Par Martine PAUWELS
«Je veux juste les préserver». Malgré le coronavirus, les établissements scolaires restent ouverts au Royaume-Uni, mais des parents inquiets optent en faveur de l’école buissonnière pour leurs enfants. Le Premier ministre Boris Johnson a demandé lundi à la population d’éviter tous les contacts et les déplacements «non essentiels» pour tenter d’endiguer la pandémie, qui a fait 55 morts et contaminé 1.543 personnes dans son pays, même si les autorités considèrent «raisonnable» d’évaluer le nombre des cas à 55.000. Toutefois, contrairement à certains pays voisins comme la France, les écoles restent ouvertes, le gouvernement estimant que leur fermeture aurait en l’état un impact limité sur la progression de la maladie mais des conséquences lourdes. Seules quelques-unes, où des cas de Covid-19 ont été signalés, ont fermé. Margot, une Britannique dont les deux filles de six et 10 ans fréquentent une école privée dans le Hampshire (sud), est «inquiète» après un cas suspect dans l’établissement. Elle a préféré les garder à la maison. «Je veux juste les préserver et préserver les gens autour de moi», explique-t-elle à l’AFP. «S’ils faisaient des tests, peut-être que les écoles auraient fermé», ajoute-t-elle à propos de l’approche britannique consistant à ne pas tester systématiquement tous les malades. Dans le nord-ouest de Londres, Olivier, 37 ans, dit ne pas comprendre «le raisonnement» du gouvernement «alors que l’ensemble des experts et des médecins martèlent qu’il faut rester chez soi». Du coup, la fille de cinq ans de ce commercial français, qui habite de longue date dans la capitale britannique, ne va plus à son école anglaise, tandis que l’établissement français de son fils a fermé à l’instar des écoles en France.

«Je ne crois pas avoir cédé à la panique, j’espère juste être le plus responsable possible», commente-t-il. A ses yeux, «la dimension économique prend le pas».
«Hors de contrôle»
Ces parents ne sont pas des cas isolés. Selon un directeur d’école londonien, qui ne veut pas être nommé, la présence était d’«environ 90%» lundi et de «moins de 70%» le lendemain. «Le problème est qu’on ignore qui l’a. Certaines familles s’isolent, mais personne n’est testé». Une pétition appelant le gouvernement à fermer les écoles «dès que possible» a recueilli près de 645.000 signatures sur internet, bien au-dessus du seuil de 100.000 nécessaire pour convoquer un débat au Parlement. Et sur Twitter, le hashtag îCloseTheSchoolsNow («Fermez les écoles maintenant») est populaire. Mais le gouvernement pense qu’il vaut «bien mieux» les garder ouvertes et décider de leur fermeture «au moment opportun», les enfants étant moins touchés et face à l’impossibilité de les garder confinés sur une longue période. Selon le quotidien The Guardian, une étude examinée par le gouvernement évalue à 3% du PIB britannique le coût d’une fermeture des écoles pendant quatre semaines. Dans une lettre ouverte, le syndicat d’enseignants National Education Union (NEU) a demandé à Boris Johnson de clarifier sa stratégie et fait part de l’inquiétude de ses membres, qui s’interrogent sur le fait de savoir pourquoi le Royaume-Uni ne suit pas l’exemple des pays voisins. Pour un autre syndicat, le NASUWT, la position officielle «crée le chaos et la confusion». Une ambiguïté que regrette Candice Edery, une attachée de presse qui garde depuis quelques jours ses deux enfants à la maison. «Cette absence n’est pas vraiment autorisée, mais franchement ça m’est égal. Ce n’est pas la peine de prendre des risques». «Cette phase s’est produite en Italie avant – ils ont attendu et maintenant c’est hors de contrôle», déplore Lisa Romano, une Italienne de Londres dont le fils de 12 ans est asthmatique et la fille de huit ans est épileptique.<