L’attaque marocaine dans la zone tampon de Guerguerat et la déclaration de «guerre» du Polisario rappellent l’existence du conflit du Sahara occidental et mettent les Nations unies devant leurs responsabilités à lui trouver une solution politique afin d’éviter un retour des belligérants aux hostilités interrompues par le cessez-le-feu en vigueur depuis septembre 1991. La réaction d’inquiétude du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et des capitales occidentales jugées influentes semble annoncer un réveil de la «communauté internationale» et l’inscription en priorité du dossier sahraoui à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. Ce que veulent depuis des années les indépendantistes sahraouis…

Le regain de tension entre le front Polisario et le Maroc à Guerguerat n’est pas une surprise pour les observateurs du dossier du conflit du Sahara occidental. Depuis 2016 au moins, cette zone tampon fait parler d’elle régulièrement en tant que terrain de confrontation permanent entre les indépendantistes sahraouis et l’armée marocaine. Signalés depuis ces quatre dernières années, et créant au passage, comme durant l’été 2016, une forte e crispation dans les relations entre Rabat et Nouakchott à qui il était reproché de fermer les yeux devant le trafic et la contrebande en tous genres profitable au Polisario, ces heures et échauffourées sporadiques dans ce périmètre frontalier démilitarisé et surveillé par la mission onusienne au Sahara occidental, la Minurso, révélaient la nouvelle bataille de positions que se mènent les belligérants depuis ce temps-là depuis le cessez-le-feu proclamé il y a près de 30 ans et surtout d’incapacité, voire de frilosité de l’ONU à trouver une solution au conflit.
Cette bataille entre le Polisario et le Maroc s’est intensifiée au fur et à mesure que Guerguerat prenait de l’importance en tant que couloir d’échanges économiques et commerciaux entre le Sahara occidental sous contrôle de Rabat et la Mauritanie voisine et porte ouverte sur l’Afrique de l’Ouest, une destination de plus en plus prisée par les entreprises marocaines et internationales transitant par le Maroc ou ayant des intérêts économiques dans le royaume. Tous ceux qui ont voyagé dans cette région reviennent avec le souvenir d’une route aménagée par le Maroc traversant (en dépit de la légalité internationale) le mur militaire et la zone tampon, fréquentée par des norias de poids lourds qui passent quotidiennement de la partie sahraouie occupée par le Maroc vers la Mauritanie ; et par l’apparition au fil des ans d’une «zone franche» qui ne dit pas son nom et dont les profits reviennent à la partie marocaine qui accompagne ce «dynamisme» par un renforcement militaire d’abord discret puis de plus en plus visible. Ceci, au détriment du Polisario qui, conscient du danger du statu quo actuel sur le dossier du conflit du Sahara occidental et de la tournure prise par les flux commerciaux via Guerguerat, lesquels n’ont jamais été condamnés par les Nations unies en dépit de leurs conséquences sur le cessez-le-feu en vigueur depuis le 6 septembre 1991, multiplie les manifestations de présence dans ce périmètre devenu ultra stratégique.
Quand ce ne sont pas des Sahraouis qui manifestent leur réprobation de cette drôle de situation par eux-mêmes, le Front n’hésite pas à harceler les forces marocaines postées illégalement sur place et à contrôler les poids lourds en circulation en réaction à l’inertie des éléments de la mission de la Minurso à ce poste frontière. Avant l’attaque marocaine de vendredi dernier suivie de combats qui n’ont pas cessé, hier, selon un communiqué du Polisario, des incidents ont été signalés depuis septembre dernier lorsque le gouvernement de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a réaffirmé mardi 1er septembre 2020, son rejet «catégorique» de la persistance du passage illégal de Guerguerat, appelant le Conseil de sécurité «à contraindre d’urgence l’État d’occupation marocaine à la fermeture immédiate» de ce passage qui demeure «une source permanente de tension dans la région, ayant des conséquences désastreuses». «Il est inacceptable que la mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso) continue de fermer les yeux sur la persistance de ce passage illégal et sur le transit quotidien de marchandises, y compris les énormes tonnes de drogue», avait déploré la RASD dans son communiqué, appelant à permettre à la Minurso «de mener à bien la mission pour laquelle elle a été mandaté par le Conseil de sécurité le 6 septembre 1991, afin de parachever le dernier cas de décolonisation en Afrique».

Réveil de l’ONU
La réaction du secrétariat général de l’ONU a été d’appeler «à la plus grande retenue», mais sans agir véritablement jusqu’à l’annonce vendredi par le Polisario de la fin du cessez-le-feu, une défaillance rappelée par l’Algérie qui a appelé l’organisation à assumer ses missions et imposer un retour au processus de négociations politiques. Ce qui, en attendant l’évolution sur le terrain des hostilités, semble se dessiner aujourd’hui avec la réaction observée à l’échelle internationale et conduire les indépendantistes sahraouis à un succès tactique au vu de l’inscription à nouveau annoncée du conflit sahraoui parmi les priorités du Conseil de sécurité de l’ONU, qui devrait se réunir durant cette semaine. D’ici-là, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit «préoccupé par les conséquences possibles» de l’attaque marocaine à Guerguerat. Selon son porte-parole, Stéphane Dujarric, le chef de l’ONU «reste déterminé à faire tout son possible pour éviter l’effondrement du cessez-le-feu» et à «à faire tout son possible pour éliminer tous les obstacles à la reprise du processus politique». Pour sa part, le chef de l’Union africaine (UA) s’est inquiété hier samedi des «menaces graves» sur le cessez-le-feu en vigueur depuis 1991 entre Maroc et Front Polisario au Sahara occidental et sur le statu quo dans la zone tampon. Dans un communiqué publié samedi, le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, «exprime sa profonde préoccupation suite à la détérioration de la situation au Sahara occidental, notamment dans la zone des Guerguerat, et des menaces graves de rupture du cessez le feu en vigueur depuis 1991». M. Faki salue aussi «les efforts du secrétaire général des Nations unies et des pays de la région pour encourager vivement les parties à s’abstenir de tout changement du statu quo et à revenir dans les meilleurs délais à la table de
L’Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara occidental, «exhorte les parties à reprendre le processus de négociation et à avancer vers une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable», a indiqué le ministère espagnol des Affaires étrangères dans un communiqué publié vendredi soir. «Le gouvernement espagnol soutient les efforts du Secrétaire général des Nations unies pour garantir le respect du cessez-le-feu au Sahara occidental», a ajouté le ministère. «Ces derniers jours, l’Espagne a fait des démarches en ce sens, en appelant à la responsabilité et à la retenue», a-t-il encore indiqué. Autre pays clé, la France a appelé vendredi à «tout faire pour éviter l’escalade et à revenir au plus vite à une solution politique», a déclaré le ministère français des Affaires étrangères. «Ces événements démontrent l’importance d’une relance rapide du processus politique, qui passe notamment par la nomination dans les meilleurs délais d’un nouvel Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies», a-t-il ajouté.
Le chef de la Commission des Affaires étrangères du Parlement italien, Piero Fassino, s’est dit vendredi lui aussi préoccupé et a appelé à «ne pas alimenter la tension, éviter tout recours à la force et à reprendre le processus de paix sur la base des résolutions et des engagements du Conseil de sécurité». Le parlementaire italien a également exhorté les Nations unies à nommer un nouvel envoyé au Sahara occidental afin de «reprendre le processus de paix» à l’arrêt depuis la démission en mai 2019 de l’ancien président allemand Horst Kohler. <