L’Association de protection et orientation du consommateur et son environnement (Apoce) n’a reçu aucune plainte révélant une augmentation anarchique du tarif du ticket du transport privé en commun. Son président Mustapha Zebdi est formel, «ce ne sont que des rumeurs infondées». Ce dernier, contacté par Reporters, signale qu’«aucun transporteur ne peut décider de procéder à l’augmentation des tarifs de transport. Et quand bien même il serait tenté, il ne peut passer à l’acte car les voyageurs auront vite fait de lui demander un document officiel indiquant que la hausse des tarifs est en vigueur. Ce qui n’est pas du tout le cas.» Du côté des rares transporteurs de voyageurs qui ont repris du service hier, rencontrés lors de notre passage dans différents arrêts, «l’idée de prendre l’initiative d’augmenter les tarifs de prestation relève plus de l’insensé eu égard aux risques qu’ils peuvent encourir, dont la mise en fourrière de leur bus», nous avouent-ils à l’unanimité. Concernant leur faible reprise, là encore, nos vis-à-vis sont catégoriques qu’il est impossible de reprendre dans les conditions fixées par les pouvoirs publics. «J’ai fait un test le premier jour, mercredi, avec un voyage Réghaïa-El Hamiz, la recette était de 175 dinars», indique Karim, chauffeur de bus. «Cela ne suffit même pas à couvrir les frais du carburant», poursuit-il, non sans rappeler les risques d’une forte amende en cas de petit «écart» avec les mesures décidées par le gouvernement.
En leur apprenant qu’une rencontre est prévue, au courant de la semaine, entre les représentants des transporteurs et la tutelle, où une solution qui arrange les deux parties sera sûrement trouvée, nos locuteurs avancent : «Il y a fort à parier qu’elle ne réglera pas le fond du problème, celui du manque à gagner.» Cela dit, du côté des usagers rencontrés dans certaines stations de bus, on est impatient pour un retour à la normale du transport en commun. Mais ce qui est étonnant, c’est d’apprendre que des personnes se disent prêtes à payer plus cher leur ticket de voyage, «pour peu que cela nous permet de nous déplacer» lâchent-ils. Et d’insister : «On nous demande de reprendre le travail alors que le transport en commun n’est pas totalement assuré. Que faut-il faire, rejoindre nos postes de travail à n’importe quel prix ou bien ne pas se plier à cette directive ?», s’interrogent de nombreux usagers du transport en commun de la capitale.
En somme, la situation des transports est toujours aussi confuse dans le Grand-Alger une semaine après l’autorisation de circuler à nouveau. Ainsi le tableau est facile à décrire. Bus privés et taxis refusent toujours de reprendre leurs activités, et les bus de l’Etusa fonctionnent au ralenti avec un nombre très réduit de passagers. Reste le tramway qui, dès sa reprise mercredi dernier, a connu des records d’usagers au point de devenir un véritable «souk ambulant», commentent-on sur les réseaux sociaux. Un rush avec comme conséquence une grande inobservation des gestes barrières. Et pourtant, la société qui gère ce moyen moderne de transport de masse s’était efforcée à mettre tout en place, entre autres des balises de distanciation physique. Mais toujours est-il que les scènes de cohues qui ont tourné sur la toile étaient prévisibles dès lors où le tramway a pris en charge, dès sa reprise, une grande partie des habitués des transports publics. Et donc face à ce grand nombre d’usagers, la Cetram a jugé utile d’arrêter les rames et de ne reprendre qu’une fois d’autres mesures mises en place qui puissent permettre le strict respect des règles sanitaires.<