Le dossier du Sahara occidental revient aujourd’hui au-devant de la scène onusienne. Il sera examiné par les Etats membres du Conseil de sécurité dans une réunion à huis clos qui a tout l’air d’être une opération-test après les récents et importants développements…

C’est aujourd’hui qu’aura lieu au Conseil de sécurité la première réunion sur le dossier du Sahara occidental depuis la rupture du cessez-le-feu, le 13 novembre dernier, entre les indépendantistes sahraouis et le Maroc. Pourtant, le point auquel les observateurs feront davantage attention au cours de cette réunion ne concerne pas la reprise des armes entre les parties belligérantes, mais la décision, le 11 décembre dernier, par le président américain sortant Donald Trump, de reconnaître la souveraineté de Rabat sur le territoire disputé au Polisario. Un geste qui a mis fin à la neutralité apparente des Etats-Unis vis-à-vis de ce conflit et qui rebat toutes les cartes le concernant depuis quatre-cinq ans. Un séisme géopolitique dont la réplique dépendra, bien sûr, du prochain locataire de la Maison-Blanche, le président élu Joe Biden qui prendra les rênes de son pays le 20 janvier prochain.
La réunion du Conseil de sécurité d’aujourd’hui serait-elle donc de pure formalité ? L’ensemble des observateurs s’accordent à dire que les vrais développements sont à attendre à partir de l’année prochaine lorsque l’administration Biden fera connaître ses intentions en matière de politique étrangère et spécifiquement sur le regard qu’elle compte porter sur les relations israélo-arabes et sur le Maghreb, sous-région pour laquelle Washington a toujours eu, selon l’ancien conseiller à la sécurité de M. Trump devenu son adversaire, John Bolton, des «relations équilibrées»…
C’est en tout cas l’avis véhiculé hier par plusieurs agences de presse internationales, citant des sources onusiennes anonymes et affirmant que la prudence sera de mise au Conseil de sécurité jusqu’à la prise de fonction du Président américain élu. Il n’en demeure pas moins que la réunion d’aujourd’hui ne sera pas aussi anodine qu’on le croit. Elle permettra au moins de savoir quelle réception les membres du Conseil ont de la décision du président Trump de reconnaître, contre la normalisation des relations entre le royaume chérifien et Israël, la marocanité du Sahara occidental, au mépris du droit international et des résolutions onusiennes relatives aux territoires sous tutelle coloniale.
A titre d’indication, la réunion du Conseil de sécurité, aujourd’hui, sera à huis clos comme de coutume pour le dossier du Sahara occidental et a été demandée par l’Allemagne. Fait intéressant, elle devrait donner lieu à un exposé de la Secrétaire générale adjointe de l’ONU pour les Affaires politiques, l’Américaine Rosemary Di Carlo. Chargée du département des affaires politiques et de la consolidation de la paix, Mme Di Carlo occupe le poste de Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques aux Nations unies depuis le 1er mai 2018.
D’ordinaire, les résolutions onusiennes sont rédigées par les Etats-Unis et des membres du Conseil de sécurité pourraient demander à ce que cette tâche soit confiée cette fois à un autre pays, après la reconnaissance par Donald Trump de la souveraineté marocaine. Il s’agira d’observer la réaction de l’Algérie, ardente défenseuse du droit des Sahraouis à l’autodétermination, et des pays membres de l’Union africaine partageant cette ligne. <