Le chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, en conflit depuis des décennies avec le Maroc, a dénoncé hier lundi le «virage radical» de l’Espagne après le soutien apporté par Madrid au plan d’autonomie marocain.

«Il est évident que c’est un virage radical qu’on n’attend pas de la part d’un pays qui est la puissance administrante “de jure”» – selon le droit, par opposition à de facto – du Sahara occidental, ex-colonie espagnole, a déclaré Brahim Ghali dans un entretien publié par le quotidien El Mundo. Affichant jusqu’ici sa neutralité, Madrid a annoncé publiquement le 18 mars son soutien au plan d’autonomie marocain, qu’il considère désormais comme «la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend». Ce geste attendu par Rabat a permis de mettre fin à près d’un an de crise diplomatique majeure avec Madrid, provoquée par l’accueil en Espagne en avril de Brahim Ghali pour y être soigné du Covid. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez doit se rendre à Rabat dans les prochains jours afin de sceller cette réconciliation. «Je me sens comme n’importe quel Sahraoui face à cette décision gravissime», l’Espagne «nous a abandonnés à notre sort en 1975 et 47 ans plus tard, ils font la même chose», a ajouté M. Ghali, qui ne s’était pas encore exprimé publiquement sur le changement de position du gouvernement espagnol. «L’Espagne a toujours défendu une solution dans le cadre de l’ONU sur la base des résolutions» des Nations Unies, «ce qui veut dire défendre l’autodétermination du peuple sahraoui pour terminer son processus de décolonisation. C’est pour cela que nous ne comprenons pas ce virage radical du gouvernement espagnol», a-t-il poursuivi. Critiqué de toutes parts en Espagne mais aussi par Alger, le gouvernement espagnol affirme pour sa part qu’il n’a pas changé de position mais seulement fait «un pas supplémentaire» afin de contribuer à la résolution du conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario depuis le départ des Espagnols en 1975. Le point culminant de la crise entre Rabat et Madrid avait entraîné l’arrivée mi-mai de plus de 10.000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta à la faveur d’un relâchement des contrôles côté marocain. L’Espagne avait alors dénoncé un «chantage» et une «agression» de la part de Rabat, qui avait pour sa part rappelé son ambassadrice en Espagne, qui n’y est revenue que le 20 mars.
Le Conseil de sécurité
se réunit le 20 avril
Le Conseil de sécurité des Nations Unies va se réunir le 20 avril prochain pour discuter du conflit au Sahara occidental, a indiqué le Royaume-Uni qui préside l’instance exécutive de l’ONU pour le mois en cours. Lors de cette réunion, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, fera un exposé sur les conclusions de sa première tournée dans la région, en janvier dernier, et sur ses différentes rencontres avec les acteurs internationaux concernés par le conflit au Sahara occidental, selon des sources diplomatiques. Ce rendez-vous sera également l’occasion pour le représentant spécial pour le Sahara occidental et chef de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), le Russe Alexander Ivanko, de présenter un rapport sur la situation sur le terrain avec le développement des actions militaires entre les armées sahraouie et marocaine. Le Conseil de sécurité avait adopté, le 30 octobre 2021, la résolution 2602 prorogeant le mandat de la MINURSO pour une année supplémentaire. La MINURSO a été créée par la résolution 690 du Conseil de sécurité en date du 29 avril 1991, suite à l’acceptation des propositions de règlement du conflit par le Maroc et le Front Polisario, le 30 août 1988. Le 29 avril 2016, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2285, demandant aux parties de continuer de faire preuve de volonté politique afin d’engager des négociations plus résolues et plus axées sur le fond. Dans son dernier rapport sur le Sahara occidental publié début octobre 2021, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres s’était dit «profondément préoccupé par la forte détérioration» de la situation dans ce territoire occupé par le Maroc, qualifiant la reprise des hostilités entre le Maroc et le Front Polisario de «revers majeur» pour les efforts visant à trouver une solution «pacifique, durable et mutuellement acceptable au conflit» sahraoui. (AFP et APS)