C’est aujourd’hui, mercredi, que la militante indépendantiste sahraouie Aminatou Haidar recevra à Stockholm le prix Right Livelihood, l’un des prix les plus prestigieux dans le domaine des droits de l’Homme, souvent comparé au Prix Nobel pour les droits de l’Homme. Il lui sera décerné en même temps que trois autres candidats dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg.

En préambule à cette cérémonie, la militante sahraouie des droits de l’homme a assisté jeudi dernier à Genève à une « première officielle » organisée par la Fondation Right Liveilhood à l’occasion de ce prix qui coïncide cette année avec le 40e anniversaire de sa création Il est décerné aujourd’hui en reconnaissance et en hommage à l’icône de la résistance pacifique sahraouie, Aminatou Haidar,et son combat pour la reconnaissance du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.
Hier, dans une déclaration à la presse internationale, jeudi dernier, Mme Haidar a réclamé une « action internationale urgente » pour empêcher le conflit latent de « déboucher sur une guerre ». Elle avoue craindre que la jeunesse dans cette région disputée ait perdu l’espoir de parvenir à l’autodétermination par la non-violence. « La communauté internationale doit agir sans perdre de temps, parce que les jeunes n’ont plus de patience. Ils ne croient plus à la résistance pacifique », a dit Mme Haidar dans une interview à l’AFP à Genève la semaine dernière. L’activiste, surnommée la « Gandhi du Sahara occidental », a affirmé que les Nations unies, l’Europe, en particulier la France et l’Espagne, avaient une responsabilité pour « éviter la guerre » dans la région. Mme Haidar a regretté qu’après tant d’années, les revendications non-violentes du peuple sahraoui pour la justice, la dignité et l’autodétermination aient été ignorées par le Maroc et la communauté internationale. Elle s’est notamment déclarée inquiète par le désespoir des jeunes. « Ils n’y croient plus. Ils disent que la communauté internationale n’agit que dans les conflits où il y a du sang, là où il y a de la violence », a-t-elle déploré, ajoutant qu’ils « essaient de faire pression sur le Front Polisario pour qu’il reprenne les armes ». La militante reproche à la communauté internationale de ne pas faire appliquer les résolutions de l’ONU et les décisions de justice en faveur du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.

« Sans l’appui de l’Europe, le Maroc ne peut piller… »
« C’est à cause de la complicité de quelques puissances internationales », a-t-elle dénoncé, en ciblant principalement l’Espagne et la France. « Sans l’appui de l’Europe, le Maroc ne peut pas piller, exploiter les ressources naturelles. Il ne peut pas continuer aussi son occupation et nier toutes les résolutions du Conseil de sécurité ».
Jeudi dernier, le directeur exécutif de la Fondation, Ole Von Uexkull a a exprimé son admiration pour la « Gandhi sahraouie, cette femme qui est devenue une icône de la lutte du peuple sahraoui contre l’occupation marocaine du Sahara occidental ».
Pour Kate Gilmore, Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, les personnes récompensées cette année et sont des exemples dans la lutte pour un monde meilleur. Gilmore a demandé aux personnes présentes d’ « accompagner les gagnants afin de les protéger contre toute menace ».
Gianfranco Fattorini, représentant permanent de l’Association américaine de juristes auprès du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies, s’est chargé lors de la rencontre, de présenter l’activiste sahraouie et de faire un exposé autour du conflit sahraoui et sa situation actuelle.
« C’est un grand honneur de parler d’Aminatou Haidar, figure emblématique de la femme africaine qui lutte pour le respect des droits de l’Homme, des droits des femmes et de la paix », a déclaré M. Fattorini. Mme Haidar, qui se dit fière d’être comparée à Gandhi, continue à prêcher la non-violence, malgré les mauvais traitements et les périodes d’emprisonnement qu’elles a connus depuis sa jeunesse. A tout juste 20 ans, elle affirme avoir été détenue à l’isolement pendant 4 ans dans une prison secrète. A nouveau emprisonnée en 2005 à la suite d’une manifestation violemment réprimée, elle avait été libérée un an plus tard grâce à la pression des Etats-Unis et autorisée à se rendre en Espagne. Elle avait alors entamé une tournée en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine, où elle s’était vue décerner plusieurs prix dans le domaine des droits de l’Homme.
Mais en 2009, les autorités marocaines avaient refusé de la laisser revenir dans le royaume et l’avait déportée aux Canaries après lui avoir confisqué son passeport. Elle avait alors observé une grêve de la faim pendant un mois, largement médiatisée, qui avait contraint Rabat à l’autoriser à rentrer. « Mon cas n’est pas unique », a souligné la militante. « C’est le cas de tout le peuple sahraoui aujourd’hui. Nous nous trouvons dans un territoire où la répression au quotidien est féroce ».
Jeudi dernier, à Genève, Mme Haidar a remercié la fondation pour sa reconnaissance et toutes les personnes et organisations qui ont suivi et soutenu de près la résistance héroïque et pacifique du peuple sahraoui. « L’honneur qui m’a été confié est un hommage à la lutte de mon peuple pour la liberté et l’indépendance, mais également à la dignité humaine et aux valeurs des droits de l’Homme », a-t-elle déclaré.
La militante sahraouie a évoqué la peine récente et illégale de six mois de prison prononcée contre la jeune militante sahraouie, Mahfouda Bamba Lefkir et la condamnation illégale de 12 ans de prison contre le jeune Husein Bachir Brahim. Elle a demandé « la collaboration de tous les défenseurs de la paix pour mettre fin à l’exploitation illégale des ressources naturelles du Sahara occidental et contraindre le Maroc à respecter ses engagements en matière de légalité internationale ».