Depuis hier, jour de première rencontre post-Brexit à Bruxelles entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, les deux parties dans la bataille des négociations économiques et commerciales qui devront encadrer leur relation future. Les deux parties doivent se mettre d’accord sur la nouvelle architecture de cette relation, en particulier commerciale, noyau dur des discussions. Il s’agira entre autres d’aplanir le dossier stratégique de la pêche. Ce secteur constitue un sujet sensible des négociations entre Londres et Bruxelles afin de définir leurs futures relations commerciales, le gouvernement britannique souhaitant mettre fin à l’accès « automatique » des navires européens à ses eaux territoriales.
« L’accès à nos marchés sera proportionnel à l’engagement pris par les Britanniques à respecter un certain nombre de règles », a indiqué hier le négociateur européen Michel Barnier, en soulignant qu’il n’y aurait pas d’accord de commerce s’il n’y a pas d’accord sur la pêche. Une déclaration destinée au Premier ministre Boris Johnson qui doit affirmer le droit de son pays à s’affranchir des règles de l’UE, selon des extraits de son discours, hier, sur sa vision du Royaume-Uni, après le divorce. « Il n’y a pas besoin d’un accord de libre-échange qui implique d’accepter les règles de l’UE en termes de concurrence, de subventions, de protection sociale, d’environnement ou autres », a-t-il déclaré
Les négociations devront se tenir à un rythme soutenu puisque Boris Johnson refuse de prolonger la période de transition, pendant laquelle les Britanniques continueront d’appliquer les règles européennes. Or, c’est pendant cette période, qui s’achève le 31 décembre prochain, que doivent se tenir les pourparlers. La pêche, sur laquelle les deux parties ont promis de s’entendre avant le 1er juillet, sera l’un des sujets ultra-sensibles de la négociation.
Les pêcheurs de plusieurs Etats membres, comme la France et le Danemark, sont dépendants des eaux britanniques. Ces dernières représentent 30% du chiffre d’affaires des pêcheurs français. De son côté, Boris Johnson a souligné que « reprendre le contrôle » de ces eaux poissonneuses était de première importance et promis « une nouvelle politique de pêche nationale » .
La pêche pourrait constituer une monnaie d’échange dans ces discussions, par exemple pour l’accès au continent des services financiers britanniques, cruciaux pour la City de Londres. La France sera « extrêmement vigilante » sur cette question, a prévenu Paris. Un premier bilan sera dressé fin juin, ce qui devrait permettre d’évaluer le risque d’un « no deal », un spectre qui va continuer à planer, avec ses conséquences désastreuses, sur les discussions.
Pour rappel, l’accès des navires de pêche français aux eaux de l’île anglo-normande de Guernesey est temporairement suspendu en raison de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne mais ils vont pouvoir continuer à y pêcher au moins jusqu’à la fin de l’année sur la base d’autorisations individuelles
Le Brexit, acté dans la nuit de vendredi à samedi, s’est aussi traduit par l’expiration de la Convention de Londres sur la pêche, qui régit depuis 1964 les droits de pêche dans les eaux côtières (6 à 12 milles nautiques) des Etats membres de l’UE signataires. Dans un communiqué envoyé samedi à Reuters, le ministère de l’Agriculture français dit s’être entendu avec les autorités de Guernesey sur le fait que les pêcheurs français pourront conserver l’accès aux eaux côtières de l’île pendant la période de transition qui doit s’achever le 31 décembre 2020, si elle n’est pas prolongée.