L’attaque marocaine dans la zone tampon de Guerguerat et l’annonce du Polisario d’une reprise de la guerre replacent sous les projecteurs  des ONG et des médias étrangers le vieux conflit du Sahara occidental, annonçant peut-être l’amorce d’un intérêt inédit des cercles politiques et des opinions  aux Etats-Unis et en Occident en général pour ce dossier de décolonisation.  Synthèse  Nordine Azzouz

Ainsi, dans un communiqué publié le 16 novembre courant et auquel la rédaction de Reports a eu accès aujourd’hui 19 novembre, la Fondation américaine Defense Forum Foundation, très engagée en faveur du droit des Sahraouis à l’autodermination, condamne l’attaque militaire marocaine dans la zone tampon de Guerguerat et d’avoir violé l’accord de cessez-le-feu en vigueur au Sahara occidental depuis septembre 1991.

Jacob Mundy, professeur adjoint d’études sur la paix et les conflits

La Fondation que préside  Suzanne Scholte, personnalité politique et figure de premier plan au sein des mouvements de défense des droits humains aux Etats-Unis, «condamne fermement le Roi du Maroc pour avoir violé l’accord de cessez-le-feu et de provoquer la reprise de la guerre au Sahara occidental », lit-on dans le communiqué.

Dans ce document, la Fondation critique l’incapacité des Nations unies à agir selon ses résolutions pour le règlement politique du conflit et considère le Conseil de sécurité en situation de désengagement constant.  Pour elle, la mission onusienne au Sahara occidental, la Minurso, a échoué dans l’accomplissement  de son mandat.

Elle va plus loin et appelle l’ONU «à cesser d’être un instrument entre les mains de l’agresseur et à tenir sa promesse pour organiser un référendum libre, juste et transparent pour résoudre le conflit du Sahara occidental ». Elle réaffirme, en outre, «son plein soutien » à la RASD et au «peuple sahraoui» ainsi «qu’aux actions qu’ils ont été contraints de prendre en raison de l’invasion et de l’occupation brutale de leur patrie et des nouvelles attaques des forces marocaines ».

La rédaction de l’ONG américaine intervient dans un contexte où la reprise des hostilités à Guerguerat après l’attaque militaire marocaine dans ce périmètre frontalier ultrasensible avec la Mauritanie a provoqué un regain d’intérêt des grands médias occidentaux et internationaux pour le conflit du Sahara occidental.

combattantes sahraouies

Par exemple, la presse allemande, qui n’abordait pas souvent ce conflit même du  temps où l’ex-président de la République fédérale (2004-2010),   Horst Köhler,  occupait le poste d’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara occidental,   s’est intéressée au dossier du Sahara occidental, indiquant que les développements dans la zone de Guerguerat font profiler  une reprise armée du conflit opposant les indépendantistes sahraouis qui luttent pour la souveraineté de leur territoire  au royaume du Maroc. Le «  Suddeutsche Zeitung », dont les  extraits d’un article, « Une guerre chaude dans le désert »,  ont été repris par l’APS,  note par exemple que ces derniers développements pourraient profiter au mouvement de libération pour attirer de nouveau l’attention sur sa cause : «  le référendum sur l’avenir du territoire ».  Pour sa part, le « Frankfurter Allgemeine Zeitung » sous le titre « Une Guerre pour le Sahara » indique que « l’inquiétude augmente de voir une deuxième guerre éclater en Afrique, après la confrontation militaire en Ethiopie ».

Débat à la Foreign Press Association

Le quotidien reprend la déclaration  d’un responsable du Polisario, indiquant que « la guerre continuera et s’étendra sur l’ensemble du territoire du Sahara occidental, tant que les Nations unies ne seront pas à la hauteur de leur responsabilité  et n’exerceront pas des pressions sur le Maroc pour l’amener à tenir les engagements pris en 1991 ».  Dans une lecture du statu quo qui a pesé jusqu’ici sur le dossier sahraoui, le journal allemand indique que «  le Maroc, qui est devenu partenaire important pour l’occident, notamment dans la lutte contre la migration illégale, est de plus en plus cité comme pays qui pourrait reconnaitre Israël, comme l’ont fait les Emirats Arabes Unis ». Il croit savoir qu’il y aurait « une sorte de contrepartie diplomatique » entre  le Maroc et les Gouvernements occidentaux, qui  pourraient reconnaitre la marocanité du Sahara occidental, si Rabat suit l’exemple émirati.

Ian Williams, président de la Foreign Press Association

Mardi, 17 novembre, la Foreign Press Association (FPA), basée à New York, a organisé une vidéoconférences animée par lan Williams, Président de la FPA, et l’universitaire  Jacob Mundy, co-rédacteur avec Stephen Zunes en 2010  du livre Western Sahara: War, Nationalism, and Conflict Irresolution.

A l’interrogation de savoir si le timing de l’attaque  marocaine à Guerguerat était fortuit ou s’il avait une relation avec le calendrier politique US et les résultats des élections américaines,  le Professeur Mundy n’a pas écarté cette possibilité tout en soulignant que la pression économique qui commençait à peser sur le Maroc a été probablement la première raison de son action.

Dans un retour aux origines du conflit, cet universitaire délivre une lecture intéressante et peu répandue sur l’annexion du territoire du Sahara occidental par le Maroc après le retrait de l’Espagne, ancienne puissance occupante.  Selon le Professeur Mundy, la marche verte aurait été cautionnée par les Etats-Unis d’Amérique, dont le Conseil de Sécurité Nationale avait connaissance  une année à l’avance du plan du Maroc d’occuper le territoire. L’ancien  Secrétaire d’Etat aux Affaires, Henry Kissinger,  savait les intentions du roi du  Maroc. Selon des rapports déclassifiés, l’alerte au sujet de cette marche a été donnée au State Department dès octobre 1975, soit un mois avant qu’elle ne soit organisée. M. Mundy a balayé les informations relayées par la propagande marocaine, présentant le Polisario comme étant une milice soutenue par l’Algérie pour menacer le Maroc. Le Polisario est un mouvement de libération du Sahara occidental qui aurait existé avec ou sans le soutien de l’Algérie, a-t-il affirmé. Depuis sa création, le mouvement a développé ses propres réseaux polico-diplomatiques et sollicité d’autres soutiens internationaux comme il continue à le faire plus de quarante ans après le début de la guerre d’indépendance contre le Maroc et près de trente ans après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu.

Pour ce qui concerne  la position des Etats-Unis sur ce conflit, le président de la FPA, M. Williams a rappelé que la question du Sahara occidental jouit d’un soutien bipartite dans la sphère politique américaine, en prenant pour preuve l’engagement dont John Bolton avait fait montre lorsqu’il était Conseiller à la Sécurité Nationale pour mettre un terme au mandat de la MINURSO en organisant le référendum d’autodétermination. Un engagement qui a été confirmé par le Sénateur James Inhofe, le 10 novembre dernier. La tentative américaine sous l’administration Obama de doter la MINURSO d’une composante des droits de l’homme, à l’instar des autres OMP, a également été cité, même si celle-ci avait échoué, après que le Maroc s’était assuré le soutien du Pentagone américain, qui a privilégié la protection de son allié au détriment des principes de la politique étrangère américaine.