Le président de la RASD et secrétaire général du Polisario s’est félicité de la participation des indépendantistes sahraouis au dernier sommet UA/UE d’Abidjan. A l’issue de cet évènement qui a terminé ses travaux jeudi dernier, Brahim Ghali a déclaré que la participation sahraouie au sommet des deux « unions » constitue une « victoire pour le peuple sahraoui et sa cause juste ».

La « position africaine unifiée », procédant de l’attachement à l’Acte constitutif, a « mis en échec » toutes les tentatives marocaines visant à exclure la RASD, démontrant ainsi au monde entier que la « RASD ne peut être ignorée en sa qualité de membre permanent et fondateur de l’institution panafricaine », a précisé M. Ghali. Avant le sommet d’Abidjan, la participation de la RASD était frappée du sceau de l’incertitude, en effet. Alors que l’évènement était censé réunir tous les représentants et membres des deux continents, la participation de la République arabe sahraouie était restée en suspens : bien que membre de l’UA, elle n’avait pas reçu d’invitation de la part de la Côte d’Ivoire, pays hôte du sommet. Après des semaines de batailles diplomatiques, accompagnées de sérieuses crispations, un accord avait été trouvé après que l’UA – et non la Côte d’Ivoire – ait adressé une invitation officielle à la partie sahraouie. Pour la RASD, sa participation au sommet d’Abidjan est la confirmation de la « réaffirmation de la position unifiée de l’Afrique quant à la nécessité de mettre un terme à l’occupation des territoires de la République sahraouie ». Il s’agit d’un message « clair et fort » au Maroc que la RASD est une « réalité régionale et internationale » dont il faut tenir compte en sus du fait qu’elle est membre fondateur de I’UA et « actif » au sein de l’organisation panafricaine. La photo souvenir du sommet regroupant tous les chefs d’Etat et Premiers ministres des deux unions africaine et européenne – un document sur lequel figure tout sourire le président de la RASD, Brahim Ghali – marque, en effet, un tournant important dans l’histoire des luttes indépendantistes sahraouies depuis 1975. Des générations de sahraouis, vétérans de la guerre d’indépendance et civils, ont rêvé depuis cette époque lointaine de voir leurs couleurs nationales flotter à l’occasion d’une rencontre d’envergure internationale. Ils ont attendu plus de quarante ans pour voir leur premier représentant figurer auprès de présidents et premiers ministres africains et européens dans un document gravé à jamais dans l’Histoire. Derrière ce tournant, que la mort a fait rater au prédécesseur de Brahim Ghali, Mohamed Abdelaziz pour qui c’est tout de même une belle revanche post-mortem, il y a une grande « victoire symbolique » pour la cause sahraouie et le début, réellement, d’une nouvelle période non moins redoutable que celles passées, car se jouant maintenant sur le front diplomatique.

Rabat et le jeu du lobbying
En face de la RASD, le Maroc n’a pas encore dit son dernier mot, loin s’en faut. Le royaume compte mobiliser toutes ses ressources pour poursuivre une stratégie déjà ancienne – qui consiste depuis le début des années 1990 à gagner au sein de l’Union africaine tous les soutiens possibles à sa thèse de l’« autonomie sous souveraineté marocaine » du territoire du Sahara occidental – et qu’il a entériné en janvier dernier avec sa décision de réintégrer les instances de l’UA, trente-trois ans après que le défunt roi Hassan II eut décidé de lui tourner le dos. En 1984, rappelons-le, l’organisation panafricaine qui s’appelait encore l’OUA avait décidé de reconnaitre la RASD en tant que membre à part entière. La manœuvre de Rabat est de renforcer les soutiens déjà obtenus par les Etats francophones d’Afrique de l’Ouest et d’élargir son action en profondeur avec les pays membres de l’UA considérés comme hésitants ou franchement favorables à l’action de la RASD et à l’autodétermination comme on le constate au sein des Etats de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Si son rêve d’exclure la RASD, qui n’est pas encore un Etat, de l’UA paraît politiquement impossible, voire très dangereux pour la cohésion d’une organisation panafricaine déjà fragile en réalité, le Maroc cherche à affaiblir les indépendantistes sahraouis et réduire de leur visibilité par un « lobbying » contre eux, notamment en faisant valoir la thèse que sans l’Algérie, « juge et partie » dans le conflit selon ses thèses, il n’y aurait pas de problème sahraoui.

Le geste d’Ouyahia
Vu sous cet angle, on comprend mieux le geste fort appréciable du Premier ministre Ahmed Ouyahia d’aller serrer la main au roi Mohamed VI et de rappeler à un média marocain les liens de voisinage qui lient fortement l’Algérie au Maroc. Il ne s’agissait pas uniquement de faire oublier la maladresse du chef de la diplomatie Abdelkader Messahel et ses déclarations belliqueuses qu’il a récemment tenues sur le royaume. Il était question de rappeler surtout que l’Algérie n’est pas l’ennemi du Maroc mais qu’elle soutient une cause juste inscrite à l’agenda de l’ONU au titre des territoires à décoloniser. Ce rappel permettra au moins d’apaiser le climat devenu plus tendu que d’ordinaire entre Alger et Rabat et conserver entre eux ce fameux « cheveu de Mu’awiya » qu’il s’agit de ne pas rompre en dépit de l’intensité du contentieux qui les oppose sur la question sahraouie. Sur le fond, leur différend reste entier, mais ce sera aux Sahraouis eux-mêmes de répondre aux initiatives marocaines de les isoler sur le plan continental. L’après Abidjan s’annonce comme un sommet d’épreuves pour les indépendantistes sahraouis qui doivent regarder aussi ce que fait l’envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara occidental. Depuis sa prise de fonction en août dernier, Horst Köhler a fait savoir que son principal objectif est de relancer les négociations à l’arrêt depuis 2012 entre les belligérants.