Il revenait de loin mais savait où il voulait aller. Taoufik Makhloufi s’est présenté aux Championnats du Monde d’athlétisme, accueillis par Doha (Qatar) du 27 septembre au 6 octobre, sans réelles certitudes mais avec une véritable détermination. À force de travail et d’abnégation, il a décroché une superbe médaille d’argent sur 1500m. Une breloque qui vaut de l’or pour un sportif hors du commun ayant su braver les circonstances et compenser une absence de deux ans causée par des pépins. Retour sur une traversée et des sacrifices qui ont été légitimement récompensés.

Au sortir des Jeux Olympiques 2016 à Rio (Brésil), qu’il a su marquer avec brio en décrochant l’argent sur 800m et 1500m, Makhloufi était attendu au Mondiaux 2017 de Londres (Royaume-Uni). Pas au top physiquement et sans entraîneur après la fin de la collaboration avec le Français Phillipe Dupont, il décide de faire l’impasse sur l’évènement.
La suite était très compliquée avec une longue absence. Le natif de Souk Ahras marque les dates de la « Diamond League » et les rendez-vous continentaux par ses défections à répétitions. C’était avant que Dupont ne redevienne son entraîneur. L’homme est important pour l’Algérien qui n’a pas hésité à le qualifier de « meilleur entraîneur au monde » dimanche en zone mixte après la cérémonie de remises des médailles.
Abandonné par la Fédération algérienne d’athlétisme (FAA) et entretenant une relation froide avec le Comité Olympique algérien (COA), le champion olympiques de Londres en 2012 sur 1500m a toujours travaillé avec ses propres moyens. Les secrets de la réussite, il les connait. Il l’a d’ailleurs rappelé lors de son passage devant les journalistes au Khalifa international stadium : « quand t’es déjà un champion. T’as les clés. Tu dois t’entraîner et travailler durement y mettre de la passion et consentir des sacrifices. C’est ce que j’ai fait. J’avais de l’expérience pour ça. J’essayais d’aller droit vers mon but sans essayer de prendre des raccourcis.»

Les raisons d’une absence
Questionné sur les deux années où il s’est éclipsé du circuit, le demi-fondiste a évoqué des soucis avec son organisme mais pas que. « Ce qui s’est passé lors des deux ou trois dernières années ? J’ai eu des problèmes physiques. Aussi, après que j’avais atteint mes objectifs aux JO 2016, je me suis senti un peu fatigué. Je devais chercher une autre énergie et prendre un nouveau souffle pour recommencer à m’entraîner et me battre afin de passer les obstacles. Ce n’était pas facile pour moi. J’avais besoin de recul pour mieux voir les choses et me fixer de nouveaux objectifs. Ajouté à cela le fait que mon coach m’avais informé qu’il ne pouvait plus m’entraîner», a-t-il expliqué. En effet, sur le dernier point, il faut savoir que la Fédération française d’athlétisme (FFA) avait demandé à Dupont de ne plus prendre l’Algérien sous son aile. Motif ? Makhloufi n’a pas voulu revenir sur cet épisode se contentant de dire : « je préfère ne pas m’étaler sur ce sujet.» Toutefois, selon une source sure, c’est le fait qu’il ait devancé le Français Pierre-Ambroise Bosse, 4e sur 800m aux Olympiades brésiliennes, qui a mené à ce divorce. En entrainant le Dz, Dupont avait privé les « Tricolores » d’un podium olympique. Intolérable pour les responsables.

« Chanceux » mais valeureux
En tout cas, la reprise du travail avec Dupont a été pour beaucoup dans le regain de forme de celui qui a rejoint Hassiba Boulmerka (2 or sur 1500m en 1991 et 1995), Noureddine Morceli (3 or sur 1500m en 1991, 1993 et 1995) et Aïssa Djabir Saïd-Guerni (or du 800m en 2003) dans le cercle fermé des Algériens détenteurs d’une médaille aux Mondiaux. Concernant la finale, il a indiqué que « Mon entraîneur m’a demandé d’être prêt aux deux scénarios : course rapide ou tactique. Il m’a dit de rester toujours au contact du leader et rester devant quel que soit le cas. C’est ce que j’ai fais. Durant mon dernier entraînement, il m’a préparé à la course qu’on a eue aujourd’hui.» Toute humilité gardée, Makhloufi n’a pas manqué de souligner que le rythme lors de la messe universelle lui a été favorable : « Je dois aussi dire que j’ai de la chance parce que ces Mondiaux étaient lents. Mes concurrents ont aussi beaucoup de courses dans les jambes contrairement à moi qui n’ai pas trop couru assez», note-il. Cela ne l’a pas empêché de réaliser sa meilleure performance de la saison avec un chrono de 3 :31.38. Comparativement, le 3 :31.77, réalisé le 24 août dernier à Paris (France) à l’occasion de la Ligue de Dimant, ne lui avait offert que la 7e place. C’est pour dire que la lenteur l’a vraiment servi en terre qatarie.

Plutôt le 800 m pour les JO ?
Avant de rallier Doha, Makhloufi avait pris une décision forte : renoncer à concourir sur 800m et opter uniquement pour le 1500m. Un choix sage et payant compte-tenu de la forme physique et le retour tardif, enregistré en juillet dernier seulement, à la compétition. Les chances de réaliser quelque chose sur 1500m étaient plus considérables car la distance est plus rallongée et l’aspect tactique reste déterminant plus que celui explosif sur un court trajet.
Malgré son nouveau statut de vice-champion du monde, l’ancien sociétaire du MC Alger (actuel Groupement Sportif des Pétroliers) avoue préférer « le 800m parce que c’est plus facile. Ce n’est que deux tours de piste. Sur 1500m, la tête travaille, le cœur travaille, les jambes travailles. Tout travaille.» A la question de s’il va choisir entre les deux concours dans l’avenir il estime que « tout cela dépendra des entrainements et de la décision qu’on prendra moi et mon entraîneur. Ça sera à nous de voir.»
Celui qui aura 32 ans lors des JO-2020, prévus à Tokyo (Japon) l’été prochain, pourrait, cette fois, miser sur le 800m, sa course fétiche, pour tenter de décrocher le vermeil de l’Olympe. Sachant qu’il a eu celui du 1500m il y a 7 ans à Londres, être primé sur 800m lui tiendrait certainement à cœur. Ça sera un autre challenge pour le digne successeur de Morceli qui n’a, jusque-là, pas d’éventuelle relève au milieu d’un bricolage criant pour l’athlé’ national.