En réaction à la «grève blanche», organisée hier par les pharmaciens d’officine sous la bannière du Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo), en ne passant pas de commandes auprès des distributeurs tout au long de la journée de chaque dimanche, l’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (Adpha) a publié hier un communiqué où il est souligné que «le Snapo se trompe de cible en s’attaquant aux distributeurs.»

L’Adpha estime qu’au cours de ces derniers mois, «le Snapo, un des syndicats représentant les pharmaciens d’officine, a mené une campagne de presse sans précédent pour dénoncer le phénomène des ruptures qui existe pourtant depuis plusieurs années et pour désigner les distributeurs comme responsables d’un problème complexe qui trouve fondamentalement sa source dans un certain nombre de faiblesses systémiques qui ne peuvent être surmontées instantanément et nécessitent la mise en place d’outils adéquats»
L’Adpha tient à rappeler que les acteurs de la chaîne du médicament, qu’ils soient distributeurs ou pharmaciens, sont soumis aux mêmes contraintes et aux mêmes règles et visent le même objectif, celui «de fournir un service de qualité aux patients». Enchaînant que «l’un ou l’autre de ces maillons vienne à être affaibli, et ce sont les performances de l’ensemble de la chaîne du médicament qui seront nécessairement amoindries». L’Adpha insiste également pour se dédouaner des accusations faites à l’encontre des distributeurs des médicaments que «les ruptures, c’est bien connu, n’ont pas pour origine une quelconque pratique malsaine des distributeurs, elles tiennent à des problèmes inhérents au mode de régulation». Evoquant les raisons qui perturbent la disponibilité des médicaments, il est souligné que «ces problèmes se sont toujours rapportés aux retards des autorisations de programmes d’importation, aux limites du système d’enregistrement, à la gestion des interdictions d’importation, à l’absence d’un système d’information. Ce sont ces problèmes en amont qui dérèglent la distribution et non l’inverse.»
A ce sujet le président de l’Adpha, Dr Abderrahmane Benberou, nous déclare : «Certes, il y a des tensions sur certains médicaments, mais cela touche au plus une vingtaine de médicaments et la situation n’est pas aussi alarmante que veut le faire croire le Snapo.» Tout en contestant le chiffre de 335 médicaments en rupture de stocks, le président de l’Adpha estime que bien au contraire «la situation s’est améliorée ces dernières semaines et plusieurs médicaments sont aujourd’hui disponibles»
Il tient à rappeler, tel qu’il est souligné dans le communiqué, que «tout responsable au niveau de la filière pharmaceutique nationale devrait garder à l’esprit la période exceptionnellement perturbée que traverse l’Algérie, autant du fait de la crise économique sévère qui a considérablement réduit les capacités financières de notre pays, que du contexte pandémique dont les turbulences affectent toute la chaîne mondiale de l’approvisionnement et du transport de nos matières premières et autres intrants pharmaceutiques».
Estimant que dans «un tel contexte, où même des pays développés doivent faire face à des ruptures inédites, il n’est pas surprenant que des perturbations apparaissent dans notre pays». Le président de l’Adpha met également en exergue les efforts qui ont été fournis par le ministère de l’Industrie pharmaceutique pour trouver des solutions pérennes à cette situation notamment en encourageant la production nationale et en créant un observatoire pour le suivi de l’état de la disponibilité des médicaments afin de trouver rapidement des solutions pour pallier ces manques sur le marché national.
A ce sujet, il est souligné, dans le communiqué de l’Adpha, que «le nouveau ministère de l’Industrie pharmaceutique commence tout juste à mettre en œuvre un programme d’actions plutôt ambitieux». Estimant que cette réorganisation en profondeur est «engagée» et qu’il «semble raisonnable de faire preuve de patience et de compréhension pour un phénomène persistant depuis plusieurs années et ainsi pouvoir apprécier dans la durée, ce qui en résulte concrètement sur le terrain».
Les rédacteurs du communiqué estiment, dès lors, que dans un tel contexte, «les acteurs principaux du secteur, à l’image du Snapo, devraient s’en tenir à un minimum de réserve et ne pas amplifier ou susciter des inquiétudes qui s’expriment au niveau de la population». Le président de l’Adpha souligne dans ce sillage que des solutions plus apaisantes peuvent être trouvées pour résoudre la problématique de la rupture de médicaments, estimant en écho de ce qui écrit dans le communiqué que «le moment actuel est vraiment mal choisi pour jeter de l’huile sur le feu, sachant le poids et l’ampleur de la crise sanitaire à laquelle l’Algérie doit faire face».
Par ailleurs, s’adressant directement au Snapo, quant au fait de dénoncer les ventes concomitantes et autres pratiques commerciales illicites pratiquées par certains distributeurs «peu scrupuleux», l’Association des distributeurs pharmaceutiques déclare que «si l’intention est de mettre fin à des pratiques condamnées par la loi, il devrait inciter ses membres à aller au bout de leur démarche, en déposant des plaintes en bonne et due forme et à traduire en justice les distributeurs concernés, à titre individuel, au lieu de s’en prendre de manière indiscriminée à toute une corporation». S’insurgeant qu’«accuser toute une corporation est bien sûr profondément absurde, mais cela présente l’avantage de faire du buzz médiatique facile et de conférer une dimension politique à un problème de santé publique».
En conclusion de son communiqué, l’Adpha estime que le plus important dans le contexte actuel est de trouver un terrain de dialogue serein pour trouver des solutions efficaces, affirmant qu’«en ces moments difficiles, il faut faire prévaloir le dialogue et la recherche de solutions constructives, impliquant producteurs, distributeurs et pharmaciens d’officine en concertation étroite avec les autorités publiques compétentes».