De nombreux pays dans le monde procèdent au déconfinement et commencent à remettre en mouvement l’ensemble des activités que la pandémie de la Covid-19 avait interrompu depuis plus de trois mois. Ce processus intervient après des semaines de haute lutte contre le virus et un bilan humain, malheureusement, lourd qu’on craint de voir s’alourdir encore si les règles de protection et de prévention sanitaires ne sont pas respectées à l’ouverture des lieux et espaces que les mesures de confinement ont temporairement interdits.

C’est en tout cas l’avis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui estime, depuis vendredi dernier, que le déconfinement fait entrer le monde dans une «phase dangereuse». «Le virus continue de se propager rapidement, il reste mortel et la plupart des personnes restent exposées», a averti le chef de l’OMS. «Les pays sont désireux de rouvrir leur société et leur économie», mais la fin des mesures de confinement ou de restriction à la mobilité fait «entrer le monde dans une phase nouvelle et dangereuse», a-t-il ajouté. Tedros Adhanom Ghebreyesus précise que ses services avaient recensé, durant la seule journée de jeudi, plus de 150 000 nouveaux cas. Un record !
En Chine, 25 nouveaux cas ont été recensés vendredi à Pékin, portant à 183 le nombre de malades depuis la semaine dernière dans la capitale chinoise de 21 millions d’habitants. Les autorités chinoises ont publié des données scientifiques laissant penser que le virus, responsable du rebond épidémique à Pékin, serait une version ayant circulé sur le continent européen il y a plusieurs semaines ou mois. «Il est possible que le virus qui provoque aujourd’hui une épidémie à Pékin ait voyagé depuis Wuhan jusqu’à l’Europe et soit maintenant revenu en Chine», estime Ben Cowling, professeur à l’Ecole de santé publique de l’Université de Hong Kong. En Europe, où 2,5 millions de cas ont été officiellement déclarés dont plus de la moitié en Russie, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie, les autorités ukrainiennes, qui ont levé les restrictions à la circulation le 11 mai dernier, ont indiqué qu’elles allaient réimposer par endroits des mesures de confinement. «Dans certaines régions, des restrictions strictes doivent être imposées», a indiqué le ministre de la Santé Maksym Stepanov, le pays ayant enregistré, en trois jours, un troisième record quotidien de nouveaux cas, avec 921 contaminations. En Italie, les autorités sanitaires ont observé la semaine dernière des «signaux d’alerte liés à la transmission» de la Covid-19, indiquant que «la circulation du virus est encore importante» et ont pour cela lancé vendredi un appel «à la prudence». Deux foyers ont été identifiés ces derniers jours à Rome, où les autorités sanitaires assurent que la situation est «sous contrôle». «Cela devrait inciter à la prudence car cela indique que dans certaines parties du pays, la circulation du virus est encore importante». Dans le pays, des experts, partis à la recherche de traces du virus dans des échantillons d’eaux usées, ont déterminé qu’il était présent dans les égouts de Milan et Turin dès le mois de décembre 2019, soit deux mois avant que le premier malade ne soit recensé dans le pays. L’Institut sanitaire du pays cite également une étude espagnole qui a identifié le virus dans les eaux usées de Barcelone recueillies vers la mi-janvier, «environ 40 jours avant la notification du premier cas autochtone» en Espagne. «Nos résultats confirment l’évidence acquise désormais au niveau international sur l’importance de la surveillance du virus dans les échantillons prélevés dans les eaux usées», assure Luca Lucentini, un responsable de l’ISS.

Maghreb, nouveaux cas de contamination
Au Maghreb, le Maroc a annoncé vendredi un nouvel assouplissement des mesures de restrictions en vigueur depuis mi-mars, en dépit d’une forte hausse du nombre de cas de contamination durant ces dernières 48 heures. Les autorités du pays avaient décidé le 9 juin de classer le pays en deux zones : la première, englobant les petites villes, moins touchées par la pandémie, retrouvait une vie presque normale. La «zone 2», regroupant cinq grands centres urbains comme Rabat et la capitale économique Casablanca, restait soumise à de larges restrictions. L’annonce de ce nouvel assouplissement intervient alors que le royaume a recensé, vendredi, 539 nouveaux cas de contamination, après la découverte d’un foyer dans une usine près de Kénitra (ouest), qui reste dans la «zone 2». Il s’agit du bilan quotidien le plus élevé dans le royaume depuis l’annonce du premier cas début mars. L’état d’urgence sanitaire dans le pays est maintenu jusqu’au 10 juillet, le port du masque reste toutefois obligatoire, les rassemblements interdits, les mosquées, salles de cinéma et théâtres fermés, les restaurants et cafés limités aux commandes à emporter.
En Tunisie, le ministère de la Santé a fait état, dans son bilan épidémiologique publié hier samedi, de 10 nouveaux cas confirmés de Covid-19. Selon la même source, toutes les nouvelles contaminations sont importées de l’étranger et détectées auprès de ressortissants récemment rapatriés mais qui se trouvent, depuis leur retour, dans des centres de quarantaine obligatoire. Depuis le 2 mars dernier, date de la déclaration du premier cas de contamination, le pays compte un total de 1 156 cas testés positifs, dont 89 patients toujours hospitalisés. Le bilan fait également état de 1 017 cas de guérisons et 50 décès. Le retour à la hausse des cas confirmés de Covid-19 en Tunisie s’explique, selon la presse locale, par certains assouplissements de mesures préventives surtout avec la fin, le 14 juin, du plan de déconfinement ciblé.
Dans le continent américain, aux Etats-Unis, pays le plus touché au monde, qui compte près de 120 000 décès et où un rebond du coronavirus a été observé dans une vingtaine d’Etats, notamment dans le Sud et l’Ouest du pays, l’expert en maladies infectieuses Anthony Fauci a estimé, dans un entretien avec l’AFP, que de nouvelles mesures de confinement ne seront pas nécessaires. Selon lui, il faut privilégier une gestion très locale et souple de l’épidémie, en particulier sur la question de la réouverture des écoles. Les régions les plus menacées, outre l’Amérique latine et en particulier le Brésil, qui a franchi hier la barre du million de cas de contamination et plus de 48 000 morts, sont l’Asie du Sud ainsi que le Moyen-Orient. L’Iran a annoncé hier samedi avoir recensé plus de 100 morts et plus de 2 000 contaminations au nouveau coronavirus en 24 heures dans le pays, qui est entré dans son cinquième mois de lutte contre l’épidémie.
La pandémie de nouveau coronavirus a fait au moins 459 976 morts dans le monde depuis que la Chine a fait officiellement état de l’apparition de la maladie en décembre dernier. Plus de 8 680 640 cas d’infection ont été officiellement diagnostiqués dans 196 pays et territoires depuis le début de l’épidémie, dont au moins 4 029 700 sont aujourd’hui considérés comme guéris.<