Le conflit du Sahara occidental attend toujours son médiateur onusien. Depuis la démission de l’envoyé personnel du secrétaire général, Horst Köhler, en mai 2019, les parties belligérantes, Maroc et Front Polisario surtout, attendent toujours son successeur.

Avec son départ, ce conflit aura consommé quatre médiateurs après les Américains James Baker et Christopher Ross et le néerlandais Peter Van Walsum. Face à cette situation, qui s’explique par la position du Maroc qui refuse toute discussion de la question de l’autodétermination pourtant inscrite dans les différentes résolutions onusiennes et le droit international, le Polisario met l’ONU devant ses responsabilités. En octobre, et après s’être plaint du retard dans la nomination d’un nouvel envoyé personnel au Sahara occidental, le Polisario avait condamné les «conditions imposées» par le Maroc dans l’opération de désignation d’un remplaçant à Horst Köhler. Dans une lettre adressée au secrétaire général Antonio Guterres, il a assuré que le mouvement «n’acceptera pas ( ) que le processus de paix sous l’égide des Nations unies, y compris la désignation du nouvel envoyé personnel du secrétaire général, soit otage des conditions préalables du Maroc, qui rejette la légalité internationale». Jeudi dernier, lors des festivités du 44e anniversaire de la création du Polisario, son secrétaire général et président de la RASD a déploré que «le retard dans la nomination d’un nouvel envoyé personnel a paralysé le processus politique». Il a réitéré son appel aux Nations unies et au Conseil de sécurité à «assumer l’entière responsabilité» pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit inaliénable à l’autodétermination. A Smara, dans les camps de réfugiés sahraouis, Brahim Ghali a réitéré que «le Front populaire de libération de la Seguia El Hamra et de Rio de Oro (Polisario) ne pouvait être impliqué dans aucun effort qui ne respecte pas pleinement les droits sacrés du peuple sahraoui à l’autodétermination, comme tous les peuples et pays coloniaux». Il a ajouté que «le peuple sahraoui est déterminé à défendre ses droits légitimes par tous les moyens garantis par la légitimité internationale», appelant la communauté internationale à «assumer ses responsabilités» face à la poursuite des provocations de l’occupant marocain qui pourraient conduire, a-t-il dit, «à une confrontation militaire». Il a encore exhorté l’ONU à «exercer la pression nécessaire pour appliquer immédiatement la Charte et les résolutions des Nations unies» en tête desquelles l’indépendance des pays colonisés, et à permettre à la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara occidental (Minurso) d’«accomplir la tâche pour laquelle elle a été créée». «Il est temps de mettre fin aux souffrances du peuple sahraoui qui a fait preuve de beaucoup de patience et de persévérance», a-t-il dit dans le même contexte.

«Ne pas jeter l’huile sur le feu»
Dans ce contexte, marqué également par une rude concurrence politique et diplomatique en Afrique et dans le monde entre le Polisario et le Maroc, ressurgit à nouveau le contentieux algéro-marocain avec son cortège de déclarations, de piques et de polémiques.
Les plus récentes ont concerné l’ouverture de bureaux consulaires de pays africains à Laâyoune dans les territoires sahraouis sous domination marocaine. S’élevant contre ces bureaux, l’Algérie, qui défend le droit à la décolonisation et à l’autodétermination en cohérence avec
les résolutions onusiennes, s’est vue critiquer par le Maroc qui l’a accusé par la voix de son ministre des Affaires étrangères Nacer Bourita de faire du Sahara occidental sa «première cause nationale». Pour répondre à cette accusation, le chef de la diplomatie algérienne Sabri Boukadoum a déclaré que l’Algérie s’attache à «ne pas jeter l’huile sur le feu, notamment lorsqu’il s’agit de ses rapports avec le Maroc, pays frère».
«Nous n’avons jamais tenu de propos inappropriés concernant le Maroc et le peuple marocain. Nous établissons nos relations sur l’avenir et non sur les insultes et le langage inconvenant», a affirmé M. Boukadoum. «Il existe des résolutions onusiennes claires et une loi internationale concernant la question du Sahara occidental, membre fondateur de l’Union africaine (UA). La position de l’Algérie est constante. Nous n’allons pas avoir des propos désobligeants à l’égard de nos frères marocains», a ajouté le chef de la diplomatie algérienne, ajoutant que les campagnes médiatiques menées contre l’Algérie «sont fomentées». Evoquant les pays ayant ouvert des consulats à Laayoune, il a fait savoir qu’il aurait aimé voir ces pays ouvrir des consulats dans la capitale marocaine, Rabat, au lieu de les ouvrir dans une région où «ils n’ont ni ressortissants ni intérêt».