La diplomatie algérienne refuse la proposition du Conseil de sécurité de l’ONU de reconduire le format, dit des «tables rondes», dans le projet de résolution, attendu à la fin de ce mois d’octobre pour la reprise des négociations entre les parties belligérantes et les observateurs, notamment sur le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso).

Par Lyes Sakhi
Après la nomination de Staffan de Mistura comme nouvel Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pour le Sahara occidental, début octobre, le Conseil de sécurité s’apprête à adopter, d’ici la fin du mois, une nouvelle résolution sur le conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario et le mandat de la Minurso. En prévision de cette échéance, la délégation diplomatique algérienne à New York a fait savoir que le projet de cette résolution est «inefficace et contre-productif».
Dans une missive envoyée jeudi 21 octobre au président du Conseil de sécurité, le Kenyan Martin Kimani, «consultée par l’APS», la délégation a réagi au format des négociations proposé par ledit projet, indiquant qu’il ne ferait qu’aggraver la situation de statu quo. «Le format dit de ‘tables rondes’ pour la reprise des négociations sur le Sahara Occidental», auquel fait référence le projet de résolution sur la prorogation de la Minurso, est «inefficace et contre-productif», a précisé la mission diplomatique algérienne à New York.
«Sur instruction de notre gouvernement, je vous écris pour réitérer la position de mon pays concernant la référence dans le projet de résolution sur le renouvellement de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (Minusro) aux soi-disant ‘tables rondes’», écrit la mission dans sa lettre. «L’Algérie n’a jamais considéré ces ‘tables rondes’ comme le format ultime pour la conduite du processus politique au Sahara occidental, mais plutôt comme une étape de transition vers des négociations entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario», explique-t-elle. Elle affirme que ces «tables rondes se sont avérées inefficaces et sont devenues contre-productives et problématiques, du fait de leur instrumentalisation par les autorités marocaines pour se détourner de leurs responsabilités et déformer la réalité du conflit au Sahara occidental comme question de décolonisation».
La mission avertit que «l’Algérie ne va en aucun cas prendre part à ces ‘tables rondes’», tout en réaffirmant son «engagement à soutenir les efforts du Secrétaire général de l’ONU en vue de relancer les négociations directes entre les deux parties au conflit, le Front Polisario et le Maroc». «L’Algérie rejette fermement toute référence à tout engagement en son nom de participer à de telles tables rondes», insiste la mission. Pour autant, elle «reste déterminée à soutenir les efforts du Secrétaire général des Nations unies et son appel aux membres du Conseil de sécurité à encourager le Maroc et le Front Polisario à s’engager de bonne foi et sans condition dans le processus politique».
Mardi 12 octobre, l’envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb, Amar Belani, s’était, dans une déclaration à l’APS, exprimé au sujet du format dit «de tables rondes». Il avait déclaré qu’il «n’est plus à l’ordre du jour». «Cette option est désormais obsolète compte tenu de l’instrumentalisation éhontée par la partie marocaine de la participation de l’Algérie aux précédentes tables rondes pour présenter fallacieusement notre pays comme étant partie à un conflit ‘régional’», avait-il défendu. Vendredi 22 octobre, Amar Belani a rappelé la position de l’Algérie, indiquant qu’elle «ne s’est jamais engagée à en faire partie à l’avenir».

«Consacrer une impasse programmée»
«Ce format est loin de constituer la solution idéale et que, bien au contraire, il est devenu contre-productif depuis que le Maroc a décidé, de manière irresponsable et malhonnête, de l’instrumentaliser pour tenter misérablement d’escamoter le caractère de décolonisation de la question du Sahara occidental au profit d’un prétendu conflit régional et artificiel dont l’Algérie serait une partie prenante», a-t-il expliqué. «Pour ces raisons, a affirmé le diplomate, nous confirmons notre rejet formel et irréversible de ce format dit des tables rondes et nous avons instruit notre représentant permanent à New York à l’effet de notifier cette position du gouvernement algérien au président du Conseil de Sécurité, en lui demandant de faire circuler la note verbale en question à tous les membres du Conseil».
Amar Belani a assuré qu’avec «la rupture brutale du cessez-le-feu par les forces d’occupation marocaines et l’annexion illégale de la zone tampon à Guerguerat en violation flagrante des accords militaires, nous sommes face à une situation de guerre et il faut reconnaître que les risques d’escalade sont sérieux». «C’est pourquoi, plus que jamais, le Conseil de Sécurité doit traiter la question du Sahara occidental avec lucidité et responsabilité car il y va de la paix et de la stabilité dans la sous-région», a-t-il soutenu.
Dans le cas contraire, a-t-il dit, «il serait tout à fait légitime de s’interroger sur la pertinence, voire l’utilité, de la relance d’un processus politique désincarné qui ne serait pas en phase avec les nouvelles réalités sur le terrain et qui légitimerait le fait accompli colonial, y compris dans une zone tampon censée être démilitarisée conformément aux accords contraignants signés par les deux parties et endossés par le Conseil de sécurité». «Il est légitime de s’interroger désormais sur l’exécution du mandat de la Minurso dans ce nouveau contexte, puisqu’il n’y a plus de cessez-le-feu à observer depuis le 13 novembre 2020, compte tenu du refus obstiné du Maroc de revenir au statu quo ante malgré les exhortations du Secrétaire général des Nations unies, et que la tenue du référendum d’autodétermination, qui est la raison d’être de la Mission, est en attente depuis une trentaine d’années». «Pour toutes ces raisons objectives liées à une situation considérablement détériorée, il est attendu du Conseil de sécurité une approche équilibrée, transparente et impartiale qui prenne en charge les nouvelles réalités sur le terrain et les attentes légitimes du peuple sahraoui conformément aux paramètres du plan de règlement», a indiqué M. Belani. Sans cela, a-t-il estimé, «la nouvelle résolution dont la première mouture, soit dit au passage, est profondément déséquilibrée, ne fera que consacrer une impasse programmée du processus politique et l’échec anticipé des efforts du nouvel envoyé personnel avant même que ce dernier n’ait pris son service à compter du 1er novembre».