Une donnée fréquente dans l’histoire du Polisario depuis le cessez-le-feu de 1991, un de ses responsables, Hamma Salama, membre du secrétariat politique du Front, a appelé, vendredi dernier, les monarchies du Golfe à revoir leur position à l’égard de la question du Sahara occidental.

« J’invite les chefs d’Etat arabes, particulièrement les dirigeants des pays du Golfe, à revoir leur position à l’égard de notre cause », a déclaré le dirigeant sahraoui. Il s’exprimait à l’occasion d’une rencontre aux camps des réfugiés sahraouis à Tindouf lors des festivités du 45e anniversaire de la création du Polisario, le 10 mai 1973. Hamma Salama a accompagné son invitation du souhait, lui aussi ancien, que les pays du Golfe dissocient leurs stratégies diplomatiques et économiques ainsi que leurs intérêts au Maroc. Dans les deux cas, les chances de voir l’Arabie saoudite et ses alliés de la région changer de regard et d’attitude sur le conflit sont très minimes.
Ces pays entretiennent avec Rabat des relations très denses et complexes, en effet. Il s’agit de rapports d’intérêts économiques et géopolitiques : les investissements saoudiens, qataris et émiratis sont importants au Maroc. Ils sont également marqués du sceau de la «solidarité de régime et de pouvoir » et sont animés d’une subjectivité profonde qu’on peut notamment percevoir sur les séjours de vacances passés par les monarques et princes de la région à Marrakech ou Tanger.
Entre elles, les royautés s’entraident, particulièrement celles du Monde arabe dont la majorité voit le Polisario et les dirigeants sahraouis de manière hostile, voire comme une formation de gauche tout juste bonne à combattre. Et c’est ce qui se passe véritablement depuis que le conflit qui les oppose au royaume du Maroc a cessé d’être militaire pour devenir politique et diplomatique : il n’est pas un seul évènement national marocain sans qu’il y ait une personnalité arabe en visite à El Ayoune pour soutenir et applaudir la souveraineté de Rabat sur les territoires occupés.
Pourquoi Hamma Salama appelle-t-il alors ces monarchies à changer de position sur le Sahara occidental ? L’initiative du dirigeant sahraoui, faut-il le souligner, s’est accompagnée d’un discours très critique de la politique étrangère des monarchies du Golfe au Maghreb. Dans sa logique, c’est davantage le blâme et le reproche qu’il adresse à ces pays qu’il faut considérer plutôt que l’exhortation à ce qu’ils fassent pression sur leur allié pour assumer et respecter l’agenda onusien dont le point central est la tenue d’un référendum pour l’autodétermination. «Nous sommes un peuple arabe et de surcroît musulman opprimé par un pays arabe voisin », a déclaré M. Salama, avant de réprouver l’attitude de ces Etats du Golfe « à ignorer la souffrance du peuple sahraoui qui fait face, depuis 45 ans, à la colonisation au mépris de la légalité internationale».
Quand on reprend attentivement le film de la déclaration du membre du secrétariat politique du Polisario, on se rend compte que la demande adressée à l’Arabie saoudite et ses pays voisins et alliés était aussi une mise au point et une réponse à l’accusation marocaine, le 1er mai dernier, selon laquelle les indépendantistes sahraouis reçoivent des armes de l’Iran et du Hezbollah. « Une supercherie et un mensonge », a dénoncé Hamma Salama. « Nous n’avons pas besoin d’aller jusqu’au Liban pour solliciter l’aide du mouvement libanais, le Hezbollah et l’Iran », a-t-il fait valoir, en soulignant que « ces allégations n’auront aucun effet sur la détermination et la volonté du peuple sahraoui à poursuivre sa lutte contre le colonialisme marocain ».

L’UA et l’UE, véritables terrain de lutte diplomatique pour le Polisario

En vérité, le terrain d’intervention des indépendantistes sahraouis sont connus. Outre les Nations unies, bien évidemment, il s’agit avant tout de l’Afrique et de l’Union africaine (UA) au sein de laquelle la lutte menée par le Polisario a permis la reconnaissance de la RASD ainsi que l’éviction du Maroc en 1984. Rabat, qui a mis 33 ans pour s’en apercevoir, a décidé de revenir dans le giron panafricain en janvier 2017 et tenter d’inverser la balance en sa faveur. Les tentatives menées jusqu’à présent comme d’essayer d’interdire la participation des Sahraouis au sommet UA/UE, en novembre 2017 à Abidjan, se sont soldées par un échec. L’Union africaine, contrairement aux années passées, a même décidé d’inscrire la question sahraouie parmi ses priorités et cherche à fournir un appui à l’ONU pour la résoudre.
Le deuxième terrain est l’Union européenne (UE), un espace au sein duquel le Polisario a pu enregistrer de grands succès diplomatiques récemment. En décembre 2016 et en janvier 2018, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a ainsi rendu un avis décisif selon lequel le Sahara occidental n’appartenait pas au Maroc. Elle invalidait l’accord de pêche signé entre l’UE et le Maroc, même si la bataille sur ce dossier est loin d’être terminée et qu’il existe au sein de l’UE des lobbyistes et des pays favorables aux thèses de Rabat, selon lesquelles l’accord qui sera rediscuté se fasse « sur la base de l’intégration unilatérale du Sahara occidental à son territoire et de l’affirmation de sa souveraineté sur le territoire ». C’est en Europe qu’il existe également un grand nombre d’associations militant en faveur du Front Polisario et qui dénoncent la « spoliation » des ressources du Sahara par le Maroc et leur commercialisation. Elles font notamment partie du Western Sahara Ressources Watch (WSRW), une ONG créée en 2004 et qui publie chaque année la liste des entreprises opérant au Sahara occidental au mépris du droit international et du droit des Sahraouis à disposer des ressources de leur sous-sol.