Plus fort que tout. Même la douleur. Dimanche 5 juin, Rafael Nadal (36 ans) est entré un peu plus dans l’histoire en décrochant un quatorzième sacre à Roland-Garros face à Casper Ruud (6-3, 6-3, 6-0). Son 22e Grand Chelem. Le tout, malgré un pied douloureux causé par son syndrome Muller-Weiss qui l’affecte depuis 2005. Et ça, personne ne pourra lui enlever.
Conscient d’aller à l’encontre de ce que son corps lui dit, l’extraterrestre espagnol veut se « soigner » avant d’envisager la suite de sa carrière. On fait le point en quatre questions sur le suivi médical de l’Espagnol.

Ces injections sont-elles autorisées ?
La réponse est oui. Sinon, évidemment, Rafael Nadal ne l’aurait jamais évoqué. Sa maladie dégénérative et incurable se caractérise par une déformation d’un des os situés dans la partie centrale du pied, indispensable pour la mobilité. Mais depuis un an et demi, la douleur est de plus en plus intense et l’oblige à être suivie quotidiennement par le médecin de la fédération espagnole, Ángel Ruiz-Cotorro. Ce qui l’a obligé à faire de multiples injections de xylocaïne afin d’anesthésier la douleur. Et elles sont autorisées au tennis puisqu’elles sont « locales et ne se diffusent pas dans le système sanguin », évoquait, dans les colonnes de l’Équipe, le docteur Olivier Rouillon, médecin du Racinq 92. Sans ça, pour sûr, l’Espagnol n’aurait pas pu continuer le tournoi. Il le dit lui-même : « c’était du one-shot. Il est clair que je ne le referai pas. Mais après mon match contre Corentin Moutet (2e tour), je ne pouvais plus marcher en arrivant à l’hôtel. »

Qu’est-ce que son traitement « à radiofréquence » ?
Dès aujourd’hui, l’Espagnol se lance dans un traitement « à radiofréquence pulsée ». Cela consiste à appliquer un courant électrique sur le nerf moteur afin de le soigner. Son objectif est de « créer l’absence de douleur de façon permanente » sans être obligé d’endormir complètement le pied comme ce fut le cas durant la quinzaine. Précision de grande importance, les infiltrations faites pendant Roland-Garros ont permis d’endormir le nerf sensoriel et non le nerf moteur en lien direct avec le système nerveux.

Quels risques prend-il ?
Si son traitement ne fonctionne pas, le Toro de Manacor sera contraint de subir une opération chirurgicale. Cette dernière ne lui permettra plus, sauf miracle, de jouer à très haut niveau. Autre option : le colosse au pied d’argile pourra continuer à jouer sous infiltrations sauf si la réglementation évolue. nadal est plus fort que la douleur.
Mais pour combien de temps ? « Ma carrière n’a jamais été une priorité par rapport à [s] on bonheur. La vie est toujours plus importante qu’un autre titre », confiait, dimanche, le roi de la terre battue sacré à Paris avec un pied anesthésié.

Qu’en disent les autres sportifs ?
Les grands noms du tennis ont salué l’incroyable performance de l’Espagnol. À commencer par Casper Ruud, son adversaire en finale : « Je suis une victime de plus qu’il a détruit sur ce court en finale. […] C’est le joueur de terre battue ultime. Il a le jeu parfait pour la terre ». Novak Djokovic et Roger Federer, ses deux meilleurs rivaux bloqués à vingt titres du Grand Chelem, sont muets, pour le moment. Dans l’Hexagone, le cycliste Thibaut Pinot, athlète d’une discipline où la suspicion de dopage est reine et où cette pratique est interdite, s’est fendu d’un tweet ironique sur les infiltrations de Nadal : « les héros d’aujourd’hui… ». Un ressenti qui ouvre le débat sur l’équité sportive d’une part. Et, d’autre part, sur la place accordée à la performance sportive aux dépens de l’intégrité physique. n