«Joe Biden aura les prérogatives d’annuler la décision de Trump de reconnaître la souveraineté du Royaume marocain sur le Sahara occidental, mais il ne le fera pas par crainte des pressions de son entourage. Cette question est liée également aux normalisations des relations avec Israël», c’est ce qu’a déclaré à l’agence nationale de presse, Yahia Zoubir, professeur de relations internationales, de management international et directeur de recherche en géopolitique à Kedge Business School.

Joe Biden, successeur du président Donald Trump à la Maison-Blanche, a la possibilité d’annuler l’annonce de la proclamation de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, mais doute que le nouveau président le fasse. «Il pourrait subir des pressions des membres de son propre parti et des alliés étrangers pour revenir sur la reconnaissance par les Etats-Unis du contrôle du Maroc du Sahara occidental. Il est possible que des membres de son conseil de sécurité lui suggèrent de l’annuler. Le problème pour lui est qu’un revirement de cette déclaration mettrait en danger la normalisation entre le Maroc et Israël, chose qu’il ne souhaitera pas faire car il est favorable à la normalisation entre les pays arabes et Israël. La question reste posée», a expliqué l’interlocuteur à l’APS.
Pour lui, «si l’administration Biden maintenait la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, cela ferait perdre même le semblant de neutralité des Etats-Unis». «Les USA sont depuis des années porte-plume au Conseil de sécurité pour toutes les résolutions sur le Sahara occidental», a-t-il constaté.
Se prononçant au sujet du «rôle réservé par le Conseil de sécurité au dossier sahraoui», l’expert estime que «tout va dépendre de la politique de la nouvelle administration». «Si Biden veut jouer la carte de la légalité internationale, il devra bien évidemment renverser la décision de Trump», a-t-il suggéré. Avant d’enchaîner : «Trump a lié les mains de l’administration de Joe Biden qui devra user de créativité pour sortir du piège dans lequel Trump et son gendre Jared Kushner l’ont mise», a-t-il indiqué. Le professeur Yahia Zoubir estime qu’en cas du maintien de la reconnaissance de la prétendue souveraineté du Maroc sur les territoires sahraouis par l’administration Biden, «la Russie pourrait se positionner et jouer un rôle prépondérant» dans ce conflit qui date depuis des décennies. «La Russie jouera certainement un rôle plus prépondérant sur cette question au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU», a-t-il dit, avant d’ajouter : «Les Etats-Unis ne pourront pas imposer une solution de toute manière car il y aura un véto russe». «Ils pourraient, cependant, malgré la reconnaissance, continuer à poursuivre le même langage comme ils l’ont fait ces trente dernières années», note Yahia Zoubir. <