Ils motivent leur appel par les risques sanitaires engendrés par le sacrifice, un rituel de rassemblement humain important et, donc, de propagation rapide du coronavirus ainsi que d’annihilation des efforts accomplis depuis cinq mois pour l’endiguer. Ils rappellent qu’en 1966, l’Algérie avait annulé le sacrifice pour préserver le cheptel national…

Mercredi 15 juillet, un collectif de professeurs en sciences médicales s’est réuni pour apporter sa «contribution» à la lutte contre la crise sanitaire actuelle. Leur initiative a permis de faire le constat d’«aggravation de la situation née de la pandémie du Coronavirus, de l’augmentation quotidienne du nombre de cas positifs, et des prises de position inquiétantes constatées vis-à-vis du sacrifice du mouton». Pour le collectif, «la pandémie connaît actuellement une très forte hausse des contaminations et des décès qui va en s’aggravant depuis les relâchements du Ramadhan, de l’Aïd El Fitr et du déconfinement peut-être trop précipité».
Cette situation, déclare le collectif, «nous impose à tous, aujourd’hui, le respect le plus strict des mesures barrières, notamment de distanciation physique. «Car quels que soient les conseils que l’on pourrait prodiguer, prévient-il, l’achat du mouton dans des marchés collectifs, son transport à plusieurs, son sacrifice et sa consommation sont toutes des occasions qui vont favoriser les fortes affluences et regroupements qui vont exacerber la situation pandémique».
Ainsi, ces professeurs de médecine estiment que l’heure est au sacrifice et qu’après tous ceux qui ont été consentis par les Algériens depuis cinq mois, c’est-à-dire depuis le début de la pandémie en Algérie, «ce n’est pas le moment de baisser les bras». «Le risque d’aggravation de la propagation du virus est trop grand dans ce contexte de crise sanitaire ravageuse», insistent-ils. Et de s’interroger : «Ne devrions-nous pas plutôt faire de cette journée un moment fort de recueillement pour nous incliner devant la mémoire de toutes les victimes de cette pandémie et rendre hommage au sacrifice de notre personnel soignant, tombé sur le champ de bataille d’une guerre dont on ne voit pas la fin».

Plutôt le recueillement…
Dans son plaidoyer pour une fête religieuse tournée davantage vers le recueillement et l’hommage aux victimes de la pandémie, le collectif utilise des termes et des allusions forts comme de rappeler le «sacrifice de la guerre d’indépendance.» «Avant ce jour (de l’aïd ndlr), le peuple algérien a accepté de nombreux sacrifices. Tout comme durant notre illustre lutte de libération, il a fait preuve d’une solidarité exemplaire», écrit-il dans sa déclaration. Il rappelle également un fait oublié : «En 1966 déjà, les autorités algériennes avaient, pour la sauvegarde du cheptel, annulé le sacrifice de l’Aïd el Adha. Peut-on faire moins pour la survie de notre population ? Le rite du sacrifice du mouton ne faisant pas partie des cinq piliers de l’Islam, le peuple algérien peut, en cette période de pandémie, faire l’impasse sur cette tradition», affirme-t-il également. «Au moment où nombre de nos concitoyens continuent de pleurer leurs morts, chaque jour plus nombreux, nous en appelons aux plus hautes autorités du pays pour prendre toutes les mesures qu’impose la situation de crise sanitaire actuelle, en décrétant l’abstention pour tous de procéder au sacrifice du mouton et de faire de ces deux jours de l’Aïd El Adha, un grand moment de recueillement et de solidarité nationale», lance le collectif. Sera-t-il écouté ?
Dans leur fetwa, les Affaires religieuses se sont prononcées, non pas contre l’annulation du sacrifice, mais pour son déroulement dans «le strict respect des recommandations sanitaires». Il est, entre autres, permis exceptionnellement cette année d’accomplir le rite du sacrifice au deuxième ou au troisième jour de l’Aïd. Cela «dans le but d’éviter le regroupement des personnes», indique un communiqué du 14 juillet 2020. De son côté, l’Association des oulémas musulmans a tranché officiellement, dimanche, sur le sort de l’Aïd El Adha 2020 en Algérie. L’instance religieuse estime que le rite du sacrifice du mouton ne peut être abandonné ou remplacé par l’aumône «sadaqah». La grande fête religieuse de l’Aïd El Adha 2020 est maintenue en Algérie, selon la fatwa de l’Association des oulémas. <