La Russie a dévoilé vendredi 17 décembre des propositions de traités pour contrer l’influence américaine et de l’Otan dans son voisinage. Les deux textes présentés par Moscou prévoient notamment d’interdire tout élargissement de l’Otan et l’établissement de bases militaires américaines dans les pays de l’ex-espace soviétique.

Synthèse Kahina Terki
S’il est inhabituel pour des diplomates de présenter publiquement ce type de documents de travail, la discrétion permettant généralement de donner une latitude nécessaire aux négociateurs, «il est essentiel que les garanties de sécurité pour la Russie soient couchées sur le papier et aient force de droit», explique Sergueï Riabkov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, présentant à la presse ces textes. Ce responsable a également proposé l’ouverture de négociations dès «samedi 18 décembre», souhaitant qu’elles aient lieu à Genève.
Les deux documents comptent respectivement neuf et huit articles et tiennent chacun en quatre pages. Selon M. Riabkov, ils doivent rétablir une coopération russo-occidentale en l’«absence totale de confiance» mutuelle et compte tenu de la politique «agressive» de l’Otan «dans le voisinage de la Russie». Le responsable russe a jugé qu’il s’agissait de «relancer la relation à partir d’une page blanche». Mardi 14 décembre, Le président Vladimir Poutine avait déjà appelé à des négociations «immédiates» sur les garanties à apporter à la Russie pour sa sécurité. Début du mois, il avait aussi réclamé à son homologue américain Joe Biden de telles garanties juridiques.
Les propositions de traités interdiraient aux Etats-Unis d’établir des bases militaires dans tous les pays d’ex-URSS non-membres de l’Otan, d’y utiliser les infrastructures «pour toute activité militaire» et même de «développer une coopération militaire bilatérale» avec ces Etats. Tous les membres de l’Alliance atlantique s’engageraient à ne jamais élargir l’Otan et à ne mener aucune «activité militaire sur le territoire de l’Ukraine et dans d’autres pays d’Europe de l’Est, du Caucase du Sud et d’Asie centrale». En somme, il s’agit de respecter des accords signés trente ans plus tôt par le président Gorbatchev et le président Bush, des traités jamais respectés par les Etats-Unis et les Occidentaux.
Réagissant aux propositions russes, la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a affirmé qu’il n’y aurait «pas de discussions sur la sécurité européenne sans nos alliés et partenaires européens». Les Etats-Unis sont «prêts à discuter» de ces documents même s’ils comprennent «certaines choses que les Russes savent inacceptables», a déclaré à la presse un haut responsable américain. Mme Psaki a écarté tout «compromis» sur «le fait que tous les pays ont le droit de décider de leur propre avenir et de leur politique étrangère sans être soumis à une influence extérieure». Un haut responsable américain ayant requis l’anonymat a toutefois indiqué que les Etats-Unis présenteraient «la semaine prochaine une proposition plus concrète» sur le format des discussions, après avoir consulté leurs alliés européens. «Nous réfléchissons à la façon de faire ça de façon à ce que les pays concernés soient à la table des négociations», a-t-il expliqué.
Un élargissement à d’ex-pays soviétiques est une ligne rouge pour la Russie, or l’Ukraine et la Géorgie sont candidates à une entrée dans l’Otan. L’expert russe Konstantin Kalatchev, interrogé par l’AFP, a estimé que, pour la Russie, il est important de montrer que la menace ne vient pas d’elle et qu’elle n’a pas l’intention d’attaquer l’Ukraine ou de commencer une guerre avec les Etats-Unis», a-t-il ajouté. Les Occidentaux ont refusé de fermer la porte de l’Otan à l’Ukraine et à la Géorgie, mais ils ont également de facto gelé le processus d’adhésion. Washington, l’Otan et l’Union européenne accusent Moscou d’avoir massé des dizaines de milliers de militaires aux frontières de l’Ukraine ces dernières semaines en vue d’une éventuelle invasion et menacent la Russie de sanctions sans précédent. Le Kremlin rejette ces accusations et se dit menacé par l’Otan qui arme Kiev et accroît sa présence militaire dans la région de la mer Noire.