Reporters : Le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune,a annoncéla réactivation du fonds de soutien pour les micro-entreprises et les start-ups. Que représente cette décision pour vous ?
Roslane Bencharif :
Nous avons tellement été habitués aux effets d’annonce et aux promesses non tenues que nous préférons aujourd’hui attendre de voir ce que cela implique et apporte d’un point de vue opérationnel pour pouvoir nous prononcer sur cette question.

Depuis le début de la crise sanitaire, on parle beaucoup de l’inventivité des start-ups et à leur capacité de fournir avec peu de moyens des solutions à l’effort de lutte contre le Covid-19. Quel peut être leur apport réel dans le domaine de la santé ?
Il peut être incommensurable et faire entrer notre système de santé dans une nouvelle ère, notamment en ce qui concernel’accueil des patients, pour laprises des rendez-vous,pour la création de bases de données centralisées des patients qui n’auront plus besoin de trimballer leurs dossiers médicaux d’un service à un autre. Les start-ups peuvent être décisives en ce qui concerne la généralisation de la télémédecine et la consultation à distance et bien plus encore…

Pourquoi on n’y est pas encore ?
Avant d’en arriver là, il y a un certain nombre de pré-requis nécessaires à la stabilisation d’un écosystème numérique algérien famélique, bien que possédant un potentiel extraordinaire et qui peut voir un grand nombre de sociétés émerger, il y a tellement de choses à faire dans ce domaine dansnotre pays. Pour y parvenir, il faut une stratégie à partir des acquis sur le terrain.

En Algérie, quoi qu’on en dise, le réseau internet est encore à l’âge primaire en comparaison avec ce qui existe ailleurs. Quel est votre commentaire ?
Cela fait indéniablement parti des pré-requis dont je parle plus haut. C’est effectivement un sérieux problème qui ne peut être réglé, tant que nous sommes victimes d’un acteur unique qui fait la pluie et le beau temps. Tant que cet acteur continuera à payer deux à trois fois le nombre d’employés nécessaires en principe à son fonctionnement s’il était orienté vers la performance, il ne pourra pas supporter la concurrence. Si on prend le cas dela téléphonie mobile, avant l’arrivée d’un nouvelacteur en 2001, l’Algérie ne comptait que 150 000 lignes mobiles, qui se vendaient un peu plus de 25 000 DA (ce qui était une fortune à l’époque) et qui atteignaient parfois même 70 000 DA en deuxième main par devant notaire. L’arrivée de concurrents a transformé la société qui est aujourd’hui numéro 2 aussi bien en nombre d’abonnés qu’en chiffres d’affaires qui dépasse le milliard de dollars. La concurrence est bénéfique aussi bien aux sociétés qu’aux clients finaux.

Quelles sont les répercussions du confinement sur votre activité ?
Oui, nous nous efforçons à maintenir le cap malgré une année 2019 difficile économiquement et une 2020 qui s’annonce encore plus difficile. Etant une société de développement d’applicatifs, le confinement n’a aucun effet sur nos méthodes de travail – nous avons adopté le télétravail depuis 2016. Cependant, nos clients ont reporté à plus tard leurs projets, n’ayant pas de visibilité. Notre problématique première comme pour l’ensemble des PME/TPE est liée à la baisse d’activité qu’engendre cette crise et au manque de visibilité sur une fin de la crise.