Avec le plébiscite, jeudi dernier, de Tayeb Zitouni secrétaire général du parti, à l’issue du congrès extraordinaire, c’est une nouvelle ère que tentera d’ouvrir le Rassemblement national démocratique (RND), fragilisé par ses dissensions internes après l’emprisonnement de son ancien patron, Ahmed Ouyahia, mais surtout par sa fidélité à Bouteflika pendant 20 ans.

A l’évidence, si le RND – créé en février 1997 pour remporter les législatives de la même année – s’est doté d’une nouvelle direction, il ne fait point de doute que le poids du passé planera encore sur la vie et les positions du parti qui a vécu depuis 1999 comme un des bras politiques du bouteflikisme.
Aujourd’hui, si son nouveau secrétaire général promet « une nouvelle vision politique » qui reposerait sur « le débat interne », force est de constater que la partie est loin d’être une sinécure. Bien au contraire, le pari paraît plus que difficile pour l’ancien P/APC d’Alger-Centre et actuel Directeur général de la Société algérienne des foires et des exportations (Safex). Pas uniquement à cause des soucis internes qui traversent le Rassemblement, notamment depuis la participation ratée de son ancien secrétaire général par intérim, Azzedine Mihoubi, à la présidentielle du 12 décembre dernier, mais surtout suite au discrédit que vit le parti depuis l’irruption du mouvement populaire contre le 5e mandat de Bouteflika dont la candidature a été appuyée par le RND et ses compagnons de la défunte alliance présidentielle (FLN-MPA-TAJ) au mois de janvier 2019. C’est vraisemblablement le souci d’effacer cet héritage encombrant qui a mené au choix de Tayeb Zitouni comme premier responsable du parti dans le sens où, souligne-t-on au sein du parti, le désormais patron du RND n’est pas une figure si connue auprès du public. Une thèse qui tiendrait la route si l’on mesure la façon avec laquelle a été « prié » Mihoubi de céder le passage à Zitouni alors que rien n’annonçait, il y a quelques semaines seulement, que le congrès extraordinaire du RND se transformerait en un simple plébiscite. Une thèse que renfonceraient également, disent des voix au sein du parti, les péripéties vécues par Zitouni lorsque Ouyahia régnait en maître sur les structures du parti puisque le premier a été « victime » d’une expulsion décidée par le second. Cet épisode fait que Zitouni est présenté depuis comme un opposant de Ouyahia et que la fin dramatique de l’ancien chef de gouvernement n’a fait que « légitimer » la fronde que menait Zitouni contre son autorité hiérarchique au sein du RND. « Je me suis toujours comporté avec conviction en m’opposant au sein du parti contre les pratiques de l’ancienne direction », se plaisait jeudi à souligner Zitouni après son plébiscite, en allusion à la gestion de Ouyahia des affaires du RND.
C’est ainsi que le nouveau patron du RND a fait, par la même occasion, étalage de ses positions « opposées aux anciennes politiques du parti », caractérisées, selon lui, par « l’autocratie, l’exclusion et les déviations des principes du parti », promettant de travailler pour asseoir « l’unité et la discipline du parti ». Sur sa lancée, M. Zitouni a rendu hommage à Azzedine Mihoubi qui « a sauvé le parti du statut de comité de soutien en l’engageant dans la véritable pratique politique », a-t-il dit dans une autre attaque contre le règne de Ouyahia, tout en exprimant par ailleurs son « respect » à Abdelkader Bensalah qui a eu, lui aussi, à présider aux destinées du RND dans des moments de crise interne. n