Par Hamid Bellagha
Si le problème de rareté de certains médicaments est un air entonné depuis des années, force est de reconnaitre que l’index n’est pas pointé cette fois sur le ou les ministères chargés de l’importation ou de la production. Et si on commence à «s’habituer» à la rupture de plusieurs traitements anticancéreux, on l’est moins concernant des produits «banals» comme le Paracétamol et les anticoagulants comme l’énoxaparine.
Et là, quoi qu’en pense ou dise l’association des distributeurs de médicaments, le problème réside bien à leur niveau, chez certains grossistes, qui font de la vente concomitante comme au mauvais bon vieux temps où l’on vous refilait une pioche avec un bidon d’huile au Souk El Fellah du coin.
En ces temps de pandémie, les millions d’Algériens qui se sont investis médecins stockent à qui mieux-mieux pour avoir toutes les armes en mains dès les premiers toussotements ou frissons. Et le paracétamol qui était un produit imposé avec d’autres médicaments devient le grand absent des étals de pharmacie, tout comme l’Aprovasc, un hypotenseur, tous deux issus des chaînes de fabrication de Sanofi Algérie. «Et pourtant elle tourne» à plein régime la chaîne de production de la firme française …
Frater-Razes, un laboratoire algérien, comme son nom ne l’indique pas, produit son anticoagulant à 4 millions de seringues par jour. Pourtant, aussi, tous les produits cités manquent cruellement chez les pharmacies, et la «thésaurisation» médicale des malades n’explique pas tout. Par contre, les enquêtes du ministère de Benbahmed et les sanctions qui ont suivi contre plusieurs distributeurs de médicaments ces jours-ci déroule la théorie de la rétention et la vente concomitante de l’huile, pardon des médicaments.
Le lapsus avec l’huile n’avait rien de fortuit tant le métier de distributeur de médicament a été dévalorisé et «baggarisé» par de nouveaux riches à l’affût de créneaux porteurs. Il suffit de louer un diplôme de pharmacien, un local, des fourgons ne répondant à aucune norme, et l’entrée du marché des médicaments est grande ouverte. Puis, c’est la culture de la rupture, un terme affectionné par les indus grossistes en médicaments, qui rentre en jeu et devient la formule gagnante à tous les coups, et qu’importe si des milliers de malades meurent faute de traitement.
Maintenant que le mal est identifié, il s’agit d’appliquer la loi sévèrement sur ces d’abord affameurs du peuple qui se sont transformés, ensuite, en ses fossoyeurs.