La décision, fin novembre, du Polisario de mettre fin au cessez-le-feu en vigueur depuis 1990 correspond à sa logique de briser le mur qui fait barrière à sa cause d’autodétermination sur la scène onusienne et internationale. Cette logique semble se confirmer aujourd’hui en stratégie après les développements provoqués par l’ancienne administration étasunienne de Donald Trump de reconnaitre la «souveraineté» de Rabat sur le territoire inscrit à l’ordre du jour des dossiers de décolonisation au Conseil de sécurité en contrepartie d’une normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Elle paraît être validée par le lancer de «missiles», samedi dernier dans la soirée, par des forces sahraouies contre des positions marocaines dans la zone tampon de Guerguerat. Elle signale une détermination à ne plus se laisser engluer dans le statu quo politique et diplomatique en vigueur depuis des décennies. Et qui a profité jusqu’ici au Maroc.

Samedi dernier dans la soirée, les forces du Polisario ont annoncé avoir lancé quatre missiles en direction des positions marocaines dans la zone tampon de Guerguerat. Ces tirs ne sont pas les premiers depuis la proclamation, par les indépendantistes sahraouis, de la fin du cessez-le-feu avec Rabat. Ils signalent de leur part une détermination à ne plus se laisser engluer dans le statu quo politique et diplomatique en vigueur depuis des décennies. Et qui a profité jusqu’ici au Maroc.
La démarche que semblent vouloir poursuivre actuellement les indépendantistes sahraouis est de confirmer l’option militaire qu’ils ont choisie de suivre depuis leur annonce de rupture du cessez-le-feu en vigueur depuis 1990. Cette décision est confirmée par l’annonce d’opérations de pilonnage par les forces du Polisario de positions marocaines sur la ligne de front du poste frontalier de Guerguerat.
Samedi dernier dans la soirée, l’agence de presse sahraouie SPS a indiqué que ces forces ont « bombardé » cette zone tampon, sous forte tension depuis 2017 au moins, et qui est devenue un point chaud de l’affrontement entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis depuis l’annonce par ces derniers qu’ils rompent le cessez-le-feu en vigueur depuis 1990.
« L’armée sahraouie a lancé quatre missiles en direction de la brèche illégale de Guerguerat et ses environs », a précisé l’agence de presse, en citant un chef militaire sahraoui. La même source fait état également « d’attaques » le long du mur de sécurité « qui sépare les combattants sahraouis des forces marocaines ». Par rapport à ce pilonnage, le Maroc a réagi en minimisant leur portée et en déclarant que les Sahraouis font des « tirs de harcèlement » depuis novembre dernier et qu’ils mènent actuellement une « guerre de propagande ». Mais est-ce vrai ? Le battage et la publicité dont parle la partie marocaine ne semblent pas tout à fait correspondre à la stratégie des Sahraouis d’accepter le « fait accompli marocain ». Ce refus, répété sans cesse depuis plus d’une vingtaine d’années par le Polisario à travers les voies politique et diplomatique, s’exprime aujourd’hui par le langage des armes. Il devrait se poursuivre jusqu’à l’inversion du rapport de force actuel avec le Maroc. C’est-à-dire jusqu’à la cessation du statu quo en vigueur aux Nations unies qui tardent à dépêcher un envoyé spécial au Sahara occidental et jusqu’à la décision du Conseil de sécurité d’inscrire à nouveau le conflit au programme de ses réunions.

«Trente ans de promesses non tenues»
Un haut responsable sahraoui, cité par l’agence SPS, qui occupe le poste de porte-parole du ministère de la Défense de la République arabe sahraouie (RASD), a, ainsi, menacé le Maroc d’une « escalade » militaire. « Nous sommes prêts à négocier. Nous sommes prêts à toute médiation. Mais en même temps, nous maintenons la lutte armée sur la base de l’expérience passée », a déclaré Sidi Ould Loukal. « La guerre va continuer et aller vers l’escalade. Toutes les positions de l’armée marocaine sont des cibles », a-t-il déclaré à l’AFP, quelques heures après que le Front Polisario ait pilonné la zone sous contrôle marocain à Guerguerat. « Ce n’est que le début. C’est un avertissement aux usagers de cette route et de cette terre. Tout le territoire du Sahara occidental est une zone de guerre et n’est pas sûr », a-t-il mis en garde.
En avertissant que « ni Guerguerat ni aucun point du territoire sahraoui n’est à l’abri des missiles et obus des combattants sahraouis », M. Loukal paraît s’adresser également aux puissances internationales qui ont un avis sur le dossier sahraoui et surtout le poids nécessaire pour le faire avancer. Parmi elles, il en est une qui est fortement attendue et ce sont, pour des raisons d’histoire récente et vertigineuse, les Etats-Unis, bien entendu.
Après le départ de l’ex-président Donald Trump et de son administration et la bombe à retardement qu’il a laissée derrière lui en proclamant la « souveraineté » du Maroc sur le territoire sahraoui, en contrepartie d’une normalisation entre le royaume et Israël, tous les observateurs ont les yeux rivés sur la Maison-Blanche et son appareil diplomatique. Ils attendent une réaction ou une déclaration par rapport au choix de M. Trump et au « processus » qu’il a initié pour l’ouverture d’un futur consulat américain à Dakhla pour sceller la nouvelle politique extérieure des Etats-Unis en Afrique du Nord. Ainsi, tout ce que dira à ce sujet le président Joe Biden, son ministre des Affaires étrangères Anthony Blinken, dont l’arrivée aux affaires a été saluée par Alger, ou tout autre responsable au Département d’Etat, aura des conséquences certaines sur l’évolution du conflit.
« Par le passé, nous avons accordé toute notre confiance à la communauté internationale et avons arrêté le combat armé de manière définitive. Nous avons attendu 30 ans. Trente ans de promesses non tenues, de tergiversations et d’attente intenable », avait encore indiqué il y a quelques jours le sécuritaire sahraoui Sidi Ould Oukal.