La mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso) a un nouveau chef. Il s’appelle Alexander Ivanko, il est Russe et il n’est pas étranger au dossier, puisqu’il exerçait depuis 2009 la fonction de chef de cabinet de la Minurso après avoir occupé le poste de directeur de l’information à la mission onusienne au Kosovo entre 2006 et 2009 et porte-parole de l’ONU en Bosnie-Herzégovine entre 1994 et 1998.

Par Anis Remane
La nomination de ce diplomate, vendredi 27 août, par le chef de l’organisation internationale, António Guterres, constitue une modeste avancée dans une vieille affaire de décolonisation qui peine à aboutir pour de multiples raisons, dont certaines dépassent les simples belligérants, à savoir le Maroc et les indépendantistes sahraouis du Polisario.
M. Ivanko, qui remplace le Canadien Colin Stewart qui occupait le poste de chef de la Minurso depuis le 1er décembre 2017 après avoir succédé à Mme Kim Bolduc, du Canada également, arrive à un moment où les discussions au sein de la Quatrième Commission chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation sont devenues plus que jamais répétitives et sans perspective d’ouverture vers une solution qui mettrait fin au statu quo au Sahara occidental, en dépit de la reprise des hostilités entre Rabat et le Polisario, notamment sur la ligne frontalière de Guerguerat.
Ce qu’il fera ou ne fera pas sera donc particulièrement suivi en attendant que le secrétaire général de l’ONU nomme son Envoyé personnel pour le Sahara occidental, dont le profil, en raison de son poids politique et diplomatique, sera plus significatif de la capacité des Nations unies à faire bouger les lignes en ce qui concerne ce conflit, alors que c’est toute la sous-région qui se trouve aujourd’hui confrontée à la détérioration du bilatéral déjà conflictuel entre Alger et Rabat, au suspense des Etats-Unis et l’attitude de l’administration Biden après le précédent Trump de reconnaitre la « souveraineté » de Rabat sur le territoire disputé, ainsi qu’à la faiblesse de ses Etats à se doter de dispositifs politico-institutionnels suffisamment puissants pour repousser la menace sécuritaire que font penser sur eux et leurs populations les groupes islamistes armés présents.
C’est dans ce contexte que l’ambassadeur d’Algérie aux Nations unies, Sofiane Mimouni, a déclaré, vendredi 27 août, que « l’Algérie continuera à soutenir les efforts du secrétaire général des Nations unies et de l’Union africaine pour reprendre les négociations directes entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario en vue d’aboutir à une issue positive garantissant au peuple sahraoui le libre exercice de son droit inaliénable à l’autodétermination ».

Bientôt un envoyé personnel de Guterres…
« L’Algérie continuera à assurer son soutien au peuple du Sahara Occidental, et à ceux des territoires non autonomes comme dicté par le devoir de solidarité envers les peuples et les pays coloniaux », a déclaré à ce sujet l’ambassadeur, rappelant l’intérêt pour le Conseil de sécurité de garder pour référence sa résolution 2548 d’octobre 2020, la plus récente, d’appeler les deux parties à engager des négociations sans condition préalable et de bonne foi pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable.
Lundi, 9 août 2021, le Conseil de sécurité a adopté comme document officiel une lettre de Brahim Ghali, chef du Polisario et de la RASD, sur la « situation catastrophique des droits humains au Sahara occidental occupé notamment depuis la rupture du cessez-le-feu par le
Maroc », le 13 novembre 2020. « Comme nous l’avons clairement indiqué dans des communications précédentes, c’est la passivité du Secrétariat de l’ONU et du Conseil de sécurité et leur silence assourdissant face à la conduite criminelle du Maroc qui encouragent l’Etat occupant à persister dans ses pratiques terroristes et barbares dans les Territoires occupés du Sahara occidental », écrit-il dans sa lettre non sans demander au Conseil de s’« acquitter de ses responsabilités et de fournir une protection aux civils sahraouis dans les Territoires occupés du Sahara occidental, qui font l’objet d’un strict siège militaire et d’un black-out médiatique ».
Un texte qu’Alexander Ivanko a certainement lu au même titre que le prochain envoyé spécial de M. Guterres au Sahara occidental, dont la nomination ne devrait pas tarder, selon des sources médiatiques. L’Allemand Horst Kohler, qui occupait ce poste, avait jeté l’éponge en mai 2019 en présentant des « raisons de santé ». Depuis, 13 candidatures à son remplacement ont été proposées par le secrétaire général de l’ONU, principalement européennes, mais toutes ont été rejetées par l’une ou l’autre partie du conflit.