Le Professeur Abdelkrim Chelghoum, président du Club algérien des risques majeurs, a appelé hier les autorités à prendre la mesure du risque des catastrophes naturelles et industrielles sur l’avenir du pays.

Par Nadir Kadi
L’universitaire, Directeur de recherche en génie parasismique et numérique à l’USTHB, a en ce sens demandé, lors d’un passage sur les ondes de la Chaîne III de la radio nationale, la création d’un «Observatoire national pour la gestion des crises». Une structure de «veille et de gestion du risque» qui travaillerait «sous l’autorité de la présidence de le République».
Le scientifique, pour qui la politique algérienne s’est contentée jusque-là de «gérer la catastrophe, plutôt que de gérer les risques», explique que cette nouvelle structure serait un atout pour le pays : «Elle doit réunir des experts et être un instrument de veille et de contrôle pour le compte du ministère de l’Intérieur» à qui revient la mission de «gestion des risques majeurs et d’aménagement du territoire.»
En ce sens, se montrant relativement critique sur le travail des gouvernements successifs, en pointant notamment les retards et lenteurs politiques, le Pr Abdelkrim Chelghoum prend pour exemple la «loi 04/20 sur la gestion et la prévention des risques majeurs en décembre 2004». Un texte qu’il juge «très bon», mais dont la mise en œuvre sur le terrain n’a jamais été effective. «Le texte est resté figé parce que les 30 textes d’application qui devaient suivre ne sont jamais sortis.» Et pourtant, le responsable explique que le contenu de cette loi aurait été «utile» durant la crise sanitaire : «Je rappelle que les pandémies sont l’un des risques majeurs identifiés par l’ONU (…) L’Algérie a certes été mieux outillée que d’autres pays (…) mais s’il y avait eu les textes d’application de la loi de 2004, nous aurions pu confiner un ou deux mois seulement et permettre à l’économie de se développer.» Le scientifique conclut toutefois sur ce point en faisant savoir que le gouvernement actuel est disposé à régler le problème des textes d’application, «ce qui est à saluer, il aura fallu attendre 2021 pour qu’il y ait une prise de conscience».
L’universitaire chiffre les pertes causées par les catastrophes naturelles et humaines à près d’un milliard de dollars par an. «Depuis les inondations de Bab El-Oued, nous estimons le montant des dégâts à plus de 20 milliards de dinars, sans parler évidemment des pertes en vies humaines». Abdelkrim Chelghoum note que le travail doit aujourd’hui se concentrer sur la prévention en «amont» dans les zones à risques : «Dernièrement, lors de l’inondation de Chlef à Oued Meknassa, nous avons eu 10 morts pour 22 mm de pluie (…) C’est inqualifiable du point de vue de la gestion des risques.» Même chose en ce qui concerne le risque sismique, une «évaluation des infrastructures» telles que les ponts, les routes, les réseaux de communications, d’alimentation en électricité, de gaz… serait indispensable. Pour le scientifique, «ce sont des ouvrages à caractère stratégique qui doivent rester debout quelle que soit l’intensité de la catastrophe (…) C’est pour cela que nous avons demandé une expertise rapide et l’installation d’instruments de mesure». A ce titre, le Pr Abdelkrim Chelghoum fait savoir que le dernier séisme de Béjaïa a été «sous-évalué» par manque de stations de contrôle. «Le réseau de surveillance doit être élargi. Le Craag a actuellement 80 sismographes, nous proposons 150 (…) Plus le réseau est dense plus la mesure est précise.»
Le responsable nuance toutefois ses critiques en rappelant que des pas «positifs» ont été réalisés ces dernières années. Deux exemples sont ainsi mis en avant : la protection civile et le génie militaire. «J’ai dernièrement visité des installations de la Protection civile (…) C’est un organe très organisé qui a des moyens lui permettant d’être vigilant et prêt en cas de catastrophe». Saluant la rapidité d’intervention à Oued Meknassa, «ils ont pu déployer 500 agents, dont des plongeurs, en quelques heures». Leur travail, estime Abdelkrim Chelghoum, «est renforcé par les collaborations avec le génie militaire (…) Je pense qu’il n’y a pas de problème en ce qui concerne le plan Orsec, un acronyme qui fait, pour rappel, référence à ‘l’organisation des secours’». n