L’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, a proposé lors de sa conférence à Alger de créer un cadre de discussion informel inspiré des «5+5» et de le construire sous une forme resserrée de type «2+2», réunissant l’Algérie et le Maroc, d’un côté, la France et l’Espagne, de l’autre, pour discuter de la question du Sahara occidental.

Pour M. De Villepin, un éventuel espace de dialogue de type 2+2, pourrait être l’occasion de «désamorcer les tensions au Sahara occidental» et de faire avancer le dossier sur des bases qui permettraient d’éviter le scénario d’un retour aux armes entre les belligérants. Une éventualité envisagée notamment par les indépendantistes sahraouis si «le Maroc persiste à faire obstacle» au processus de règlement du conflit en vigueur et parrainé par les Nations unies. Mais qu’en pensent les responsables sahraouis ? Le chargé d’affaires à l’ambassade du Sahara occidental à Alger, M’hamed Cheikh, ne trouve «pas d’inconvénient» si la France propose la création d’un forum de dialogue comprenant les quatre pays à condition qu’il soit parrainé par l’ONU et l’Union africaine (UA). «Toute initiative censée donner du souffle à la cause sahraouie est la bienvenue», a déclaré hier à Reporters M. Cheikh. «Si elle peut donner de la chance à la paix et prendre en considération l’organisation d’un référendum d’autodétermination, même si la partie sahraouie n’est pas invitée au dialogue, pourquoi pas ?», a ajouté le diplomate. «Il serait judicieux, si la France, notamment, à travers cet éventuel dialogue, exerce des pressions sur le Maroc pour qu’il accepte d’aller à l’organisation d’un referendum d’autodétermination qu’il fuit depuis des décennies», a ajouté le chargé d’affaires à l’ambassade de la Rasd à Alger. «Le Sahara occidental n’est pas une question bilatérale entre l’Algérie et le Maroc, mais une question entre le Maroc et le Sahara occidental. Mais elle peut être sollicitée, comme la Mauritanie, parce qu’ils sont des pays voisins et frontaliers à la Rasd », ajoute M’Hamed Cheikh. «Ce genre de dialogue, qui ignore volontairement les Sahraouis, premiers concernés, est voué à l’échec», prévoit pour sa part un dirigeant sahraoui sous couvert d’anonymat. Ce dialogue, ajoute notre source, sera «rejeté» par l’Algérie et l’ancien Premier ministre français doit «prouver sa bonne foi en tenant compte des aspirations légitimes des Sahraouis». Pour ce responsable, il est plus correct de donner à la proposition des «2+2» le nom de «3+1» à ce dialogue. «Ce nouveau cadre de dialogue, s’il devait être mis en place, vise à réunir la France, l’Espagne et le Maroc, d’un côté, et l’Algérie, seule». Le responsable sahraoui estime que la proposition de M. De Villepin «ne vise rien d’autre que de servir l’agenda marocain et français et faire perdurer davantage le statu quo». En octobre 2012, rappelle notre source, Dominique de Villepin, en visite officielle à Rabat, s’est prononcé pour «une solution politique durable sur la base du projet de l’accord-cadre». L’autre nom de la «troisième voie» choisie par le Maroc, qui est l’autonomie pour le Sahara occidental. Une option catégoriquement rejetée par la partie sahraouie, qui n’accepte pas d’autre solution que celle d’un référendum sur l’autodétermination du Sahara occidental. À propos de la possibilité de radicalisation de la jeunesse sahraouie et du risque qu’elle bascule dans le terrorisme, déjà manifeste à l’échelle régionale, une question évoquée par l’ancien Premier ministre français, il s’agit d’un scénario «totalement exclu» par les indépendantistes sahraouis. «Le Front Polisario n’a jamais été impliqué dans une action terroriste. C’est un mouvement de libération qui n’a jamais fait l’apologie du terrorisme», répond M’Hamed Cheikh. Pour lui, «si radicalisation de la jeunesse sahraouie il y aurait, elle serait celle de la reprise de la lutte armée. Notre jeunesse est frustrée, elle en a ras-le-bol du statu quo qui profite exclusivement au Maroc. Elle demande de ce fait à la direction du Front de recourir à la lutte armée pour arracher son indépendance». Il ajoute : «Le risque de radicalisation terroriste est à écarter, qu’il soit pour l’ancienne génération qui a fait la guerre ou pour celle qui a vu le jour dans les camps de réfugiés de Tindouf. Les Sahraouis sont des pacifistes qui véhiculent constamment des messages de tolérance», conclut le chargé d’affaires à l’ambassade sahraouie.