Le Front Polisario a condamné fermement l’obstination du Maroc à piller les ressources sahraouies, et ce, un mois après que la Cour de justice de l’Union européenne ait conclu dans un verdict que l’accord commercial qui lie l’UE à Rabat n’est pas applicable sur le territoire du Sahara Occidental.

Dans ce cadre, la direction du Front Polisario a porté plainte et réclame le plein respect et exécution du jugement de la Cour de justice de l’Union Européenne du 21 décembre 2016. En effet, un bateau, le Key Bay, devait accoster vendredi dernier dans le port de Fécamp (Seine-Maritime) pour livrer une cargaison composée notamment d’huile de poisson, qui proviendrait de la pêche réalisée dans les eaux territoriales du Sahara occidental. « C’est un outrage à la souveraineté sahraouie qui se fait désormais en connaissance de cause maintenant que la Cour européenne s’est prononcée. C’est une discrimination économique à grande échelle », a déploré Mohamed Khaddad, coordinateur sahraoui avec la Minurso. Pour lui, ces infractions visent « un peuple en entier, séparé depuis plus de quatre décennies entre les duretés de l’exil et l’oppression de l’occupation ». A cet effet, le Front Polisario a déposé deux plaintes devant les institutions judiciaires françaises, indique la direction du Front. Une plainte a été déposée devant le Procureur de la République du Havre. La plainte, explique le représentant du peuple sahraoui, vise deux infractions, à savoir, la discrimination économique et la fraude à l’origine. Quant à la seconde plainte, elle a été déposée devant la « direction interrégionale des douanes du Havre », et vise l’infraction d’importations de marchandises sans déclaration d’origine valable et la violation du règlement européen (CE) n°136/2004 du 22 janvier 2004 fixant les procédures des contrôles vétérinaires aux postes d’inspection frontaliers 

Le Polisario demande, par ailleurs, à la Commission européenne et aux autorités douanières que soit « dressé un procès-verbal du caractère illégal de cette exportation », et que la « cargaison soit saisie conformément aux prescriptions du droit douanier européen ».
Le dépôt de plainte ne signifie pas un repli de la République sahraouie sur elle-même ou la fermeture de porte du dialogue. Au contraire, les indépendantistes du Front Polisario ont réitéré leur souhait que « le dialogue s’ouvre sans délai et sans préalable, et avec tous les partenaires », mais « sans accepter que perdurent les violations du droit international », indique le Front Polisario. Les communautés et amis du peuple sahraoui ont bloqué vendredi dernier l’entrée du port de Fécamp en signe d’opposition à l’arrivée du Key Bay. « L’origine de la marchandise pose problème parce qu’elle appartient aux Sahraouis. En plus, elle est vendue par le Maroc », a dit Jean Paul Lecoq, maire de Goncreville-l’Orcher (Seine-Maritime), ville jumelée avec J’Réfia au Sahara occidental. Ce dernier a ajouté avoir « adressé un courrier à Bernard Cazeneuve, actuel Premier ministre, pour lui demander de faire respecter le droit international ». Pour sa part, Me Nicolas Capron, représentant havrais du Front Polisario, va déposer une plainte au tribunal du Havre pour commerce illégal et non-respect du jugement de la Cour de justice de l’Union européenne.