militaire «FAR-Maroc» cité par la MAP. L’armée marocaine a «riposté», occasionnant «la destruction d’un engin porte-armes à l’est de la ligne de défense», au niveau de la localité de Mahbès, près de la frontière algérienne, selon ce forum.
«Réalité des informations»
De son côté, le Polisario a évoqué dimanche des «combats se poursuivant crescendo» le long du mur de défense marocain. Il a également assuré mobiliser des «milliers de volontaires». La région désertique est isolée géographiquement. Côté marocain, Rabat ne laisse pas les journalistes se déplacer librement, même en temps normal. Il est également compliqué de rallier la zone frontalière algérienne, en raison notamment de la suspension des vols intérieurs liée à la pandémie de coronavirus. La force de l’ONU (Minurso) rencontre aussi des difficultés d’accès sur le terrain et a limité ses déplacements ces derniers mois, basant désormais pour l’essentiel ses observations sur des images satellite, selon le dernier rapport annuel du secrétaire général devant le conseil de sécurité de l’ONU. Il est «extrêmement difficile de vérifier la réalité des informations diffusées de l’un ou de l’autre côté», soulignait d’ailleurs ce rapport. Le rapport s’inquiétait aussi du «risque d’attentat» et de «la multiplication de trafiquants de drogue et d’autres éléments criminels sur le territoire» qui «fait peser une menace croissante et imprévisible» sur son personnel, désormais réduit à 195 membres du fait de restrictions budgétaires. Le Maroc contrôle les trois quarts du territoire de 266.000 km2 et considère la bande ouest, riche en phosphate et en eaux poissonneuses comme partie intégrante du royaume. Rabat propose une autonomie sous sa souveraineté tandis que le Polisario exige un référendum d’autodétermination prévu par l’accord de 1991 mais jamais mis en oeuvre. Des négociations impliquant le Maroc, le Polisario, l’Algérie et la Mauritanie sont au point mort depuis mars 2019. (Source AFP)