Dans un contexte marqué par une pénurie de médicaments, dont le manque de disponibilités des anticoagulants, des traitements des cancéreux ainsi que d’autres catégories, dont les plus basiques comme le paracétamol ou la vitamine C, le directeur de l’Agence nationale du médicament (ANM), Kamel Masouri, a annoncé, mercredi dernier, la mise en place d’un Observatoire au mois de janvier prochain au niveau du ministère de l’Industrie pharmaceutique, avec pour objectif un meilleure visibilité du marché du médicament afin d’identifier les besoins.
Le directeur de l’Agence a affirmé à la chaine 3 de la radio nationale qu’«actuellement des réunions se font de façon régulière entre les opérateurs, à savoir les fabricants, les distributeurs et les pharmaciens au siège du ministère pour installer l’Observatoire».
Il lance à cet effet, un appel aux différents syndicats et représentants de producteurs qui ont déclaré dans les médias qu’ils avaient été exclus de l’élaboration de la stratégie de la tutelle pour la disponibilité du médicament, de désigner des délégués pour qu’ils puissent participer à ces réunions et pour «nous parler des problèmes de médicament», souligne Kamel Mansouri.
Il ajoute que «pour la première fois l’exercice de la centrale se fait en collaboration étroite avec les opérateurs du secteur, qu’ils soient fabricants, producteurs, importateurs, distributeurs ou pharmaciens d’officine». Dès lors, dans une démarche collégiale, en associant les différents intervenants dans le secteur du médicament, l’objectif est d’arriver à plus de transparence et à une réelle régulation du marché qui permettrait ainsi au fil des mois l’amélioration de la disponibilité des médicaments.
Afin d’atteindre cet objectif, Kamel Mansouri souligne que cette «transparence passe obligatoirement par la plateforme numérisée avec la déclaration des stocks et de leur distribution».
Ainsi, dès la mise en place de l’observatoire au mois de janvier prochain, la seconde étape consistera en la mise en place «d’une plateforme numérique qui va nous permettre d’informatiser les données à l’échelle nationale. C’est de cette manière qu’on pourra identifier les insuffisances et intervenir afin de régulariser le marché», souligne le directeur de l’Agence.
Plateforme numérique globale pour plus de transparence
Il insiste ainsi sur l’importance de la création de cet observatoire en affirmant le manque de visibilité sur le marché du médicament à cause du manque d’informations qui ne parviennent pas à la centrale. Dès lors, «l’informatisation et la transparence nous permettront d’avoir une idée globale sur l’existant sur le marché et d’éviter également les périmés». Il signale ainsi l’autre problématique des stocks de médicaments périmés confiant qu’«il y a beaucoup de périmés à cause de cette gestion qui date de plus de 40 ans et qui montre des insuffisances. C’est là où on doit optimiser afin d’éviter les ruptures et les périmés».
Rappelons que ces dernières semaines ont été marquées par différentes déclarations des syndicats d’officine et des syndicats des producteurs et du ministre de l’Industrie pharmaceutique qui s’accusent mutuellement de l’aggravation de la situation de pénurie de médicaments exacerbée par une crise mondiale de tension de médicaments impactée par la pandémie de la Covid-19, où finalement ce sont les malades qui payent le prix fort.

Par ailleurs, concernant le nombre exact des médicaments manquants, dont le Snapo annonce 300, et que l’Association nationale des distributeurs pharmaceutiques algériens (ADPHA) qualifie ««d’exagéré», finalement Kamel Mansouri tranche en affirmant qu’il s’agit de moins d’une centaine de médicaments. A ce sujet, il affirme qu’au niveau de l’Agence du médicament, suite aux signalements de quelques produits en rupture, il y a eu une prise en charge en priorité de ces doléances d’où une amélioration nette de la situation dès la fin du mois de novembre dernier.

Plus de 300 médicaments en attente d’enregistrement
Il reconnaît toutefois, tel que l’avait signalé le Snapo, que la pénurie de certains médicaments s’explique aussi par le retard dans l’enregistrement de certains médicaments et des contrats d’importations suite au transfert de cette mission du ministère de la Santé vers l’Agence nationale du médicament. Kamel Mansouri confie «certes cela a retardé la prise en charge de l’enregistrement des médicaments, mais il y avait déjà un passif de trois ans à rattraper. L’agence est en train de prendre en charge tout le passif et actuellement il y a plus de 340 médicaments à libérer».
Il ajoute toutefois que certains programmes d’importation ont été signés, mais n’ont pas été exécutés, affirmant qu’«il y a aussi des opérateurs qui font de la spéculation et qu’il faudrait rompre avec ces pratiques».
Kamel Mansouri annonce ainsi, dans les prochains jours, la mise en place des comités économiques pour la régulation des prix des médicaments ainsi que des commissions d’experts cliniciens pour la validation de l’efficacité des médicaments dès la publication des arrêtés réglementaire prévue dans une quinzaine de jours.
Il assure que le comité économique sera chargé de fixer un prix qui aura la délicate tâche d’assurer les équilibres financiers tout en tenant compte de l’accessibilité du citoyen aux médicaments. Quant au comité d’experts cliniciens, ils ont pour mission la mise en place d’une liste de médicaments essentiels à forte valeur thérapeutique.
Afin d’assurer la disponibilité des médicaments, des encouragements et soutiens seront accordés en priorité à la production nationale, dont le tissu industriel est constitué d’une centaine d’unités qui sont en place, produisant déjà 50% des besoins du marché du médicament et qu‘il suffit juste d’«orienter sur les médicaments qui sont nécessaires», précise Kamel Mansouri.
Par ailleurs, concernant le sujet du vaccin anti-Covid, qui occupe le devant de l’actualité, actuellement, le directeur de l’agence de médicament indique que la nouveauté avec ce vaccin est que la plupart des opérateurs internationaux souhaitent que la fabrication se fasse au niveau du pays où le vaccin sera distribué, notamment à cause des conditions de stockage et de conditionnement.
Kamel Mansouri assure que l’Algérie a les capacités de le faire «parce que certains producteurs locaux produisent déjà des bio-médicaments».
Quant à la disponibilité des tests de diagnostic de la contamination à la Covid-19, dont les tests PCR, qui avait fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines, il rassure que l’«Algérie a solutionné le problème et qu’il existe un stock suffisants de tests pour les six prochains mois.