«Ce variant peut être le plus mauvais depuis l’apparition de l’épidémie», a estimé hier le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie. «La raison principale est qu’on n’a jamais vu un variant qui présente 32 mutations dans sa protéine Spike (protéine S), et c’est la partie qui est ciblée par les vaccins.»

PAR INES DALI
L’Algérie compte, désormais, près de 200 cas confirmés du nouveau coronavirus (Covid-19) par jour. De 161 nouveaux cas quotidiens annoncés jeudi, ce chiffre a grimpé pour atteindre 193 cas vendredi. Ça repart de plus belle et ça démontre, une fois de plus, que la situation épidémiologique est semblable à celle de la même période l’année dernière. En novembre 2020, l’Algérie avait enchainé les records en termes de nombre de contaminations. La courbe épidémiologique poursuit donc son ascension, de la même façon que l’an passé, au moment où on assiste à une nouvelle menace après la découverte, en Afrique du Sud, d’un nouveau variant appelé Omicron et jugé «préoccupant» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Conséquence directe de ce variant qui a commencé à se propager dans le monde : des pays ferment leurs frontières, le pétrole dégringole, ce qui peut représenter, à nouveau, une menace sur le transport aérien et le tourisme.
Contacté à ce propos de ce variant découvert en Afrique du Sud et qui est arrivé en Europe, le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, est sans concession. «Ce variant peut être le plus mauvais depuis l’apparition de l’épidémie», a-t-il estimé. «La raison principale est qu’on n’a jamais vu un variant qui présente 32 mutations dans sa protéine Spike (protéine S), et c’est la partie qui est ciblée par les vaccins», a-t-il expliqué. Le problème qui se pose, selon lui, c’est qu’on est «face à un variant qui se propage très rapidement, trop vite !» Il en veut pour preuve, le fait qu’en sept jours, le nombre de nouveaux cas de ce variant en Afrique du Sud a été «multiplié par 10 : il est passé de 280 à 2800. Il est en train de se propager de façon exponentielle».
Après l’Afrique du Sud, Omicron a commencé à se propager dans les pays européens, comme la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne, ainsi que dans d’autres pays du monde. En Europe, l’UE a recommandé de suspendre tous les voyages en provenance d’Afrique du Sud et de six autres pays d’Afrique australe (le Botswana, le Zimbabwe, la Namibie, le Lesotho, l’Eswatini, le Mozambique et dans certains cas le Malawi). Plusieurs pays dont le Royaume-Uni, la France, l’Italie ou la Suisse ont interdit les vols en provenance de ces pays. Cela s’appliquera à partir d’aujourd’hui en Russie, et mardi en Espagne. Il a été également détecté à Hong Kong, en Asie, entre autres.
Ce variant est classé par l’OMS comme «préoccupant». «Les études sont en cours et les résultats concernant ce variant ne seront connus que dans une quinzaine de jours», a indiqué le Pr Djenouhat. Il y a selon lui, «deux éventualités» qui se présentent. «La première est si on peut maitriser ce variant puisque les pays touchés ont fermé leurs frontières aériennes par rapport aux pays d’où le variant était venu, c’est-à-dire est-ce qu’on peut tracker les voyageurs qui ont transité par les pays occidentaux pendant les quatorze derniers jours et est-ce que les enquêtes épidémiologiques peuvent cerner la propagation de l’épidémie ; c’est ce qu’on souhaite. Deuxième éventualité, le variant Omicron peur se propager, dans le sens où 2020 était l’année du variant Alpha, 2021 celle du variant Delta qui a fait des ravages, et maintenant, si c’est le variant Omicron qui se propage, c’est lui qui va dominer l’année 2022», a encore expliqué le spécialistes immunologiste.
Le variant Omicron est-il plus virulent que le Delta ? Le Pr Djenouhat répond que maintenant «on ne peut pas encore l’affirmer, mais on peut dire qu’il a une plus forte contagiosité par rapport au Detla».
Il a tenu à souligner que quel que soit le variant, la prévention est la même, dans le sens où il ne faut pas se départir des mesures barrières et, surtout, se vacciner. «Le variant est apparu et s’est propagée à partir de l’Afrique du Sud où le taux de vaccination est faible, de seulement 24%, c’est dire que la vaccination a un rôle primordiale», a-t-il affirmé, réitérant que «les personnes non-vaccinées représentent un danger pour les personnes vaccinées car le virus continue à circuler».

Un «risque accru de réinfection avec le Omicron»
«Même s’il y a entrée du variant Omicron en Algérie, le danger ne sera pas dans l’immédiat, car nous sommes toujours avec le variant Delta qui continue d’infecter de plus en plus de nos concitoyens. Donc il nous faut renforcer les gestes barrières et aller plus vers la vaccination si on veut vraiment prévenir le pire», a conclu le Pr Djenouhat.
Par mesure de précaution, l’Algérie devrait-elle fermer ses frontières ? Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, répond par «Non». Selon lui, «il n’est pas nécessaire de fermer l’espace aérien avec les pays européens et occidentaux en général», a-t-il estimé, soulignant que «le risque est plus grand du côté des pays orientaux dont le trafic est plus important avec les pays africains». Lui aussi, il revient sur l’impératif de la vaccination et réitère la recommandation de la généralisation du pass sanitaire.
Face à la nouvelle donne du variant Omicron, l’Institut Pasteur d’Algérie (IPA) a rappelé hier la nécessite de se faire vacciner pour un meilleur contrôle de la circulation des virus et de leurs variants, notamment le variant B.1.1.529 (Omicron), signalé pour la première fois à l’OMS par l’Afrique du Sud le 24 novembre dernier.
«Les mesures barrières (port de masques de protection, distanciation physique et lavage fréquent des mains) gardent toute leur importance face à cette pandémie», a souligné l’IPA dans une note, mettant en garde que «plus le virus circule, plus la probabilité d’apparition de variants est élevée».
Retraçant les circonstances de l’apparition du nouveau variant, il a relevé que la situation épidémiologique en Afrique du Sud s’est caractérisée par «trois pics distincts de cas signalés, dont le dernier concernait principalement le variant Delta», faisant savoir que ces dernières semaines, les infections ont connu une forte augmentation, coïncidant avec la détection du variant Omicron. «La première infection confirmée connue du B.1.1.529 provenait d’un spécimen prélevé le 9 novembre 2021. Ce variant présente un grand nombre de mutations, dont certaines sont préoccupantes (plus de 30 mutations concomitantes)», a mis en garde l’IPA., prévenant que les données préliminaires suggèrent un «risque accru de réinfection avec ce variant, par rapport aux autres variants préoccupants».
L’IPA indique, par ailleurs, que les diagnostics PCR actuels du SRAS-CoV-2 continuent de détecter cette variante. «Plusieurs laboratoires ont indiqué que pour un test PCR largement utilisé, l’un des trois gènes cibles n’est pas détecté (appelé S gene dropout ou S gene target failure) et ce test peut donc être utilisé comme marqueur de cette variante, en attendant la confirmation par séquençage », a-t-il ajouté.