Depuis hier 23 H00 GMT (heure de Londres et GMT), le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne. Le pays vit aujourd’hui son premier jour du Brexit et entame un nouveau chapitre de son histoire. Le pays, 66 millions d’habitants et deuxième économie européenne, met ainsi fin à 47 ans d’un mariage houleux avec l’Europe communautaire, trois ans après un référendum voté par 52% des Britanniques.

Pour les deux parties, la séparation ne sera pas abrupte, le Royaume-Uni continuera d’appliquer les règles européennes, sans avoir voix au chapitre, durant une période de transition jusqu’au 31 décembre. Elle marque surtout le début d’une deuxième saison dans la longue saga du Brexit: celles des complexes négociations sur les liens qui uniront Londres et Bruxelles en matière commerciale, de sécurité ou de pêche après la transition. Londres souhaite aboutir en un temps record, avant la fin de l’année, et exclut toute prolongation de la transition au-delà de 2020. Un calendrier jugé très serré à Bruxelles. Le Premier ministre britannique Boris Johnson, qui devrait détailler sa vision la  semaine prochaine, a déjà clairement annoncé qu’il visait un accord de libre-échange du même type que celui signé par l’UE avec le Canada, sans alignement avec les règles communautaires, quitte à accepter des contrôles douaniers, selon la presse. Mais à Bruxelles, on craint les risques d’une concurrence déloyale. «À défaut de conditions équitables dans les domaines de l’environnement, du travail, de la fiscalité et des aides d’État, il ne saurait y avoir de large accès au marché unique », ont prévenu les responsables de l’UE – Commission, Conseil et Parlement européens dans une tribune publiée dans la presse européenne. « On ne peut pas conserver les avantages attachés au statut de membre lorsque l’on n’a plus cette qualité », ont-ils ajouté.    Plus alarmiste, le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a mis en garde contre « la menace existentielle » que constituerait pour l’économie irlandaise un échec à conclure cet accord commercial post-Brexit.    En attendant, le Premier ministre conservateur  Boris Johnson peut savourer comme une victoire la concrétisation du Brexit, après avoir été élu à une large majorité en décembre sur la promesse de le réaliser. Il a réussi là où la précédente locataire de Downing Street, Theresa May, s’était cassé les dents:   il a fait adopter sans encombre son accord de divorce renégocié à l’automne avec Bruxelles.  Le texte, qui a ensuite été voté dans l’émotion au Parlement européen, règle les modalités du divorce en garantissant notamment les droits des citoyens expatriés et en résolvant le casse-tête de la frontière entre les deux Irlandes.
« C’est le moment d’un vrai renouveau et changement national », a-t-il dit hier dans un discours à la nation diffusé une heure avant le grand saut, tandis qu’une horloge lumineuse projetée sur Downing Street lancera le compte à rebours.    Surtout, le conservateur, qui réunit ses ministres dans la ville pro-Brexit de Sunderland, souhaite « unifier » pour aller « de l’avant », une tâche s’annonçant difficile tant sont profonds les antagonismes au sein de la population. Face à l’alarmisme ambiant, le Premier ministre se targue des signaux économiques positifs enregistrés ces dernières semaines, notamment dans les secteurs de la manufacture et de l’immobilier. Il a également promis de mettre fin à l’austérité et prévoit d’injecter des milliards de livres dans de vastes programmes d’infrastructures. Outre une hausse du salaire minimum de 6,2% au 1er avril pour les plus de 25 ans, le gouvernement a annoncé jeudi un relèvement du seuil de contribution à la sécurité sociale, une promesse de campagne en direction des bas revenus. Des mesures de nature à stimuler la consommation et donc la croissance.