L’affaire risque d’agacer davantage le Front Polisario et déboucher sur un nouveau bras de fer judiciaire avec les autorités françaises : selon le réseau Western Sahara Ressources Watch (WSRW), une deuxième cargaison de produits originaires du Sahara occidental – un territoire d’où les importations sont interdites et exclues de l’accord d’association entre le Maroc et l’Union européenne, parce que ne faisant pas partie du Royaume chérifien – sont arrivés hier au port français de Rouen.

La cargaison de sel, précise la même source, a été vue et photographiée le 4 février dernier à son chargement au port d’El-Aâyoune sur le BBC Magellan, un cargo de 5 344 tonnes, battant pavillon Antigua & Bermuda et affrété par l’armateur allemand BBC Chartering. WSRW ajoute aussi que le gérant de l’opération d’importation est Sea Invest France, une filiale de la société belge Sea Invest. Pour ce réseau qui surveille le pillage des ressources naturelles du Sahara occidental, sous domination marocaine et considéré donc par l’ONU comme éligible à son autodétermination, on ignore pour l’instant l’identité de l’acheteur de cette cargaison de sel de déglaçage, généralement utilisé en Europe pour la praticabilité des routes durant l’hiver, mais ce n’est qu’un détail au vu que c’est une violation du droit international au départ même si le client pourrait être amené à être appelé dans le cadre d’un éventuel nouveau dépôt de plainte par les indépendantistes sahraouis. En janvier dernier, le Front Polisario a porté plainte auprès de la direction des Douanes françaises à Rouen après le dépôt à quai au port de Fécamp d’une cargaison d’huile importée illégalement du Sahara occidental par la société française Olvea, spécialisée dans la production et commercialisation des huiles. Dans la plainte, l’avocat du Front , maître Gilles Devers, indiquait au directeur des Douanes que cette affaire «cause un trouble particulièrement grave à l’ordre public, dès lors que la violation établie du droit du peuple sahraouie à l’exploitation de (ses) ressources naturelles se combine avec un déni des principes posés par l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne « . L’avocat a expliqué que vu les questions «stratégiques» en cours et l’impact public qu’a connu l’arrêt de justice, il est difficile de soutenir que les autres opérateurs économiques «aient pu ignorer le droit applicable», demandant ainsi une enquête auprès des groupes organisateurs du transport du bateau Key Bay, qui avait chargé une cargaison d’huile de poisson à El-Ayoun. Le 21 décembre 2016», la Cour de justice de l’UE a précisé que les accords d’association et de libéralisation entre l’Union européenne et le Maroc «ne sont pas applicables au Sahara occidental», soulignant ainsi que les accords commerciaux de 2012, comme ceux conclus en 2000, ne peuvent s’appliquer au territoire du Sahara occidental, car ce territoire ne fait pas partie du royaume du Maroc. Au début du mois de février, l’importateur danois Dansk Vejsalt de sel a déclaré qu’il n’importerait plus du sel de déneigement en provenance du Sahara occidental, territoire occupé par le Maroc. Jeudi dernier, des parlementaires européens ont appelé le Maroc à respecter ses engagements internationaux et à se conformer au droit international concernant la question du Sahara occidental, dénonçant les dernières mises en garde qu’il avait adressées à l’Union européenne (UE) sur l’application de l’accord agricole signé en 2012. Dans un communiqué publié lundi dernier , le ministère marocain de l’Agriculture a déclaré que «toute entrave à l’application de cet accord est une atteinte directe à des milliers d’emplois d’un côté comme de l’autre dans des secteurs extrêmement sensibles», prévenant que l’Europe sera exposée à un «véritable risque de reprise des flux migratoires».