L’envoyé spécial des Nations unies pour le Sahara occidental, Horst Köhler, a démissionné de ses fonctions «pour raison de santé», a annoncé mercredi l’ONU dans un communiqué. Une démission que regrettent à l’unisson les pays impliqués dans le conflit, ainsi que les pays voisins et observateurs. Après donc 20 mois d’intense médiation, Köhler rejoint la longue liste d’anciens envoyés spéciaux des Nations unies pour le Sahara occidental. Köhler avait succédé, en août 2017, à l’Américain Christopher Ross.

L’opinion retient de la médiation Köhler la relance des négociations entre le Sahara occidental et le Maroc, après six ans d’interruption. Sa médiation a insufflé une nouvelle dynamique au processus de paix de l’ONU pour le règlement du conflit. Le départ de l’ancien président allemand, 76 ans, était en fait prévisible, estiment des observateurs au fait du dossier pour lequel avait été investi l’ancien président allemand. «Köhler aurait évoqué il y a quelques mois son départ dans le cas où le dossier sahraoui n’enregistre pas une avancée et du progrès», apprend-on de bonnes sources. «L’atermoiement du Maroc, appuyé par ses alliés, notamment la France et l’Espagne l’ont conduit à présenter sa démission», ajoute la même source. Le Front Polisario s’est dit «profondément attristé» par la démission de l’émissaire onusien louant ses efforts pour parvenir à une solution juste et durable pourvoyant à l’autodétermination du peuple sahraoui. «Au cours de son mandat d’envoyé personnel, le président Köhler était déterminé dans sa recherche d’une solution juste et durable permettant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental», ajouté le communiqué. Les indépendantistes ont ainsi remercié l’ancien président allemand pour «les efforts dynamiques» qu’il a déployés pour relancer le processus de paix onusien au Sahara occidental en lui souhaitant «bonne santé et plein succès dans toutes ses entreprises». Le Front Polisario a fait part de sa «tristesse» suite à cette démission, exhortant du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres à agir rapidement pour désigner un nouvel envoyé personnel, qui partage la conviction, la stature et la détermination du président Köhler. Il en est de même pour «le Royaume du Maroc qui a pris note, avec regret» de cette démission, écrit dans un communiqué le ministère des affaires étrangères marocain, qui «rend hommage à M. Horst Köhler pour les efforts qu’il a déployés depuis sa nomination». L’Algérie a regretté, pour sa part, la démission de l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies (ONU) pour le Sahara Occidental, Horst Köhler. «C’est avec un profond regret que l’Algérie a appris la nouvelle de la démission de M Horst Köhler de ses fonctions d’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara Occidental», a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. L’Algérie n’a pas manqué d’apporter tout son soutien aux efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général tout au long du processus conduit par M. Köhler visant à amener les deux parties au conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario, à «négocier de bonne foi et sans condition préalable une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable qui pourvoie à l’autodétermination du Sahara Occidental», a souligné le communiqué. Selon les AE, l’Algérie «reste convaincue que la solution de la question du Sahara occidental est celle qui permet au Peuple du Sahara occidental d’exercer son droit inaliénable et imprescriptible à l’autodétermination, conformément à la légalité internationale et à la doctrine et la pratique des Nations unies en matière de décolonisation».

Quelle suite pour les négociations ?
Il faut relever que la nomination de Köhler à ce poste est intervenue dans un contexte difficile, caractérisé par le blocage du processus onusien qu’il devait œuvrer à relancer. Une mission des plus ardues. Mais confortée par une expérience de plus de 35 ans au sein de son gouvernement et d’organisations internationales, l’envoyé personnel de M. Guterres a réussi le premier pari, celui de remettre «le processus politique sur les rails après six ans de blocage des négociations entre le Front Polisario et le Maroc», ne cessent de souligner des observateurs. Il a organisé, dans ce sens, en décembre dernier une première table ronde qui a marqué le retour aux négociations après une longue période de suspension. Il a en effet réuni à Genève les deux parties au conflit et les deux pays voisins, l’Algérie et la Mauritanie. Cette réunion initiale a été suivie d’une seconde table ronde tenue toujours en Suisse sous l’égide des Nations unies. L’objectif étant de «consolider la dynamique positive créée par la première réunion et de commencer à aborder les questions les plus substantielles». L’ancien émissaire a reconnu à l’issue de cette deuxième réunion que la tâche n’était pas facile et qu’il ne fallait pas «s’attendre à un résultat rapide, car les positions divergeaient toujours fondamentalement». Il a estimé, dans les mêmes circonstances que des «efforts réels» de la part des deux protagonistes étaient «nécessaires pour créer la confiance qui manque à la progression des négociations». Après Genève, Köhler a voulu observer une halte avant de lancer un troisième round de discussions. L’envoyé personnel qui semble être insatisfait du rythme imposé par certains membres permanents du Conseil de sécurité a souhaité prendre le temps qu’il faut pour s’assurer que tout le monde est à bord et rame dans la même direction. Dès lors, Köhler qui a évoqué des «solutions innovantes» au conflit, lors de son dernier briefing au Conseil de sécurité, prévoyait de tenir la troisième réunion en septembre, alors qu’un agenda parallèle misait sur un plan de paix ficelé avant octobre.