Moins d’une dizaine de jours après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la nouvelle résolution qui prolonge d’une année le mandat de la mission onusienne au Sahara occidental, Minurso, le roi du Maroc, Mohamed VI, s’est exprimé sur le sujet pour rappeler son opposition à toute idée de référendum d’autodétermination, maintenant ou en «perspective», comme il est écrit dans le texte adopté par le Conseil de sécurité sous la plume des Etats-Unis.

Par Kahina Terki
Le prétexte de l’intervention télévisée du monarque marocain n’avait pas de rapport avec le calendrier onusien de règlement du conflit, mais l’anniversaire de la «Marche Verte», le 46e après l’appel en novembre 1975 du roi Hassan III à franchir la frontière du Sahara occidental et de l’occuper au nom de l’«appartenance» du territoire du royaume. Une thèse réfutée par le droit international et les Nations unies qui tentent vainement depuis près d’un demi-siècle à trouver une issue pacifique au conflit, un des derniers issus de la décolonisation.
Samedi 6 novembre, il a prononcé un discours télévisé à travers lequel il a déclaré que le Sahara occidental «n’est pas à négocier». «Aujourd’hui comme par le passé, la “Marocanité” du Sahara ne sera jamais à l’ordre du jour d’une quelconque tractation», a dit le monarque marocain. «De fait, la “Marocanité” du Sahara est une vérité aussi pérenne qu’immuable. Elle ne souffre, de ce fait, aucune contestation», a-t-il ajouté. «Si nous engageons des négociations, c’est essentiellement pour parvenir à un règlement pacifique de ce conflit régional artificiel», a-t-il poursuivi.
En clair comme en décrypté, le roi Mohamed VI dit s’attacher à la solution de l’autonomie du Sahara occidental sous la souveraineté de Rabat, un scénario qu’on peut pratiquement remonter à 1990 et à l’accord-cadre proposé par James Baker.
Mais que le Palais veut adopter sans «perspective de référendum» comme il est défendu depuis trente ans par les Nations unies. Le refus de tout référendum par le Maroc s’est davantage accentué depuis la décision de l’administration étasunienne de Donald Trump de reconnaitre la «souveraineté» du royaume sur le territoire «non autonome» et, donc, éligible à la décolonisation, selon les textes de l’ONU.
Ce n’est pas un hasard, donc, si le roi s’est félicité de la décision de l’ex-président Trump, en décembre 2020, de reconnaître la souveraineté de Rabat sur le Sahara occidental, en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël. «Elle est le corollaire naturel de l’appui constant des administrations américaines antérieures et l’illustration de leur apport constructif au processus de règlement de la question du Sahara», s’est-il félicité.

«Arrogance et aventurisme»
En réaction au discours de Mohamed VI, le ministère de la Communication de la RASD a répondu du tac au tac, affirmant dans un communiqué diffusé par l’APS que le «peuple sahraoui poursuivra sa lutte de libération contre l’occupation marocaine jusqu’au recouvrement de la souveraineté nationale sur l’ensemble du territoire de la République sahraouie. Le ministère a qualifié l’intervention du roi du Maroc d’«invention» et «d’illusions». «Le peuple sahraoui qui a accepté la paix permanente avec le Royaume du Maroc en signant le plan de règlement en 1991, après 16 ans de guerre, n’arrêtera pas sa lutte tant que le Maroc ne mettra pas fin à son agression et à son occupation illégale du territoire de la République sahraouie», a ajouté la même source
Le ministère considère que le discours prononcé par le monarque marocain est «un mélange de sophismes, d’inventions et d’illusions pour justifier l’intransigeance, l’arrogance et l’aventurisme», de son pays. Il a rappelé que la communauté internationale ne reconnaît pas la prétendue «souveraineté» du Maroc sur le Sahara occidental et que la poursuite de l’agression (marocaine) ne fera qu’engendrer plus de pauvreté, de privation, de dépendance et de perte de dignité et de souveraineté pour le peuple marocain. «Le roi du Maroc est bien conscient que la République sahraouie, voisine du Royaume du Maroc, est une réalité irréversible dont il ne peut se détourner, le Maroc siégeant à ses côtés lors des évènements multilatéraux «aux niveaux continental et international», ajoute le ministère. Il impute au Maroc «la responsabilité de ce qui va en résulter comme destruction, instabilité et perte d’opportunités pour des générations entières de la population de la région».