L’onde de choc de l’épidémie de choléra n’a pas touché, outre mesure, Tlemcen dont l’origine étymologique amazighe signifie «fontaine à deux sources» («thala m’sen» en berbère), et qui recèle plus de 100 sources, à l’exemple de Aïn Bendou, Aïn Sefra, Zouinet,Aïn Fezza, Sidi Abdelli, Sidi Boushaq, Aïn Wazouta, Aïn el Hout, Aïn el Mouhadjir, Sakiet Ennasrani, Aïn Sidi Afif…

«La légende de l’eau à Tlemcen», racontée par Foudil Benabadji, écrivain, ex-vice-président de l’association les «Amis de Tlemcen», illustre bien cette étymologie hydrique. «Jadis, il y avait dans chaque maison une «matmoura» (fosse septique), et les seuls déchets qui existaient c’étaient les excréments, donc biodégradables. Aujourd’hui, avec l’avènement des réseaux d’assainissement et d’AEP, le phénomène de la cross connexion et la pollution par les eaux usées, parfois toxiques, l’environnement urbain s’est dégradé et la santé publique avec», nous expliquera Hadj Abdelkrim, un ancien observateur hydrométrique à la retraite. Lors de notre tournée, la semaine dernière, à Chetouane, à l’effet de tâter le pouls à ce sujet, nous avons constaté que les citoyens puisaient sans inquiétude de l’eau de la source de Zouinet, voisine du CEM Imam Malek Ibn Anas.
«Je fréquente cette source depuis 1958, je me souviens que les mariages étaient organisés dans ce coin de paradis car, à l’époque, le marié ne sortait pas d’un café», nous dira Cheikh Miloud, un enseignant à la retraite. Selon une source de l’APC de Chetouane, l’eau de cette source ne serait pas potable d’après les prélèvements effectués par les services du bureau d’hygiène communal. Une plaque signalétique interdisant la consommation de cette eau a disparu des lieux, mais n’a pas été réinstallée. Dans ce sillage, une réunion se tenait avec le BCH (domicilié à Aïn El Hout) au siège de l’APC de Chetouane. A noter que ce site hydrique tient par ailleurs lieu de station de lavage sauvage : des citoyens inciviques viennent y laver leur voiture, voire réparer leurs véhicules.
Sans que les services de la PUPE réagissent, ni sévissent. Alors que le périmètre de la source était vierge, des habitations «sujettes à caution» naissent comme des champignons sur ce site naturel qui, faut-il le souligner, attire beaucoup de monde lors de la saison estivale et durant le mois sacré de Ramadhan.
Quant à la source voisine de Aïn Sefra, elle fut «détournée» au profit d’un projet religieux, à savoir la construction d’une mosquée (alimentation des latrines et de la salle aux ablutions).Certains préfèrent puiser l’eau d’une source située au village de Chelaïda dépourvue, dit-on, de calcaire. «Depuis que j’habite ici, je bois toujours l’eau de cette source que mon fils nous ramène avec des bonbonnes», nous apprendra Hadj Khaled, artisan boulanger. A l’inverse de ce dernier, Abdelkader, un ex-directeur de la SNIC de Aïn Temouchent, nous dira acheter «de l’eau minérale et de la meilleure qualité Nestlé». Aïn El Hout (Chetouane) et Sidi Boushaq ne sont pas boudées et connaissent toujours une affluence régulière. Nous avons constaté que la supérette de Chetouane a accusé une rupture de stock en matière d’eau minérale (Ifri, Mansourah, Nestlé) qui serait due, selon le gérant, à une forte demande de la part des «émigrés» en vacances. Les vendeurs de pastèques ambulants ont disparu du parvis de la mosquée Ali Ibn Abou Talib, eux qui pointaient sur les lieux tous les jours, à la faveur des prières du Dohr et El Asr.
