Les dernières pénuries de médicaments au niveau des officines du pays ont mis à nu des incohérences dans le circuit production, importation et distribution. Face à ce constat, le ministre de l’Industrie pharmaceutique Abderrahmane Lotfi Djamel Benbahmed compte mettre en place une nouvelle structuration.

Par Bouzid Chalabi
A travers cette nouvelle structuration, «le but est de ne plus se retrouver avec des ruptures de médicaments au niveau des pharmacies», a annoncé le ministre lors de son allocution à l’occasion de l’ouverture de la 16e édition du Salon international de la pharmacie en Algérie (Siphal 2022) qui se tient du 23 au 26 février au Palais des expositions des Pins-Maritimes (Safex Alger).
Dans le sillage de cette restructuration, le ministre a indiqué qu’un observatoire national de vigilance et de mise à disposition des produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques sans aucune rupture sera installé incessamment. «Cet observatoire aura pour mission principale d’éviter de se retrouver dans une situation de rupture ou de tension de médicaments», a-t-il souligné. «Pour être efficace, l’observatoire disposera d’une plateforme numérique qui lui permettra d’avoir accès à tout moment et rapidement sur les volumes de médicaments produits localement ou importés ainsi que leur niveau de distribution en temps réel», a-t-il ajouté. Concernant les importations de médicaments, M. Benbahmed a révélé que les bases d’organisation élaborées «vont permettre de réduire les volumes d’importation et surtout de n’importer que les médicaments qui ne sont pas produits localement et ceux dont l’offre nationale reste insuffisante par rapport aux besoins du pays. Dans ce même sillage, cela permet de barrer la route aux pratiques de surfacturation.» Poursuivant, le ministre a affirmé qu’«il s’agira à travers la nouvelle organisation de renforcer les capacités de l’outil de production nationale avec pour but d’atteindre les 70% en besoins du pays. C’est là une priorité que s’est fixé le gouvernement.» Toujours à propos de la production nationale, il a fait savoir qu’«en 2021, c’est un total de 1 333 médicaments qui ont été autorisés à être produits par les acteurs de l’industrie pharmaceutique et 337 autres ont reçu le feu vert d’importation de la commission chargée du programme d’importation». Plus en aval, c’est-à-dire dans le segment de la distribution, le conférencier a informé qu’une lutte sera menée contre «les pratiques illégales, notamment la vente par concomitance, qui sont à l’origine de la disparité dans la mise à la disposition des médicaments aux pharmacies». Avant de conclure, que «son département va s’atteler à mettre en place de nouvelles règles qui puissent nous éviter le scénario récurrent de tension sur les médicaments dits essentiels». A l’adresse des pharmaciens d’officine, le ministre les rassurent qu’ils vont connaître des améliorations dans leur approvisionnement en termes de régularité et de quantité suffisante. Notons que le ministre a déclaré, en marge de sa visite des stands, que la production nationale s’est multipliée par 3 en 2021 mais que des médicaments ont connu des méventes notamment ceux traitant la grippe.
Cela dit, et pour revenir au sujet des ruptures de certains médicaments essentiels au niveau des pharmacies, de nombreux exposants interpellés par Reporters se rejoignent à dire que le long délai de traitement de leur programme d’importation est en partie responsable des cassures dans l’approvisionnement des grossistes et distributeurs. Tandis que d’autres attestent que les responsabilités sont partagées, les particuliers sont aussi responsables en dépassant leurs besoins. Une directrice marketing pense que «les grossistes, les distributeurs et les pharmaciens sont appelés à changer de comportement commercial». En concluant dans ce sens : «On n’achète pas pour constituer des stocks. Tout un chacun devrait se rendre à l’évidence que de tels comportements peuvent donner lieu à des complications chez les personnes atteintes de maladies chroniques», a-t-elle déploré.
Soulignons enfin que le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid s’est également rendu au Siphal 2022 en début d’après-midi et rendu visite à quelques stands où il a dialogué avec des opérateurs du secteur.