Les sanctions ne se sont pas fait attendre suite au décès vendredi du jeune médecin, Wafa Boudissa, contaminée à la Covid-19 dans des circonstances pour le moins troublantes, dans le sens où la victime continuait à exercer dans l’hôpital de Ras El Oued alors qu’elle était enceinte de huit mois.

En effet, le Directeur de l’Etablissement hospitalier où exerçait la défunte a été limogé hier, soit au lendemain de la visite effectuée par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, au cours de laquelle il avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour identifier les responsables de ce drame.
«Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière a décidé après les premiers résultats de l’enquête menée par l’Inspection du ministère de la Santé de limoger le Directeur de l’EPH Mohamed-Benani», ont informé hier dans la matinée les services de la wilaya de Borj Bou-Arréridj sur sa page officielle facebook. Une décision qui correspond à la fermeté promise par le ministre de la Santé lors de son déplacement de circonstances accompagné de la ministre de la Solidarité nationale.
En plus de la gravité des griefs retenus contre le désormais ancien Directeur de l’hôpital de Ras El Oued, coupable d’avoir refusé plusieurs fois la demande de congé de la défunte, son sort était bel et bien scellé dès les premières heures de la journée. Le personnel médical et paramédical de ladite institution sanitaire a tenu un sit-in de protestation à l’intérieur de l’hôpital de Ras El Oued, réclamant le départ du Directeur de l’EPH.
Plusieurs dizaines de professionnels exerçant dans le centre hospitalier Mohamed-Benani se sont rassemblées pour réclamer le départ du Directeur de l’hôpital, à qui ils imputent «la responsabilité» dans la mort de leur collègue Boudissa Wafa. «Nous sommes tous Wafa», «nous exigeons le départ du Directeur et de sa bande», peut-on lire sur les pancartes et banderoles brandies par les contestataires. Nombre d’entre eux reprochaient ouvertement au premier responsable de l’hôpital de Ras el Oued d’avoir rejeté la demande de congé exceptionnelle introduite par leur collègue décédée. L’un des médecins a affirmé que la défunte avait même «supplié» le Directeur de l’établissement pour la laisser partir en congé parce qu’elle «ne pouvait plus poursuivre ses activités et honorer ses engagements, en vain». Les collègues de la défunte disent espérer à travers cette action de protestation qu’elle serve de leçon pour éviter à l’avenir qu’un scénario pareil ne se reproduise et faire de nouvelles victimes parmi le corps médical.
Dr. Wafa Boudissa, âgée de 28 ans, pour rappel, est décédée vendredi dernier à l’hôpital d’Aïn Kebira (Sétif) après avoir contracté le coronavirus alors qu’elle exerçait comme médecin généraliste à l’hôpital de Ras El Oued. Selon l’époux de la défunte, Smara Chawki, Dr Boudissa avait demandé à trois reprises un congé exceptionnel, mais sa demande a été refusée par le Directeur de l’EPH de Ras El Oued. Il a expliqué que sa défunte épouse «était très consciente du danger et des risques qu’elle encourait, mais elle ne pouvait rien faire face à l’entêtement de l’administration». Tard dans la soirée de vendredi, le Directeur du même EPH a indiqué que la femme médecin a été hospitalisée le 9 mai à l’hôpital d’Aïn El Kebira, localité où elle résidait. Il a ajouté que sa contamination par la Covid-19 a été confirmée par l’institut Pasteur d’Algérie le 12 mai et elle est décédée trois jours plus tard, soit le 15 mai à l’hôpital de Aïn El Kebira. Il a précisé que Dr Boudissa travaillait selon le système de rotation de deux jours de travail et deux jours de récupération et que l’EPH Ras El Oued ne dispose pas de service dédié à la prise en charge des cas de la Covid-19, ces derniers sont pris en charge à l’hôpital de la ville de Bordj Bou-Arréridj.
«Le médecin travaillait au service des urgences chirurgicales à sa demande et bien qu’on lui a proposé le transfert au service pédiatrie ou maternité», expliquant que la défunte n’a pas été en contact avec les cas de Coronavirus et qu’elle ne pouvait être exposée au danger. Le lendemain, en se rendant au domicile de la défunte, le ministre de la Santé a indiqué que son département a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de la mort du médecin qui était en état de grossesse.
Hier, le ministre a affirmé à partir de Khenchela, où il était en visite de travail, que la décision de suspendre de ses fonctions le Directeur de l’hôpital de Ras El Oued intervient «suite à l’enquête menée par l’Inspecteur général du ministère de la Santé sur les circonstances de la mort du Dr Boudissa alors qu’elle travaillait au sein de cet établissement de santé». Relevant que l’Inspecteur général «avait écouté toutes les parties concernées dans cette affaire», le ministre a expliqué que le Directeur suspendu «avait enfreint les décisions du Président de la République et le décret exécutif relatif aux mesures de prévention et de lutte contre la propagation du Coronavirus s’agissant du volet de la démobilisation de certaines catégories de travailleurs, notamment les femmes enceintes».<