Les opérations de guerre du front Polisario et de l’Armée de libération populaire sahraouie (ALPS) se poursuivent contre les forces marocaines et s’intensifient sur la ligne de combat qui les oppose depuis les évènements de Guerguerat, le 13 novembre 2020, et la violation par Rabat du cessez-le-feu en vigueur depuis 1990.

Par Lyes Sakhi
Selon une source militaire sahraouie, l’ALPS a mené, mardi 23 novembre 2021, de nouvelles attaques contre des positions marocaines dans les secteurs de Mahbès et d’Oum Dreiga. Selon un communiqué de la Défense sahraouie, «les unités de l’armée sahraouie ont mené des attaques intensifiées contre les retranchements des forces de l’occupant marocain dans les régions de Tadjalt Talh (le secteur Oum Dreiga), Gouirat Ould Blal (secteur Mahbès). Les offensives de l’Armée sahraouie se poursuivent contre les forces d’occupation marocaine qui subissent d’importantes pertes humaines et matérielles tout le long du mur de la honte, conclut la même source. Une source diplomatique sahraouie a indiqué que ces opérations se poursuivent et qu’elles iront «crescendo» et seront menées «en fonction de l’évolution du terrain», a-t-elle indiqué.
La poursuite de la guerre est l’unique alternative tant que le processus politique et diplomatique n’avance pas dans le sens d’un règlement juste de la question sahraouie, ajoute la même source qui renvoie aux déclarations du ministre sahraoui des Affaires étrangères Mohamed Salem Ould Salek. Dans ce contexte, la diplomatie sahraouie se déploie sur le terrain sous-régional et continental avec pour seule ligne de front l’affirmation que tout effort ne visant pas à parachever le plan de règlement onusien du conflit au Sahara occidental, est «un déni» du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance. C’est ce qu’a rappelé le Secrétariat national du Polisario, dimanche 21 novembre 2021, au terme des travaux de sa 5e session ordinaire. «Tout effort ne visant pas à parachever l’application du plan de règlement, à travers la mise en œuvre entière de la tâche de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso), serait une violation de cet accord et un déni du droit inaliénable du peuple sahraoui à l’indépendance et à l’autodétermination, un droit consacré dans la charte des Nations unies et l’ensemble de ses décisions y afférentes». «Le Front Polisario et le Royaume marocain, parties au conflit au Sahara occidental, les Nations unies et ses partenaires, l’Union africaine (UA), sont tous liés par un seul accord qui jouit de l’approbation du Conseil de sécurité à l’unanimité, à savoir le plan de règlement africain de 1991. Partant, le Front Polisario ne peut adhérer à aucune démarche en dehors du cadre légal convenue, a-t-il réaffirmé.

Israël, nouvel acteur dans le conflit
Le Polisario a, par ailleurs, fait part de sa condamnation de «l’agissement marocain irréfléchi et exprimé au plus haut niveau, à savoir le suivi d’une stratégie visant à impliquer des puissances étrangères», allusion au rapprochement du Maroc avec Israël, une alliance qui a pris une nouvelle tournure inquiétante après la visite du ministre israélien de la défense Benny Gantz, la première du genre, et la signature d’un accord –cadre de coopération sécuritaire «sans précédent», une entente qui signe clairement et pour les années à venir l’arrivée d’Israël et de son savoir-faire militaire sur le théâtre de guerre au Sahara occidental. Une évolution qui ne manquera d’influer sur l’action militaire du Polisario et de son armée de libération populaire sahraouie, qui devront réfléchir aux moyens d’éviter un rapport de force qui leur soit défavorable. Une «confrontation asymétrique» et d’«usure» sur un terrain que les combattants sahraouis connaissent mieux que quiconque n’est pas exclue, relève la source diplomatique sahraouie.
L’aspect diplomatique n’est pas sous-estimé et des efforts sont menés en direction de la Mauritanie, pays neutre avec lequel les indépendantistes sahraouis multiplient davantage les contacts depuis l’émergence d’Israël sur le théâtre sahraoui. Le dernier en date a eu lieu à Nouakchott où s’est rendu le ministre sahraoui des Affaires étrangères M. Ould Salek, mardi 23 novembre 2021. «La stabilité et la sécurité dans la région sont liées au respect des frontières, de la justice et des droits», a-t-il déclaré selon l’agence de presse sahraouie. Des efforts sont déployés également en Afrique australe où la cause sahraouie compte des amis parmi les Etats de la sous-région. Mardi, 23 novembre, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui recevait son homologue kényan Uhuru Kenyatta, s’est dit avec son hôte préoccupé par le retard de la Minurso à organiser un référendum sur l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.

Les mots et les positions de Washington
Dans un communiqué conjoint, les deux chefs d’Etats ont exprimé leur préoccupation quant au «retard enregistré dans la tenue du référendum nécessaire à la réalisation du droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental», ainsi que par le «manque de protection des droits de l’Homme du peuple sahraoui». Ils ont souligné «l’importance pour le Conseil de sécurité de soutenir le travail de la mission onusienne qui est principalement chargée de convoquer le référendum tant attendu et de soutenir la reprise des négociations par l’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU». Le 29 octobre, le Conseil de sécurité a décidé de proroger pour une durée d’une année le mandat de la Minurso.
Cependant, les regards sont braqués sur Washington où s’est rendu récemment le ministre des Affaires étrangères marocain Nasser Bourita. Selon le porte-parole du Département d’Etat, Ned Price, le secrétaire d’Etat Anthony Blinken et la diplomatie américaine continuent de «considérer le plan d’autonomie du Maroc comme sérieux, crédible et réaliste, porteur d’une approche qui peut potentiellement satisfaire les aspirations du peuple du Sahara occidental». M. Blinken et M. Bourita ont «exprimé leur ferme soutien» au nouvel émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, chargé d’un difficile processus de négociations, selon un communiqué du Département d’Etat. Mais tous les observateurs savent que les Etats-Unis jouent sur les mots. Autre problème, les Etats-Unis ne sont pas encore exprimés officiellement sur le sort à réserver à la décision de l’ancien chef de la Maison-Blanche Donald Trump de reconnaitre en décembre 2020 la souveraineté du Maroc sur le territoire non autonome et éligible à la décolonisation, selon le droit international. La rencontre entre les diplomates américain et marocain est intervenue deux jours avant la visite à Rabat du ministre israélien de la Défense Benny Gantz. n