Les organisations non gouvernementales Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé, hier, le sort réservé par les autorités marocaines aux détenus sahraouis des camps de Gdim Izik.

Par Nadir Kadi
Le communiqué des deux organisations publié sur le site d’AI, évoque en effet le maintien en détention de 19 militants, depuis plus de 10 ans, comme étant la poursuite d’une procédure injuste ; les jugements s’étant de surcroît appuyés, selon les deux ONG, sur la base «d’aveux» vraisemblablement obtenus sous la contrainte.
En effet, rappelant les conditions de l’arrestation des militants sahraouis au cours des manifestations de 2010 dans la région de Laayoun, le communiqué insiste également sur la procédure de la justice marocaine ayant abouti à la prononciation de peines allant de «20 ans de prison» jusqu’à «la perpétuité». Des condamnations injustes, selon les ONG, basées sur des «aveux dont la véracité a été niée par les accusés, en avançant qu’ils avaient été obtenus sous la torture».
En ce sens, la directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord de Human Rights Watch, Mme Lama Fakih, a souligné dans le communiqué que les «19 hommes ont déjà passé 12 ans en prison et il leur reste de nombreuses années (…) Leurs jugements s’étaient largement basés sur des aveux dont la validité peut être mise en cause». La même responsable, ajoutant plus loin, «le maintien en détention du groupe de Gdim Izik sur la base de preuves douteuses, démontre que des jugements équitables pour les opposants au pouvoir marocain au Sahara occidental n’est qu’une illusion».
Et dans cette logique, le communiqué des deux organisations souligne également que le comité d’expert des Nations unies chargé des cas de tortures avait «condamné l’année dernière la violation de la convention contre la torture dans trois dossiers liés aux accusés du camp de Gdim Izik». Le même comité aurait par ailleurs «douté» de la validité des conclusions «tardives» de la justice marocaine, se disant dans l’incapacité de prouver, six ans plus tard, que les actes de torture invoqués ont bien eu lieu lors des interrogatoires.
Pour rappel, les événements dits du camp de Gdim Izik remontent à l’année 2010 dans le contexte de manifestations marquées par l’installation d’un camp de protestataires réunissant plus de 6 500 tentes. L’intervention de forces marocaines avait quant à elle tourné à l’affrontement avec les protestataires et 11 membres des forces de l’ordre auraient été tués par les militants selon la version gouvernementale. Quant à la procédure judiciaire marocaine, elle avait initialement été confiée à la justice militaire avant d’être en partie confirmée par la justice civile, avec, en 2020, l’annonce d’une «décision finale» de la Cour de cassation rejetant l’ensemble des recours des militants sahraouis.
Notons également qu’une coalition d’avocats et d’ONG ont déposé hier six nouvelles plaintes contre le Maroc devant le Comité contre la torture (CAT) des Nations unies à Genève dans lesquelles elle exige notamment la libération de tous les prisonniers sahraouis condamnés sur la base d’aveux obtenus sous la torture. «Maîtres Francesca Doria, Brigitte Jeannot, Ingrid Metton, France Weyl (pour l’Association internationale des juristes démocrates) et la FIDH (Fédération internationale de droits humains), avec le soutien de la Ligue pour la Protection des prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines, déposent six nouvelles plaintes devant le CAT des Nations unies à Genève pour six défenseurs sahraouis des droits humains membres du groupe de prisonniers politiques de Gdeim Izik», souligne cette coalition dans un communiqué conjoint.
«Les six requérants, Mohamed El Bachir Boutanguiza, Abdellahi Lakhfaouni, Sidi Ahmed Lemjiyed, Ahmed Sbai, Abdullahi Toubali et El Houssein Zaoui demandent au Comité d’enquêter sur les sévices subis suite à leurs interpellations mais aussi durant leur longue détention», ajoute la même source, relevant que «12 ans après le démantèlement du campement de Gdeim Izik, la quête de justice pour les faits de torture sur les prisonniers sahraouis continue». <