Dispositif exceptionnel pour finale «lamentable». Quelque 4000 policiers et agents privés vont être déployés aujourd’hui pour la finale retour de Copa Libertadores délocalisée à Madrid entre River Plate et Boca Juniors

. Les deux clubs mythiques du foot argentin ont dit vendredi avoir «honte» de l’image violente renvoyée par leyur pays. Avant cette rencontre au stade Santiago Bernabeu, les conversations ont davantage tourné autour d’éventuels nouveaux heurts que sur l’enjeu sportif du match, cette rivalité centenaire avec pour enjeu le trophée de clubs le plus prestigieux d’Amérique du sud. Plus de 2 000 policiers nationaux vont être mobilisés dimanche, a annoncé, vendredi, la préfecture, pour ce match qui a été reporté puis déplacé à Madrid après le caillassage de l’autocar de Boca par des supporters de River près du stade Monumental, à Buenos Aires.

La Puerta del Sol pour River, la place Colon pour Boca
C’est une mobilisation supérieure à celle de la dernière finale de Ligue des champions dans ce stade en 2010, ou à celle du Clasico Real Madrid – Barcelone cinq jours après les attentats de Paris de 2015. Outre la police nationale, 1 700 agents de sécurité privés seront aussi mobilisés par le Real Madrid, le propriétaire du stade, et 150 policiers municipaux par la mairie. «C’est un dispositif très important car c’est un match à haut risque», mais, «au-delà des particularités, ça n’en reste pas moins un match à haut risque comme un autre», a dit le préfet José Manuel Rodriguez Uribes.
Deux fan-zones vont être établies sur la célèbre avenue de la Castellana, de part et d’autre du stade, et deux places seront réservées pour célébrer le vainqueur : la Puerta del Sol si River est champion et la place Colon si Boca l’emporte. Mais aucun des deux clubs n’a semblé avoir la tête aux réjouissances vendredi, deux semaines après le report de cette finale retour initialement prévue au Monumental.
Cette rencontre restera dans l’histoire comme la première disputée en Europe, loin des racines sud-américaines de l’épreuve, malgré l’opposition farouche des deux clubs. River a réclamé de pouvoir jouer à domicile et Boca a exigé une victoire sur tapis vert. En vain.

Les «Barras bravas» identifiés
Les deux camps, dos à dos au match aller sur le terrain de Boca (2-2), restent «honteux» et amers de devoir jouer dimanche en Espagne, l’ex-pays colonisateur, à l’image de l’entraîneur de Boca, Guillermo Barros Schelotto. «C’est lamentable», a asséné le technicien. «La victime, c’est l’image du football argentin et de l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, nous devrions être en train de parler de la manière dont River et Boca ont ramené le football argentin au sommet (…) et nous parlons de la violence. Malheureusement, nous avons encore perdu.»
Si jouer en Espagne, où vit une nombreuse communauté argentine, semble un moindre mal pour les deux équipes, cette solution d’urgence ne règle pas le problème de fond : en finir avec le phénomène des barras bravas, ces groupes d’ultras redoutés par les clubs eux-mêmes. Entre 200 et 300 supporters «particulièrement violents» de chaque équipe ont été identifiés, a déclaré le préfet, assurant que certains pourraient être renvoyés en Argentine dès leur arrivée s’ils avaient des «délits graves» inscrits à leur casier judiciaire. Un leader des supporters radicaux de Boca a ainsi été refoulé jeudi à l’aéroport de Madrid.
En attendant, le stade Santiago-Bernabéu (81 000 places) pourrait ne pas faire le plein ce soir. Sur les 10 000 billets mis à la vente en Argentine, seuls 5 500 à 6 000 ont été écoulés, sans doute à cause du coût très élevé d’un tel voyage.