Moins d’une semaine après la confirmation du diplomate Staffan de Mistura au poste d’Envoyé spécial personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, mercredi 6 octobre, la diplomatie sahraouie rappelle que la seule solution au conflit reste l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

Kahina Terki
Samedi, 9 octobre, des unités du Front Polisario ont ciblé des positions marocaines, rapporte l’agence de presse sahraouie SPS. Selon cette agence, qui cite un communiqué de la Défense sahraouie, « les unités de l’Armée populaire de libération sahraouie (APLS) ont ciblé des retranchements des forces d’occupation marocaines dans la zone de Khanka Houriya (secteur de Smara) et celles de Laakad et Akouira Ould Blal (Mahbes) ».
« Les bombardements menés par les unités de l’armée sahraouie ont également ciblé le siège de commandement du 43e bataillon des forces d’occupation marocaines dans la zone d’Amitir Lemkhinza dans le secteur de Mahbes, ainsi que des retranchements des forces d’occupation dans la zone d’Edakn (secteur de Bakari) », ajoute la même source. Elle rappelle que les attaques des indépendantistes sahraouis n’ont pas cessé contre les positions militaires marocaines depuis le 13 novembre 2020 et l’occupation par le Maroc du poste frontalier de Guerguerat, que le Polisario considère comme une violation de l’accord de cessez-le-feu signé en 1991 par les deux parties belligérantes. Une évolution que le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a qualifiée de préoccupante.
« La situation au Sahara occidental s’est considérablement détériorée depuis mon dernier rapport », a-t-il déploré au début du mois d’octobre dans la mouture du rapport sur le Sahara occidental. La reprise des hostilités entre le Maroc et le Front Polisario constitue « un revers majeur » pour les efforts en cours visant « la réalisation d’une solution politique à ce différend de longue date ». M. Guterres a mis en garde contre « un risque évident d’escalade tant que les hostilités persistent », quelques jours avant la confirmation, mercredi 6 octobre, du diplomate italo-suédois Staffan De Mistura au poste d’Envoyé spécial personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental. Au sujet de la nomination de ce nouvel envoyé spécial, un poste resté vacant depuis la démission de son prédécesseur, l’Allemand Horst Kohler en mai 2019, le Front Polisario a rappelé en opposition au Maroc qui défend la thèse de l’autonomie du Sahara occidental sous la souveraineté de Rabat que tout éventuel processus politique au Sahara Occidental devra garantir le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
«Si l’Envoyé spécial, De Mistura parvient à fixer une date pour le référendum ou élaborer un plan pratique pour mettre fin aux manœuvres et tergiversations ayant entravé les efforts de l’ONU en matière de décolonisation du Sahara occidental, pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination, l’histoire retiendra qu’il a réussi avec le Secrétaire général de l’ONU à mettre le train de la légalité internationale au Sahara occidental sur les rails », a déclaré samedi 9 octobre le chef de la diplomatie sahraouie Mohamed Salem Ould Salek
« Cette démarche pourrait ouvrir de vastes perspectives pour la paix juste et définitive dans la région », a-t-il poursuivi. « Connue pour son engagement et sa coopération avec l’ONU et l’UA, garant du plan de règlement, la partie sahraouie recommande à M. Di Mistura de proposer à certains Etats membres du Conseil de sécurité ou du prétendu groupe d’amitié avec le Sahara occidental de bien relire l’article 5 du plan de règlement, accepté par les deux parties, et adopté à l’unanimité par le Conseil, lequel stipule que le référendum d’autodétermination constitue la solution consensuelle et la base pratique et logique », a indiqué M. Ould Salek. « Toute approche contraire aux accords conclus entre les deux parties sera vouée à l’échec », a précisé M. Ould Salek, ajoutant qu’« elle sera un scandale retentissant de ceux qui se cachent, depuis trois décennies, derrière les Secrétaires généraux et les représentants spéciaux successifs, dans l’objectif d’empêcher l’indépendance du peuple sahraoui ». Mettant en garde contre les tentatives visant à « spolier les droits du peuple sahraoui à la liberté, à l’indépendance et à la souveraineté, il a indiqué que ces dernières « ne seront pas couronnées de succès, comme le prouve clairement les trois décennies passées ». « Cette approche ne réussira pas », a assuré le chef de la diplomatie sahraouie qui estime qu’elle est contraire à « la légalité internationale, comme fixé à l’unanimité par toutes les organisations et les tribunaux internationaux, entame en même temps la crédibilité des Nations unies et constitue une grande perte financière pour elles et par-dessus tout un crime contre le peuple sahraoui, un encouragement à l’agression et une déstabilisation de la région toute entière ». « C’est la crédibilité de l’ONU qui est désormais remise en cause », a-t-il averti, ajoutant que « le manquement du Conseil de sécurité à ses responsabilités directes dans le parachèvement de la mission de l’ONU pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (Minurso) et la conspiration flagrante avec l’occupant marocain, sont autant de facteurs ayant favorisé un retour à une guerre qui ne cessera qu’avec la cessation de l’occupation illégale de ce territoire par le Maroc et le respect des frontières internationalement reconnues ».
M. Ould Salek a exhorté le Conseil de sécurité international à « empêcher le Maroc de déposséder ses voisins de leurs terres, conformément aux dispositions de l’acte constitutif de l’Union africaine (UA), de la Charte de l’ONU et ses résolutions, ainsi qu’aux AVIS et décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour de justice européenne (CJUE) ». n