Par rapport à la mercuriale au niveau du marché de gros de Abou Tachfine, les fruits et les légumes connaissent une mévente relative en cette période d’août, si l’on croit Fouad, un mandataire qui ne semble guère inquiété par cette «prétendue épidémie de choléra». «Moi, je consomme toujours de la pastèque, je t’invite à diner avec moi. Jadis, les jardins maraichers de Bab Zaouia et Sidi Othmane étaient irrigués avec du «boukhrarab» (eaux usées), et les gens consommaient les fruits et les légumes sans aucun problème», soulignera-t-il. Les agriculteurs et fellahs irriguent leurs champs au moyen des eaux polluées du petit barrage de l’oued Khalfoun, selon des résidents du quartier de Sidi Zouaoui (Ouled Mimoun), qui dénoncent l’arrosage de la pastèque, la pomme de terre, la salade verte, le haricot vert, le piment, l’aubergine, l’oignon et la courgette par des eaux usées et polluées. Par ailleurs, une opération de rénovation du réseau d’AEP datant de l’époque coloniale, est en cours au niveau du centre-ville de Tlemcen, en l’occurrence Bab El Hdid (rue Damerdji) et Blass (rue Cdt Djaber). Les travaux ont été lancés au début de l’année par les services de l’hydraulique. Le Pr Amine Damerdji, agronome, spécialiste des questions de l’eau, évoque l’effet dit syphon au niveau des canalisations lorsqu’il y a coupure d’eau, ce qui provoquerait une contamination au retour de l’alimentation en AEP. Il faut souligner dans ce contexte que, d’après la revue d’épidémiologie et de santé publique (septembre 2016), au total, 411 cas de fièvre typhoïde ont été enregistrés sur 13 ans. La situation épidémiologique (entre 2002 et 2014) de la fièvre typhoïde a montré que la wilaya de Tlemcen a été un foyer endémique il y a une dizaine d’années avec en moyenne 50 cas par an, le pic le plus élevé a été enregistré en 2005 avec 93 cas, mais, grâce à la surveillance épidémiologique et aux mesures de prévention, le nombre de cas a baissé ces cinq dernières années. Une dizaine de cas ont été enregistrés en dehors des épidémies. Concernant les deux dernières épidémies : la première est survenue en septembre 2009 dans la commune de Chetouane avec 45 cas hospitalisés et une prédominance masculine
(87 %), presque la moitié des cas était des enfants âgés de moins de 16 ans, les plus jeunes étaient âgés
5 ans et les plus âgés de 60 ans. la deuxième épidémie, en 2013, a touché la localité de Oued Lakhdar (ex-Chouly) avec 14 cas.
Grande opération de nettoyage dès aujourd’hui
Enfin, il y a lieu de signaler que consécutivement à l’abattage des moutons à l’occasion de l’Aïd El Kebir, une opération de nettoiement de grande envergure sera lancée ce samedi (1er septembre) à travers le territoire de la wilaya de Tlemcen. Initiée par les services de la wilaya, cette campagne ciblera les points noirs en matière d’environnement, tels les décharges sauvages, les dépotoirs, notamment ceux qui se trouvent près des points d’eau (rivière, source) ou des barrages. Cette opération verra la mobilisation des agents communaux aux côtés des membres de la société civile, en l’occurrence les associations dédiées à la protection de l’environnement. On ignore si les éléments de l’ANP seront mis à contribution dans ce cadre (les détenus feraient, quant à eux, «œuvre utile» au titre des travaux d’utilité publique). En marge du sermon de la prière du vendredi, hier, l’imam de la mosquée Ali Ibnou Abi Talib de Chetouane a répercuté un avis à la population émanant de l’APC de Chetouane invitant les citoyens à ne pas boire l’eau des sources ainsi que des fontaines, et interdisant formellement toute irrigation aux eaux usées, pour la protection de la santé du citoyen, appelant dans ce sillage à la préservation de l’environnement. A noter que notre rédaction vient d’être, dans ce sillage, destinataire d’une pétition alarmante signée par les habitants du faubourg de Feddane Sbaâ (Tlemcen). <