Par Rouchdi BERRAHMA
Comme beaucoup d’autres amateurs de polars, je suis un grand fan des enquêtes criminelles. La plupart de mon expérience a été avec des séries se déroulant en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, avec une poignée de Scandinaves et d’Africains également.
En regardant plus à l’Est, j’ai exploré les moiteurs de l’Inde coloniale à travers la belle fiction historique d’Abir Mukherjee ou la traque des tueurs en série chinois dans les romans de Zhao Haohui. Bien qu’il soit boudé et très mal connu dans notre paysage littéraire, le genre policier apparaît bien vivant au pays du Soleil-Levant, où des auteurs tels que Kanae Minato, Yuko Yuzuki et Arimasa Osawa, -dont les romans sont publiés chez Atelier Akatombo-, continuent de publier de beaux exemples du genre. Parmi les auteurs, qui combinent influences occidentales avec des contextes spécifiquement japonais, se trouve Tetsuya Honda. Son roman à succès «Rouge est la nuit», qui est à la fois une procédure policière classique et une création très originale, a été transformé récemment, au Japon, en série télévisée et en film. «Rouge est la nuit» est le premier volume d’une série policière mettant en vedette Reiko Himekawa et son équipe masculine. La série, qui a connu un important succès au pays du Soleil-Levant avec près de 5 millions d’exemplaires vendus, a été adaptée à la télévision en 2010 et au cinéma en 2013. La lieutenante Reiko Himekawa est une jeune chef d’équipe de la division des homicides du département de la police métropolitaine de Tokyo. Jeune femme dans un monde d’hommes, Reiko a affronté tous les obstacles dans sa carrière au sein de la police, mais c’est sa détermination et son éthique de travail qui l’ont propulsée au grade de lieutenant avant l’âge de 30 ans. Reiko est motivée par le souvenir d’un incident survenu dans son adolescence, un incident qui a changé le cours de sa vie et lui a laissé des séquelles sur sa vie personnelle et professionnelle. Mais tout le monde n’apprécie pas cette jeune femme, qui semble se frayer un chemin jusqu’au sommet des rangs de la police, notamment le lieutenant Katsumata. Lorsqu’un corps mutilé soigneusement enveloppé dans une bâche bleue est retrouvé près d’un étang de pêche dans un quartier résidentiel calme, Himekawa et son équipe se voient confier l’affaire. Elle se rend vite compte qu’il y a plus qu’il n’y paraît – il y a les blessures sur le cadavre ; dont certaines sont le résultat de la torture, mais une coupure est plus profonde et a clairement été administrée post-mortem. Reiko identifie la signification de cette coupure, qui la mène à plus de cadavres. Grâce à ce nombre croissant de corps, le département n’a d’autre choix que d’augmenter les ressources. Les deux équipes de Himekawa et Katsumata doivent travailler ensemble, aux côtés de la police de la préfecture voisine de Saitama, où neuf autres cadavres ont été découverts dans les eaux d’un cours d’aviron universitaire. Leur enquête les mène à une sinistre organisation en ligne appelée Strawberry Night. Reiko Himekawa, qui a des raisons personnelles de détester les chaudes soirées d’été, va arpenter la moiteur des quartiers de la nuit tokyoïte sur les traces d’un artiste de la mort. C’est le début d’une chasse à l’homme qui pourrait se retourner contre elle. «Rouge est la nuit» est un thriller policier agréable, ni trop long ni trop court, et un bon aperçu du fonctionnement interne du département de la police métropolitaine de Tokyo, de sa structure hiérarchique aux procédures.
Le roman est également une plongée dans le darkweb et met en lumière la corruption, le sexisme et la perversion qui couvent sous la surface de la culture japonaise. Si vous aimez les livres de procédure policière, ce roman est une excellente lecture. Cependant c’est assez horrible et les références fréquentes à la violence pourraient s’avérer difficiles pour beaucoup de gens. Dans l’ensemble, j’ai bien aimé ce livre et j’en lirai certainement un autre dans cette série.
Né en 1969, Tetsuya Honda a été bassiste de rock, auteur de chansons et journaliste spécialisé dans les sports de combat avant de devenir écrivain en 2002. Il rencontre un succès considérable dès 2006 avec «Rouge est la nuit», premier roman de la saga Reiko Himekawa. En 2020, Atelier Akatombo publie le second opus, «Cruel est le ciel», puis le troisième en 2021 avec «Invisible est la pluie». n

N.B : Il faut quand même dire un mot sur la traduction de Dominique et Frank Sylvain qui est, comme d’habitude, magistrale et fidèle au texte original.