L’une des conséquences de cette frénésie de consommation est la pénurie de semoule et de farine enregistrée, actuellement, dans les espaces commerciaux de détail.
La ruée des Algériens sur les produits de large consommation a laissé des traces. Contacté par Reporters sur cette frénésie, Boulenouar El Hadj Tahar, président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), livre des détails sur cette fièvre qui a atteint un pic en quelques jours. «Une augmentation importante de la consommation a été enregistrée, il y a dix jours. La demande sur les produits de large consommation a augmenté de 40 à 50% en deux à trois jours. La semoule, spécialement le stock de sacs de 10-15 kilogrammes, a été consommée en deux jours. C’est normal, il y avait la panique suite aux mesures prises pour lutter contre coronavirus. Cette peur a fait que les ménages ont constitué des stocks de produits de large consommation de un à deux mois. Pour reconstituer ces stocks, cela demande une semaine à dix jours. En ce sens, l’OAIC a augmenté les quantités de blé distribuées aux minotiers.» Autres détails de cette boulimie, certains ont acheté jusqu’à 10 sacs de semoule de 25 ou 50 kilogrammes, d’autres 4 bidons d’huile de cinq litres», ajoute-t-il. Il note que ces premiers produits sont périssables et ne seront plus consommables en été. Ce qui risque de constituer une perte pour les consommateurs.
Cette situation est donc à l’origine de la pénurie de semoule et de farine enregistrée sur les espaces commerciaux de détail. Mais il convient de signaler qu’elle a été exacerbée par la fermeture par plusieurs grossistes de leurs locaux. Une conséquence de l’opération coup-de-poing menée par le agents de sécurité contre les pratiques spéculatives qui ont mené à la saisie de marchandises et la mise sous scellés de leurs locaux dans plusieurs localités du pays, a indiqué Mustapha Zebdi, président de l’Apoce, à l’APS. Lors d’une rencontre avec le ministre du Commerce, dimanche dernier, avec les représentants des grossistes qui ont posé ce problème, le premier responsable du secteur leur a proposé de déclarer leurs stocks aux directions de commerce afin de séparer le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire le grossiste honnête et le spéculateur. Il a été affirmé au cours de cette réunion qu’une bonne partie des grossistes pratiquent la vente sans factures, ce qui constitue une grave infraction aux règles du commerce. Ces perturbations révèlent l’anarchie qui persiste dans le système de distribution des produits de large consommation.
Perturbations persistantes dans la distribution du lait
Ces perturbations ont touché et touchent la distribution du lait pasteurisé, reconnaît le président de l’ANCA. «La capacité de distribution nationale est de 6 millions de sachets de lait par jour. Aujourd’hui, certaines communes du pays sont bien approvisionnées par rapport à d’autres. Il suffit que chaque famille se contente d’un sachet de lait par jour, pour que ce problème soit réglé, du moins en grande partie. Quand on a proposé de ne vendre que deux sachets par jour maximum par client, de nombreux consommateurs ont refusé, affirmant qu’ils sont libres d’acheter les quantités qu’ils veulent», indique le premier responsable de l’ANCA. Quant aux prix des produits de large consommation, ils n’ont pas connu d’augmentation pour la plupart. «Ce sont les mêmes prix qu’avant le Coronavirus», a-t-il affirmé. Cependant, pour la semoule, certains commerçants ont augmenté de 200 à 400 dinars par sac de semoule, notamment de 10, 25 ou 50 kilogrammes, a t-il ajouté. Pour la pomme de terre, les prix se sont stabilisés aujourd’hui à 50/60 dinars le kilogramme dans la région centre, contre 80 à 100 dinars lors de la flambée récente de ce produit parmi les plus prisés par la population. Il ajoute que les grands gagnants durant la période Coronavirus sont les transporteurs de marchandises qui ont augmenté leurs tarifs.
Le président de l’ANCA rappelle, en outre, que les produits de large consommation sont disponibles. «Les stocks constitués de produits de large consommation permettent de couvrir la demande jusqu’à fin 2020», a-t-il rassuré. Les stocks de concentré de tomate peuvent satisfaire les besoins jusqu’à février 2021. «L’offre de fruits et légumes est largement suffisante. Les agriculteurs se sont préparés à couvrir la demande en hausse pendant le Ramadhan», a-t-il ajouté.
En définitive, cette crise a démontré la capacité de l’industrie agroalimentaire à couvrir le marché à quelques exceptions. Faut-il pour autant interdire l’importation de produits agro-alimentaires largement couverts par la production nationale ? Selon le président de l’ANCA, ce n’est pas la meilleure solution. «Fortement taxés, les produits importés pour protéger la production est une solution. Mais la meilleure solution pour que le produit local soit concurrentiel repose sur trois conditions : qu’il soit disponible en quantité, qu’il soit de qualité et qu’il soit abordable question prix pour les ménages», a-t-il argué.<