La médiation de l’Algérie entre les deux camps en conflit en Libye se met en place. Sabri Boukadoum, ministre des Affaires étrangères, a rencontré, hier, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est libyen, dans son fief à Benghazi. Les deux hommes ont discuté des « derniers développements » sur le terrain ainsi que du « rôle de l’Algérie appuyant le retour de la stabilité » dans ce pays basculé dans l’instabilité.

La communication de Khalifa Haftar a salué « le rôle positif de l’Etat algérien, qui œuvre à trouver une solution à la crise » dans ce pays. Le chef de la diplomatie algérienne a adressé une invitation au maréchal Haftar. Ce qui augure une évolution positive dans le conflit.
Pour rappel, une délégation du maréchal Khalifa Haftar, conduite par Abdesselam Al-Badri, vice-président du Conseil des ministres, a été reçue le 11 janvier en Algérie par Sabri Boukadoum. L’Algérie a proposé, jeudi dernier, à Brazzaville, d’accueillir un «forum de réconciliation nationale » entre protagonistes de la crise en Libye, selon le comité de l’Union africaine chargé de «trouver des solutions» au conflit. Alger est devenu ces dernières semaines un passage obligé pour les consultations pour tenter d’œuvrer au règlement politique d’un conflit qui menace la stabilité régionale. La Libye, qui dispose d’importantes réserves de pétrole, est plongée dans le chaos depuis l’intervention de l’Otan en 2011 avec l’appui de la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Depuis avril 2019, des combats opposent aux portes de Tripoli les troupes
du Gouvernement d’union nationale (GNA), soutenu par l’ONU, et les forces du maréchal Haftar, qui ont lancé une offensive pour conquérir la capitale. Un cessez-le-feu précaire est entré en vigueur le 12 janvier et des efforts sont en cours pour tenter de le renforcer. Les ministres des Affaires étrangères des pays voisins de la Libye (Algérie, Tunisie, Egypte, Soudan, Tchad et Niger) ainsi que le Mali, se sont réunis le 23 janvier dernier exhortant les belligérants à s’inscrire dans le processus de dialogue politique, sous les auspices de l’ONU, avec le concours de l’Union africaine. Les voisins ont appelé à la préservation de la sécurité en Libye, son indépendance et son intégrité territoriale, ainsi qu’au rejet des interventions étrangères qui ne font que perdurer la crise et rendre la solution plus complexe.
L’optimisme de l’ONU
Les belligérants de la crise libyenne ont accepté, lors de pourparlers à Genève, de transformer la « trêve » en un « cessez-le-feu durable » et doivent désormais déterminer comment parvenir à cet objectif, selon Ghassan Salamé, l’émissaire de l’ONU pour ce pays. «Les deux parties sont venues à Genève et nous avons commencé à discuter avec elles de la longue liste de points à notre ordre du jour, en commençant par la tentative de transformer (…) cette trêve en un véritable accord sur un cessez-le-feu durable », a déclaré optimiste Salamé. Confirmée lors de la Conférence internationale sur la Libye, tenue le 19 janvier à Berlin, une commission militaire conjointe, composée de dix officiers, cinq de chaque côté, a pour mission de définir sur le terrain les mécanismes de mise en œuvre d’un cessez-le-feu durable, avec retrait de positions militaires. « Il existe une véritable volonté des deux parties de s’asseoir ensemble et de commencer à négocier ensemble », a noté Salamé, rappelant toutefois que les acteurs en présence ne discutent pas encore directement. L’émissaire de l’ONU a une fois de plus dénoncé les violations des engagements pris à Berlin pour arrêter les ingérences et les livraisons d’armes. « Nous sommes inquiets parce que nous considérons que des résolutions assez claires prises à Berlin ne sont pas respectées par les deux parties en conflit et nous voyons que de nouveaux mercenaires, de nouveaux équipements sont en train d’arriver pour les deux parties », a-t-il dit, exhortant le Conseil de sécurité à adopter une résolution pour créer une nouvelle dynamique pour la fin du conflit. En parallèle aux pourparlers militaires à Genève, l’ONU a lancé un autre volet de discussions autour de sujets économiques et financiers et un premier cycle de discussions s’est tenu à Tunis le 6 janvier. Un deuxième round étant prévu le 9 février au Caire.